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Sans fonds ni personnel, la fédération juive du Nouveau Mexique est au bord du gouffre

Le conseil d'administration envisage la dissolution d'une institution vieille de 74 ans, en raison de démissions, de poursuites judiciaires et du départ de donateurs

Le bâtiment abritant le Centre communautaire juif de la grande ville d'Albuquerque et la Fédération juive du Nouveau-Mexique. (Crédit : Centre communautaire via JTA)
Le bâtiment abritant le Centre communautaire juif de la grande ville d'Albuquerque et la Fédération juive du Nouveau-Mexique. (Crédit : Centre communautaire via JTA)

JTA – La Fédération juive du Nouveau-Mexique est presque à court d’argent et de personnel, et tous ses programmes ont été suspendus ou sont en train d’être confiés à d’autres entités communautaires, selon des entretiens et des dossiers judiciaires.

Ce dysfonctionnement est le résultat d’une acrimonie croissante au sein d’une institution vieille de 74 ans, qui dessert les quelque 24 000 Juifs de l’État. Après les démissions du conseil d’administration, les poursuites judiciaires et le départ de nombreux donateurs traditionnels au cours des deux dernières années, le conseil d’administration a envisagé de dissoudre entièrement la fédération.

« Tous les programmes ont disparu », a déclaré Marina Rabinowitz, membre du conseil d’administration de la fédération, qui a accepté de rejoindre le conseil en difficulté en janvier dans l’espoir de redresser la situation. « La fédération avait l’habitude de donner des subventions à presque toutes les institutions juives de l’État. Mais plus maintenant. »

Parmi les programmes et les bénéficiaires touchés, citons le Jewish Care Program, qui aide les personnes âgées, y compris les survivants de la Shoah, et qui a été transféré au Centre communautaire juif de Greater Albuquerque ; la PJ Library, qui fournit gratuitement des livres aux familles juives ; le Santa Fe Jewish Film Festival et la branche Hillel de l’université du Nouveau-Mexique.

« La situation au Nouveau-Mexique est inacceptable et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que la fédération puisse continuer à servir la communauté juive, à soutenir l’infrastructure juive, à améliorer la vie juive et à servir les plus vulnérables », a déclaré Eric Fingerhut, président et directeur général de la Jewish Federations of North America (JFNA), qui représente 450 communautés en Amérique du Nord.

Il est difficile de prédire ce que l’avenir réserve à la communauté juive du Nouveau-Mexique. Pour l’instant, tous les programmes « centraux » traditionnellement soutenus par le financement de la fédération sont toujours en activité, selon un porte-parole de la JFNA.

La Fédération sépharade américaine a organisé une discussion virtuelle en août 2021, sur les changements apportés au programme de citoyenneté sépharade de l’Espagne, avec la participation de Rob Lennick, en bas à gauche, et Sara Koplik, en haut au centre, de la Fédération juive du Nouveau-Mexique, qui sont actuellement engagés dans une bataille judiciaire. (Capture d’écran via JTA)

Mais même si la fédération disparaît, des donateurs pourraient se manifester pour maintenir les programmes à flot de manière indépendante et les programmes qui ont perdu des employés pourraient être réorganisés selon de nouveaux arrangements.

Le conflit au Nouveau-Mexique, que la JTA a révélé pour la première fois en mars, porte sur le mandat de Rob Lennick, l’ancien directeur exécutif de la fédération, qui a récemment quitté ses fonctions. Il a depuis été engagé pour diriger la Fédération juive des comtés de Volusia et Flagler, qui dessert la région de Daytona Beach, en Floride, a confirmé un porte-parole de la JFNA.

Plusieurs membres du personnel avaient déjà signalé, à la fin de l’année 2020, que Lennick était enclin à des crises de colère et qu’il était parfois intimidant et hostile. Lennick a nié ces allégations, trouvant un soutien parmi le comité exécutif du conseil de la fédération.

Le comité exécutif a proposé à Lennick un prêt et une prolongation de contrat et le conseil d’administration a approuvé cette offre lors d’un vote en février 2021. Mais peu après, plusieurs membres du conseil ont accusé le comité exécutif d’avoir dissimulé les plaintes contre Lennick avant le vote.

Près de la moitié du conseil a rapidement démissionné et quatre membres qui sont restés ont intenté un procès. Ils demandent maintenant à un tribunal du Nouveau-Mexique de prendre le contrôle de la fédération afin de s’assurer que sa structure de gestion puisse être révisée.

Lennick envisage maintenant d’intenter son propre procès, car il estime avoir été injustement diffamé, selon son avocat, Daymon Ely, qui a refusé d’identifier la cible possible du procès.

« Je ne vais pas citer de noms, mais il y a des gens qui ont un peu de pouvoir et qui, à mon avis, ont abusé de ce pouvoir », a déclaré Ely. « Nous envisageons d’intenter un procès parce qu’il est parti et qu’ils continuent à le blâmer pour des choses qui n’étaient pas de sa faute. Ils continuent à lui imputer la responsabilité de l’animosité ambiante, mais je pense qu’il a vraiment essayé de baisser le volume et je pense que les faits montreront qu’il a essayé de faire du bon travail. »

Les membres actuels du comité exécutif n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. David Blacher, qui a démissionné de son poste de président de la fédération, s’est refusé à tout commentaire.

En janvier, alors que de nombreux sièges du conseil d’administration étaient vacants, le comité exécutif a recruté Mme Rabinowitz. Économiste de profession, elle a accepté et y voyait l’occasion de faire sa part en mettant de l’ordre dans ce qui semblait être une comptabilité financière désordonnée.

Mais elle raconte que lorsqu’elle a demandé à avoir accès aux comptes de la fédération, elle a essuyé une rebuffade de la part du comité exécutif. Après avoir « supplié » à plusieurs reprises, elle dit qu’elle a finalement reçu quelques chiffres, notamment un compte de profits et pertes, mais aucun document permettant de justifier ces chiffres.

« Je n’ai aucune confiance dans la véracité de ce qui est présenté ici », a déclaré Mme Rabinowitz à JTA.

Ce qu’elle a pu établir, c’est que les coffres de la fédération ont récemment diminué à environ 22 000 dollars, un montant minuscule pour une organisation dont le budget proposé est d’environ 1 million de dollars en 2020, et une baisse massive par rapport à trois ans auparavant, lorsque la fédération a déclaré qu’elle disposait de 18 mois de frais de fonctionnement dans ses réserves.

Mme Rabinowitz n’est pas sûre de savoir où est passé l’argent. Une partie au moins sert à payer l’avocat qui représente les membres du comité exécutif au tribunal, selon des documents judiciaires.

« Je ne sais pas ce qui relève de la mauvaise gestion et ce qui relève de la fraude », a déclaré Mme Rabinowitz. « La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’une organisation qui existe depuis plus de 70 ans a été détruite au cours des trois dernières années. »

Shelly Prant, directrice exécutive du centre communautaire juif d’Albuquerque, a déclaré qu’elle pensait que la communauté se rallierait pour assurer la poursuite des programmes essentiels et que son organisation et d’autres étaient prêtes à pallier les problèmes de la fédération.

« Il y a un noyau de personnes à Albuquerque et dans tout l’État qui sont vraiment attentionnées, passionnées et philanthropiques », a déclaré Mme Prant. « Ils prennent tout cela très au sérieux et essaient d’aider. Au bout du compte, nous nous en sortirons, même si, pour l’instant, la situation est difficile. »

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