Tsahal dit avoir faussé le nombre de recrues ultra-orthodoxes durant des années
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Tsahal dit avoir faussé le nombre de recrues ultra-orthodoxes durant des années

L'armée aurait délibérément doublé, voire triplé, le nombre réel de soldats recrutés pour atteindre les quotas requis ; l'armée affirme que l'écart est une "erreur"

Des soldats de l'unité ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de l'armée israélienne. (Crédit : Yaakov Naumi / Flash90)
Des soldats de l'unité ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de l'armée israélienne. (Crédit : Yaakov Naumi / Flash90)

L’armée israélienne a admis mercredi qu’elle avait publié pendant des années un nombre exagéré d’enrôlements ultra-orthodoxes, après qu’un reportage dans les médias en hébreu a affirmé que des officiers avaient délibérément menti pour couvrir un recrutement en baisse.

Selon la chaîne publique Kan, les responsables du département de l’armée chargé de suivre le nombre de haredim réalisant leur service militaire ont menti sur les chiffres, les doublant, voire les triplant pour faire croire que l’armée respectait les quotas établis par la loi.

Les chiffres erronés ont été envoyés au chef d’État-major de Tsahal, au ministre de la Défense et à tout autre organisme gouvernemental compétent, et publiés dans des rapports officiels.

La communauté ultra-orthodoxe a historiquement bénéficié d’exemptions générales de l’armée au profit d’études religieuses en yeshiva, et de nombreux membres de la communauté se soustraient au service militaire, obligatoire pour les autres Israéliens juifs.

Cependant, depuis que la loi autorisant l’exemption a été abrogée en 2012, le gouvernement a commencé à fixer des quotas annuels croissants de quelques milliers de personnes, en plein tollé du grand public, agacé que la communauté ne partage pas le fardeau du service militaire. Les responsables politiques se sont efforcés d’élaborer de nouvelles règles concernant le nombre de conscriptions et les sanctions pour les déserteurs, un point de friction important dans les pourparlers de coalition ratés.

Dimanche, le quotidien Haaretz a cité des chiffres de recrutement pas encore publiés recueillis par la Direction des ressources humaines de Tsahal, indiquant que l’enrôlement ultra-orthodoxe avait chuté précipitamment en 2018, de 20 % par rapport à l’année précédente, soit la première baisse en plus d’une décennie.

Les chiffres rapportés par Haaretz montrent que 2 440 soldats ultra-orthodoxes ont été incorporés dans les forces armées en 2018, soit 800 de moins que l’objectif de recrutement du gouvernement pour l’année. En revanche, 3 070 soldats ultra-orthodoxes ont été recrutés en 2017, selon des chiffres aujourd’hui considérés comme erronés.

On ne sait pas si les chiffres de 2018 ont également été modifiés, mais l’année a été la première depuis 2007 où le recrutement des Haredi a chuté, alors que l’armée déploie d’intenses efforts pour encourager la conscription, notamment par la création d’un certain nombre d’unités Haredi dans Tsahal, telles que le bataillon de combat Netzah Yehuda (Nahal Haredi).

Selon le rapport de Kan, qui n’a pas cité de source, entre 2011 et 2017, l’armée israélienne a inclus dans son décompte des recrues ultra-orthodoxes non Haredi, dont certaines ne sont même pas religieuses.

File photo of soldiers from Nahal Haredi, an ultra-Orthodox battalion in the IDF (photo credit: Abir Sultan/Flash90)
Des soldats de la brigade Nahal haredi, un bataillon ultra-orthodoxe de l’armée de l’air israélienne. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

En 2011, par exemple, le rapport indique que l’armée a déclaré 1 200 recrues, alors que leur nombre réel n’était que de 600. Depuis, celui-ci a été gonflé pour donner l’impression qu’il ne cesse de croître.

En 2017, on comptait 1 300 ultra-orthodoxes réalisant leur service militaire, mais le département responsable en a dénombré 3 070.

« Récemment, une erreur a été découverte dans le décompte des soldats ultra-orthodoxes ces dernières années. Des leçons ont été tirées en ce qui concerne les critères de décompte et la détermination de l’organe chargé de recenser les soldats Haredi dans Tsahal », a déclaré l’armée dans un communiqué relayé par Kan.

Ces chiffres auraient été gonflés pour faire taire les critiques selon lesquelles les efforts visant à enrôler des soldats ultra-orthodoxes étaient voués à l’échec.

A la fin de l’année dernière, une nouvelle division administrative, dirigée par le lieutenant-colonel Telem Hazan, a été formée par l’armée et a pris en charge la communication du nombre de recrues ultra-orthodoxes. Un décompte minutieux a permis d’obtenir le chiffre de 1 650, soit moitié moins que l’année précédente. Hazan a été invité à « arrondir » les chiffres pour qu’ils correspondent à ceux de 2017.

Il est difficile de comprendre pourquoi l’écart entre les chiffres rapportés par Kan pour 2018 – 1 650 – et ceux cités par Haaretz – 2 440 – était si important.

L’armée a déclaré que « les données pour l’année d’enrôlement 2018 (qui s’est terminée en juin 2019) n’ont pas encore été finalisées ».

Pour le chef du parti travailliste-Gesher, Amir Peretz, interrogé par Kan, la révélation pourrait fausser les décisions politiques concernant les chiffres du recrutement : « J’espère vraiment que lorsque nous avons tenu les discussions sur l’enrôlement ultra-orthodoxe, les données que nous avions sous les yeux étaient exactes. Si nous avons pris des décisions dans le passé en nous basant sur de fausses données ou sur des données que personne ne savait quantifier, c’est grave. Nous ne pouvons permettre qu’une culture du mensonge fasse partie des perspectives du ministère de la Défense et de l’armée israélienne. »

Affrontements entre Ultra-orthodoxes et policiers à Bnei Brak, le 20 novembre 2017. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

L’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement Israël est en partie due à des querelles politiques au sujet du service militaire des étudiants de yeshiva. En mai, moins de deux mois après que les électeurs ont semblé donner à Benjamin Netanyahu le mandat de former un nouveau gouvernement, les pourparlers de coalition ont échoué après qu’Avidgor Liberman et son parti laïc de droite Yisrael Beytenu ont refusé de rejoindre le gouvernement.

Le point d’achoppement était un projet de loi obligeant les hommes haredi à participer au service militaire obligatoire. Les partis ultra-orthodoxes voulaient assouplir le texte de la loi. M. Liberman a insisté sur le fait qu’il ne rejoindrait pas le gouvernement si la loi n’était pas adoptée dans sa forme actuelle.

Le projet de loi élaboré par le ministère de la Défense, en cours d’examen, prévoyait de fixer des objectifs annuels minimaux pour la conscription ultra-orthodoxe qui, s’ils n’étaient pas atteints, entraîneraient des sanctions financières pour les yeshivas où étudient ces élèves. En même temps, il officialiserait également les exemptions pour la grande majorité des étudiants de yeshiva.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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