Plus de rassemblements anti-guerre mais la plupart des Israéliens toujours en faveur de la guerre
Si la majorité soutient les combats, l'ampleur croissante des manifestations reflète les gros efforts déployés par les anti-guerre pour rallier les anti-Netanyahu
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Samedi soir, plus d’un millier de manifestants se sont rassemblés sur la Place Habima, à Tel Aviv, pour réclamer la fin de la guerre en Iran, brandissant des pancartes sur lesquelles figuraient des slogans tels que « Les enfants grandissent dans des abris antiatomiques » ou encore « Une guerre sans fin n’est pas une stratégie ».
Il s’agissait de la plus importante manifestation depuis le début de la guerre contre le régime iranien, il y a plus d’un mois, alors que le fort soutien de l’opinion publique juive à l’opération montrait apparemment ses premiers signes d’essoufflement.
D’autres rassemblements ont également eu lieu à Jérusalem, Haïfa, Beer Sheva et dans plus d’une dizaine d’autres localités.
« Nous ne faisons tout simplement pas confiance à ceux qui sont aux commandes », a déclaré Nava Rozolyo, avocate et militante anti-gouvernement de premier plan qui devait prononcer un discours lors de la manifestation de la semaine dernière.
« Cette guerre est une guerre politique, exploitée pour les besoins politiques [de la coalition]. »
Malgré une économie en berne et des perturbations généralisées de la vie quotidienne, la plupart des Israéliens juifs ont salué la campagne militaire contre la République islamique lancée avec les États-Unis le 28 février. Un sondage de l’Institut israélien de la démocratie (IDI) réalisé mi-mars révélait un soutien de 93 % à la guerre parmi les Israéliens juifs.
Cependant, son dernier sondage, réalisé du 22 au 26 mars, indique que le soutien des Israéliens juifs est désormais de 78 %, reflétant une lassitude croissante face aux combats et à la gestion de la guerre.
Chez les Arabes israéliens, le faible soutien à la guerre a encore baissé dans ce nouveau sondage, passant de 26 % à seulement 19 %.
Bien qu’il y ait eu quelques rares manifestations anti-guerre tout au long du mois de mars, la plupart ont été rapidement dispersées par la police, qui a invoqué les directives du Commandement du Front intérieur relatives aux rassemblements.
Samedi soir également, la police a commencé à disperser la foule de manière violente, arrêtant treize participants. Des agents ont été vus en train de jeter des manifestants à terre, de bousculer un député arabe et d’agresser des participants même après la fin de la manifestation.
Selon les forces de l’ordre, cette manifestation enfreignait la réglementation interdisant les rassemblements publics en plein air de plus de 50 personnes.
Mais les manifestants et leurs partisans ont accusé la police d’agir pour étouffer la dissidence politique, soulignant que les agents se comportaient différemment lors d’événements haredim et de fêtes de Pourim dans les rues, qui contrevenaient également aux restrictions en temps de guerre.
À l’instar de Rozolyo, de nombreux participants à la manifestation sont des piliers du mouvement anti-gouvernement qui a rassemblé des foules dans les rues ces dernières années pour protester contre ce qu’ils considèrent comme de la corruption et des mesures antidémocratiques de la part de la coalition au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ainsi que contre sa gestion de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et des négociations sur les otages.
Si la manifestation de samedi était la plus importante du mois écoulé, elle était dérisoire en comparaison avec les manifestations anti-gouvernement de ces dernières années, qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes.
Cette faible participation s’explique en partie par un soutien persistant à la guerre, mais les militants ont indiqué être confrontés à un autre problème : convaincre les gens de descendre dans la rue en pleine guerre et sous les tirs de missiles incessants.
« Le défi consiste désormais à convaincre les gens de sortir de chez eux », explique Alon Lee Green, qui dirige le mouvement mixte Standing Together.
« Pour montrer aux gens qu’il est normal de manifester en temps de guerre et d’exprimer son opposition. »
Lui et d’autres militants de longue date espèrent tirer parti de la répression policière et de la couverture médiatique dont elle a fait l’objet pour mobiliser une foule plus importante la semaine prochaine.
Premier mois
Au cours des premières semaines, la contestation de l’offensive américano-israélienne se limitait à de petites manifestations exclusivement suivies par des militants de l’extrême-gauche israélienne. Des pacifistes convaincus, des communistes et des militants anti-occupation figuraient parmi les quelques dizaines de personnes exprimant leur opposition.
La première manifestation organisée après le déclenchement de la guerre n’a attiré pas plus de vingt participants sur la Place Habima, le 3 mars. Contrairement à la manifestation de samedi soir, dont le discours était axé sur le bilan de la guerre pour la société israélienne, ces manifestants juifs sont venus avec des pancartes exprimant une condamnation virulente des actions de l’armée israélienne.
« Refusez de tuer et de mourir au service de la corruption, du fascisme et de la suprématie juive », pouvait-on lire sur une pancarte en hébreu, tandis qu’une autre, en anglais, exigeait la fin de « l’agression d’Israël dans tout le Moyen-Orient ».
La police a rapidement dispersé le rassemblement, confisqué les pancartes et arrêté Itamar Greenberg, un manifestant de 19 ans.
Arrêté à nouveau lors de la manifestation de samedi soir, Greenberg a décrit les discussions qu’il a eues avec d’autres détenus alors qu’ils étaient en garde à vue.
