Rechercher

Smotrich : Mes électeurs se fichent que je sois homophobe ou fasciste

Dans un enregistrement datant de quelques mois, on entend le ministre d'extrême droite dire qu'il peut agir contre la communauté LGBTQ sans que sa base électorale ne s'en émeuve

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich arrive pour une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich arrive pour une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre des finances Bezalel Smotrich a déclaré qu’il était convaincu de pouvoir prendre des mesures actives contre la communauté LGBTQ sans subir de répercussions de la part de sa base politique, car ses électeurs « se fichent complètement » des « gays », selon un enregistrement datant de quelques mois diffusé lundi.

L’enregistrement, publié par la chaîne publique Kan, révèle que Smotrich – chef d’extrême droite du parti HaTzionout HaDatit et figure clé du nouveau gouvernement – déclare que ses électeurs connaissent ses positions anti-LGBTQ depuis longtemps, mais qu’ils sont davantage intéressés par son opposition à la présence de partis arabes au gouvernement.

« Je suis un fasciste homophobe, mais j’ai une parole », a-t-il déclaré dans une tentative apparemment sarcastique de reprendre les termes de son détracteur.

Sans préciser où la conversation a eu lieu, ni si elle s’est déroulée avant ou après l’élection nationale du 1er novembre, Kan a déclaré que Smotrich avait dit à un homme d’affaires qui le soutient : « Un séfarade, une personne traditionaliste, vous pensez qu’ils se soucient des gays ? Ils n’en ont rien à faire. Ils me disent ‘je n’ai pas de problème avec eux’, [mais] pensez-vous qu’ils se soucient du fait que je sois contre eux ? ».

Interrogé spécifiquement sur les mesures actives qu’il pourrait prendre contre la communauté LGBTQ, Smotrich a déclaré que les partisans de son parti HaTzionout HaDatit – y compris le chef du syndicat des commerçants du marché populaire de Mahane Yehuda à Jérusalem – sont beaucoup plus intéressés par ses politiques sur le conflit israélo-palestinien et par son refus global de rejoindre une coalition qui s’appuie sur le parti islamiste Raam, une position idéologique qui a envoyé Smotrich et le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans l’opposition pendant 18 mois, Raam ayant uni ses forces avec le bloc politique opposé.

« Écoutez, [l’électeur] sait que je suis [contre les LGBTQ]. Cela n’a pas d’importance pour eux. Je suis le seul à ne pas être allé avec Raam et à avoir sauvegardé la terre d’Israël pour leurs petits-enfants. Ils me soutiendront », déclare Smotrich, qui fait désormais partie du gouvernement Netanyahu, considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Il semble ensuite définir les limites jusqu’où il est prêt à aller dans l’application des préceptes bibliques, dans une apparente réciprocité : « Je ne lapiderai pas les gays [à mort] et vous ne me forcerez pas à manger des crevettes. »

L’enregistrement a été divulgué alors que le gouvernement prévoit de modifier les lois anti-discrimination – à la demande de Smotrich – d’une manière qui, selon les critiques, pourrait permettre aux entreprises privées de refuser de servir certains groupes de personnes. Une clause des accords de coalition stipule que la loi sera modifiée « de manière à empêcher tout préjudice à une entreprise privée qui s’abstient de fournir un service ou un produit en raison de sa foi religieuse, à condition qu’il s’agisse d’un service ou d’un produit qui n’est pas unique et pour lequel une alternative peut être trouvée à proximité et pour un prix similaire ».

Manifestation pour les droits LGBTQ à Tel Aviv contre le nouveau gouvernement, le 29 décembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le mois dernier, le député HaTzionout HaDatit Simcha Rothman a affirmé que si un hôtel voulait refuser de servir les personnes LGBTQ pour des raisons religieuses, il aurait le droit de le faire.

« Un propriétaire d’entreprise peut faire ce qu’il veut dans son entreprise. Il a créé l’entreprise et il ne doit rien à personne », a déclaré Rothman à Kan à l’époque. Le même jour, une autre députée du parti, Orit Strouk – aujourd’hui ministre des Missions nationales – a déclaré que les médecins devraient être autorisés à refuser de dispenser des traitements contraires à leur foi religieuse, pour autant qu’un autre médecin soit disposé à fournir le même traitement.

Foi comme motif de refus de soigner : L’Association médicale israélienne riposte

Netanyahu a nié à plusieurs reprises que son gouvernement avait l’intention de porter atteinte aux droits des LGBTQ. La clause sur la discrimination figure dans les accords de coalitions finaux.

Et le cabinet vient d’approuver la nomination d’Avi Maoz, leader du parti Noam, dont le principal cheval de bataille est l’opposition à la « propagande » LGBTQ, au poste de ministre délégué chargé de contrôler les programmes externes du système éducatif et de « l’identité juive ».

Le député Avi Maoz, à gauche, et le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, après avoir signé un accord de coalition, le 27 novembre 2022. (Crédit : Likud)

Cette décision a suscité une avalanche de critiques et d’inquiétudes, de nombreuses municipalités locales ayant déclaré qu’elles n’autoriseraient pas l’introduction de contenus anti-LGBTQ ou autrement illibéraux dans leurs écoles.

Smotrich a un lourd passé d’activisme anti-LGBTQ, même s’il a limité ses déclarations publiques sur le sujet ces dernières années. En 2006, il a participé à l’organisation d’une « Parade des bêtes » anti-gay à Jérusalem, en réponse à la parade annuelle de la Gay Pride de la ville. Des militants anti-gays ont défilé dans toute la ville avec des chèvres et des ânes pour mettre en lumière ce qu’ils appelaient les « actes déviants » des relations homosexuelles. Il a depuis dit qu’il regrettait cela, mais en 2015, il a déclaré lors d’une réunion avec des lycéens qu’il était un « homophobe fier. »

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a critiqué lundi les remarques de Smotrich fraîchement divulguées, déclarant que l’enregistrement « nous rappelle une fois de plus à quel point Netanyahu est faible et combien il est dangereux qu’il soit à la merci d’extrémistes racistes. Ce n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est devenu une question plus importante : L’amour ou la haine. »

Tali Friedman, la directrice du syndicat des commerçants du marché Mahane Yehuda mentionnée dans l’enregistrement de Smotrich, a déclaré que le syndicat « est un organisme apolitique », rejetant « les déclarations qui stigmatisent le marché », ajoutant qu’elle n’a jamais rencontré Smotrich.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.