Procureur de l’Etat : Amit Aisman fait l’unanimité, les féministes s’insurgent
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Procureur de l’Etat : Amit Aisman fait l’unanimité, les féministes s’insurgent

L'homme a été accusé d'avoir tenu des propos sexuellement explicites à des subordonnées ; Nissenkorn a dit que cela ne le disqualifiait pas

Le procureur du district de Haïfa Amit Aisman. (ministère de la Justice)
Le procureur du district de Haïfa Amit Aisman. (ministère de la Justice)

Une commission s’est accordée, à l’unanimité, sur la désignation du procureur de district de Haïfa, Amit Aisman, au poste de prochain procureur de l’Etat.

Cette nomination nécessite encore l’approbation du gouvernement où la désignation d’Aisman pourrait rencontrer des difficultés en raison des tensions, au sein du gouvernement d’unité, concernant l’attribution de postes de hauts-responsables du service public.

Israël est privé de procureur de l’État depuis décembre 2019, et la fin du mandat de Shai Nitzan. C’est le procureur-général Avichai Mandelblit qui a endossé cette fonction à titre temporaire ces derniers mois.

Dans ses préconisations, ce panel de cinq membres présidé par Mandelblit a estimé qu’Aisman, qui s’est distingué parmi neuf autres candidats, avait été recommandé par d’éminentes personnalités du système judiciaire.

« Il a de nombreuses années d’expérience au poste de procureur et, ces dernières années, il a rempli les plus hautes fonctions dans cette hiérarchie », a écrit la commission.

Elle a également salué « ses compétences juridiques exceptionnelles, ses excellentes capacités de gestion, son intégrité, sa fiabilité et sa capacité à résister aux pressions ».

Aisman a montré « une ossature professionnelle, une fidélité aux valeurs alors même qu’il était amené à relever de lourds défis », a continué le panel.

Il a aussi noté avoir pris en compte des propos sexuellement explicites qu’Aisman avait tenus à deux reprises à des femmes placées sous son autorité, il y a plus d’une décennie, et que le vice-directeur du ministère de la Justice avait, à l’époque, jugés indignes d’un fonctionnaire. Il avait alors écopé d’une mise en garde dans le cadre d’une procédure disciplinaire interne.

« La commission est persuadée que ces propos, qui ont été tenus il y a de nombreuses années, ne peuvent pas caractériser le travail et le comportement d’Aisman », a estimé la commission qui a noté les profonds regrets exprimés par ce dernier et la reconnaissance de sa faute. L’homme avait indiqué avoir tiré les leçons des deux incidents.

Ces propos, selon le panel, ne peuvent pas être « suffisants pour l’empêcher de devenir procureur de l’Etat ».

Toutefois, le groupe Israel Women’s Network a qualifié le choix d’Aisman « d’inapproprié ».

La désignation d’Aisman « à un poste aussi prestigieux que celui de procureur de l’Etat, et les tentatives de minimiser ses propos ouvertement sexuels afin de légitimer ce choix sont inappropriés », a expliqué le groupe de défense des droits des femmes.

La décision de la commission a été saluée par le ministre de la Justice, Avi Nissenkorn, qui a écrit sur Twitter qu’Aisman serait « un excellent procureur de l’Etat ». « Ce n’est pas pour rien qu’il a été choisi à l’unanimité par la commission alors même qu’il est entré en concurrence avec d’excellents candidats », a-t-il écrit.

Nissenkorn a aussi déclaré que les propos controversés d’Aisman – explicitement sexistes à l’égard de subordonnées – étaient inacceptables mais que cela ne le disqualifiait pas pour le poste, selon un communiqué relayé par les médias israéliens.

Selon la Treizième chaîne, la sélection d’Aisman a surpris au ministère de la Justice où la nomination de l’actuel procureur de l’Etat adjoint Shlomo Lemberger était plus ou moins anticipée.

Le ministre de la Justice Avi Nissenkorn vu à la Knesset, le 21 octobre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La nomination d’Aisman doit encore être approuvée par le gouvernement qui se trouve actuellement au bord du gouffre. De nombreuses spéculations laissent entendre que de nouvelles élections pourraient devenir inévitables dans les prochains jours.

Dans l’accord gouvernemental de coalition, le Likud et Kakhol lavan avaient accepté de reporter toute nomination importante sur laquelle ils étaient susceptibles de s’opposer. Néanmoins, début octobre, Gantz avait estimé qu’il était temps de mettre un terme au « chaos » qui règne au sein du gouvernement et de nommer des représentants permanents à de hautes fonctions judiciaires, occupés depuis longtemps par intérim.

Nissenkorn avait lancé le processus de sélection d’un nouveau procureur de l’Etat, organisant notamment une réunion de la commission, sans s’être néanmoins accordé sur le sujet avec le parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Netanyahu, qui est actuellement traduit devant les juges dans trois affaires de corruption, ne devrait probablement pas accepter le favori du ministre de Kakhol lavan pour le poste de procureur de l’Etat.

Aisman avait fait partie de l’équipe de procureurs qui avait travaillé sur les dossiers de corruption impliquant le Premier ministre, et il aurait été également le candidat privilégié à sa succession de l’ex-procureur de l’Etat Shai Nitzan, qui avait recommandé les mises en examen de Netanyahu.

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