Sexisme : Amit Aisman s’excuse et promet d’agir en faveur des femmes
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Sexisme : Amit Aisman s’excuse et promet d’agir en faveur des femmes

Le procureur d'État entrant a admis que ses commentaires étaient déplacés; un reportage TV souligne que Haïfa a la plus faible proportion annuelle de procès pour des délits sexuels

Amit Aisman. (Capture d'écran YouTube)
Amit Aisman. (Capture d'écran YouTube)

Amit Aisman, qui devrait devenir le prochain procureur de l’Etat, a présenté dimanche ses excuses pour deux propos sexistes qu’il a tenus dans le passé et qui ont entaché sa nomination, affirmant que ces remarques ne reflètent pas ses 30 ans de carrière dans le service public.

La problématique porte sur deux incidents, l’un survenu il y a 12 ans et l’autre il y a environ six ans, au cours desquels Aisman a tenu des propos sexuellement explicites à des subordonnées.

En 2018, Emi Palmor, alors directeur général du ministère de la justice, a déclaré que, bien qu’inappropriés pour un fonctionnaire, ces commentaires ne constituaient pas du harcèlement sexuel. Aisman avait reçu un avertissement dans le cadre d’une procédure disciplinaire interne.

Il a été choisi la semaine dernière par un comité de sélection, puis soutenu par le ministre de la Justice Avi Nissenkorn, malgré la réaction négative persistante de l’opinion publique.

Dans un éditorial publié le dimanche par le quotidien Haaretz, Aisman a admis que ses remarques étaient déplacées et s’est excusé.

« En tant que membre de la fonction publique depuis environ 30 ans. Je considère qu’il est de mon devoir d’aller au-delà de l’acceptation de la responsabilité et de rendre des comptes au public, ainsi que de présenter des excuses publiques et directes pour les remarques grossières qui ne caractérisent pas ma conduite et ma conviction morale, qui met en évidence la défense inébranlable de la dignité humaine », a-t-il écrit.

« Les deux remarques que j’ai faites sont inappropriées et inacceptables ; elles n’avaient et n’ont aucune place dans aucun discours, certainement pas dans le discours entre un directeur et des employés sur n’importe quel lieu de travail, et encore moins au sein du ministère de la justice », a-t-il ajouté. « Je comprends parfaitement les critiques formulées à mon égard dans ce contexte, et j’en assume l’entière responsabilité. Ce sont des erreurs qui ne se sont pas répétées depuis, et qui ne se répéteront pas à l’avenir. »

Aisman a promis de collaborer avec les groupes de défense des droits des femmes pour prendre des mesures qui permettraient d’éviter de telles situations et de mettre en place de meilleurs mécanismes pour garantir un environnement de travail sûr et respectueux dans le service public.

Cependant, le radiodiffuseur public Kan a rapporté dimanche dernier que, depuis trois ans, le district de Haïfa, pour lequel Aisman a été procureur, est la région qui a la plus faible proportion annuelle d’affaires de délits sexuels portées devant les tribunaux.

Un groupe de centres d’aide aux victimes de viol a ensuite averti qu’Aisman semblait avoir une attitude inquiétante qui pourrait influencer les poursuites judiciaires si sa sélection est approuvée par le gouvernement.

Le ministre de la Justice Avi Nissenkorn vu lors d’une visite à la municipalité de Jérusalem, le 10 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Citant les données du ministère public, Kan a indiqué qu’en 2019, seulement 13 % de toutes les affaires portées devant les tribunaux concernaient des délits sexuels, le taux le plus bas du pays, alors que la moyenne nationale était de 16 %.

En 2018, 16 % des procès à Haïfa concernaient des affaires sexuelles, à nouveau le taux le plus bas du pays avec celui du district sud, qui a le même taux. La moyenne nationale était de 19 % pour cette année-là.

En 2017, alors que la moyenne nationale était de 17 %, Haïfa avait également le taux le plus bas, avec seulement 13 %, a rapporté Kan.

Orit Sulitzeanu, directrice de l’Association des centres de lutte contre le viol en Israël, a déclaré que les chiffres sont inquiétants car ils indiquent que le point de vue d’Aisman a influencé ses décisions professionnelles et que s’il est nommé, il pourrait également influencer l’ensemble du ministère public, a rapporté Kan.

Aisman a pris en charge le district de Haïfa en 2010, puis a été transféré en 2015 à une autre branche du parquet de l’Etat avant de revenir à la tête de la branche de Haïfa en juin 2017.

Mardi dernier, Nissenkorn a déclaré que les propos controversés d’Aisman – explicitement sexistes à l’égard de subordonnées – étaient inacceptables mais que cela ne le disqualifiait pas pour le poste, selon un communiqué relayé par les médias israéliens.

Nissenkorn a annoncé qu’il avait l’intention de soumettre la nomination d’Aisman à l’approbation du gouvernement dès que possible.

Israël est privé de procureur de l’État depuis décembre 2019, et la fin du mandat de Shai Nitzan. C’est le procureur-général Avichai Mandelblit qui a endossé cette fonction à titre temporaire ces derniers mois.

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