« Il y avait des personnes qui avaient servi comme réservistes et qui estimaient que cette guerre n’était pas totalement injustifiée, mais s’opposaient simplement à la manière dont elle était menée », a-t-il rapporté.
Il a indiqué au Times of Israel que lui et d’autres militants de gauche tentaient de trouver un terrain d’entente avec les groupes anti-gouvernement qui ont su se constituer une large base de soutien, tant à droite qu’à gauche de l’échiquier politique, en évitant largement les questions épineuses de la sécurité nationale, telles que le contrôle israélien de la Cisjordanie.
« L’objectif a toujours été de mobiliser le mouvement de protestation israélien [anti-gouvernement] ; nous n’avons pas assez de pouvoir à nous seuls pour mettre fin à cette guerre », a-t-il déclaré.
En tant que codirecteur du groupe progressiste Standing Together, Green a tenté d’élargir le mouvement anti-guerre en ralliant des modérés qui pourraient considérer les combats comme préjudiciables aux intérêts de la société israélienne. Il a décrit le rôle de son groupe comme celui d’un « ciment » entre les gauchistes anti-guerre et les modérés anti-gouvernement.
Rozolyo, qui a pris part à ces discussions, a déclaré que les efforts du mouvement avaient été essentiels pour mobiliser davantage de manifestants samedi.
« Au cours de la première semaine, les manifestations avaient plutôt une tournure pacifiste, une opposition à la guerre par principe », a expliqué Rozolyo à propos des premières manifestations auxquelles elle n’avait pas pris part.
Selon elle, l’opposition à la guerre parmi les manifestants anti-gouvernement découle du fardeau quotidien des tirs de missiles incessants, de l’incertitude quant aux objectifs de l’offensive et à la pérennité du soutien américain, ainsi que d’un sentiment grandissant selon lequel la coalition au pouvoir cherche à exploiter les combats pour faire avancer un programme politique clivant.
Selon Green, la grande majorité des groupes de protestation liés à l’opposition au gouvernement ont apporté leur soutien à la manifestation de samedi et se sont engagés à faire passer le message à leurs partisans.
Les deux groupes qui restent indécis sont le mouvement de protestation du secteur de la haute technologie et le groupe militant « Ahim laneshek » (Frères d’armes), dirigé par des réservistes, ce qui témoigne d’un soutien toujours élevé à la guerre parmi la plupart des Israéliens juifs. Tous deux ont une influence considérable dans la sphère de la contestation israélienne.
Un soutien hésitant
Bien que de nombreux groupes aient apporté leur soutien aux manifestations, une certaine appréhension subsistait à l’idée d’appeler leurs partisans à enfreindre les restrictions imposées par le Commandement du Front intérieur, a souligné un militant de Jérusalem affilié au groupe « Safeguarding our Shared Home ».
« Il s’agit plutôt d’une invitation provisoire ; nous informons les gens de l’événement, mais nous ne les convions pas officiellement », a ajouté le militant, qui a souhaité garder l’anonymat pour pouvoir parler librement des dynamiques internes.
Green a expliqué que son mouvement avait du mal à mobiliser les gens pour qu’ils descendent dans la rue. L’Iran lance des missiles plusieurs fois par jour, en particulier vers la région de Tel Aviv, et le groupe terroriste chiite du Hezbollah continue de mener des attaques depuis le Liban.
« C’est difficile, car la réalité est complexe », a-t-il déclaré.
« Il y a des dizaines de sirènes [d’alerte aérienne] chaque jour ; peut-être faudra-t-il faire un détour pour se rendre de chez soi à la manifestation et risquer d’être pris dans une attaque de missiles pendant le trajet. »
Outre la menace des missiles, la plupart des Israéliens, dont environ la moitié des Israéliens juifs se réclamant de la gauche et 69,5 % de ceux se réclamant du centre, soutiennent la campagne actuelle contre le régime iranien, selon le sondage de l’IDI.
Rozolyo a indiqué qu’elle-même et beaucoup d’autres étaient initialement partagés quant à l’opération.
« Beaucoup soutiennent l’idée d’éliminer une menace pour la sécurité, d’agir contre les groupes terroristes et l’Iran, mais se sont désormais rendu compte que le gouvernement nous ment », a-t-elle affirmé.
Tout en mettant en garde contre toute comparaison directe, elle a rappelé les premiers mois de la guerre d’Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza. Immédiatement après le pogrom perpétré par ce dernier le 7 octobre 2023, il y a eu une « période intermédiaire » durant laquelle les gens, même ceux qui critiquaient le gouvernement, se sont ralliés autour du drapeau.
« Même ceux qui s’opposaient au gouvernement ont soutenu ses actions, car ils estimaient qu’à ce moment-là, il défendait véritablement les intérêts de sécurité d’Israël », a-t-elle expliqué, affirmant qu’un effet similaire est à l’œuvre dans le cadre de la guerre en cours contre la République islamique d’Iran.
Contrairement à la guerre à Gaza, aucun massacre n’a conduit à une contre-offensive israélienne. Si les manifestations continuent de s’intensifier, cela signifierait que la contestation contre le gouvernement a repris beaucoup plus rapidement qu’après le 7-Octobre.
« Je ne dis pas que cette opération est entièrement une guerre de choix – la plupart des gens ne pensent pas ainsi – mais au fil du temps, il devient clair que le gouvernement utilise la guerre pour faire avancer d’autres intérêts, qu’il s’agisse de la refonte judiciaire ou de l’adoption précipitée du budget », estime Rozolyo.
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