« Un homme rencontré sur Internet n’arrête pas de me demander de l’argent »
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« Un homme rencontré sur Internet n’arrête pas de me demander de l’argent »

Les arnaques aux relations amoureuses ne cessent d'augmenter dans le monde, y compris en Israël. Voici comment une femme s'est trouvée leurrée

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Photo d'illustration (Crédit : iStock)
Photo d'illustration (Crédit : iStock)

Maya, une femme enseignante dans une école maternelle, divorcée et âgée de 45 ans qui associe à sa vie professionnelle une activité de thérapeute en médecine holistique, dans le centre d’Israël, a toujours cru à l’idée de destinée amoureuse – à la fusion avec une âme-soeur qui lui semblerait familière peu de temps après l’avoir rencontrée.

C’est pour cela que lorsqu’un homme répondant au nom de Darren Hartman, pilote américain d’hélicoptère Apache stationné en Afghanistan, l’a contactée sur Tinder, elle a décidé de mieux le connaître.

« J’ai remarqué qu’il était à plus de 1 000 kilomètres », dit Maya (qui a demandé à ne pas utiliser sa véritable identité). « Mais j’étais ouverte à la rencontre parce que j’ai pensé que peut-être, j’avais besoin d’être avec un type étranger ».

Darren s’est avéré être un parfait gentleman, poli, et il n’a pas immédiatement évoqué le sujet du sexe comme c’est le cas, selon elle, d’un grand nombre d’Israéliens. Il lui a écrit plusieurs fois par jour, lui demandant comme elle allait et exprimant de l’empathie envers elle.

Il lui a raconté l’histoire de sa vie : Un père allemand, une mère américaine qui l’avait emmené vivre aux Etats-Unis à l’âge de 17 ans où il s’était enrôlé dans l’armée. Son ex-épouse l’avait trompé, mais il croyait toujours en l’amour. Il se consacrait à l’armée mais souhaitait également rencontrer la femme de sa vie, suite à quoi il prendrait sa retraite.

Une photo de “Darren Hartman” envoyée à une femme israélienne qu’il avait rencontrée sur Tinder (Autorisation)

Les photos envoyées à Maya étaient plutôt séduisantes : Celles d’un homme très beau, mince, aux cheveux bruns, aux yeux bleus, avec une expression de sincérité, aimable. Sur certains clichés, il chahutait avec son jeune enfant. Sur d’autres, il était vêtu en habits militaires.

Un jour, Darren a dit à Maya que sa grand-mère portait le nom de Batya — celui de la fille de Pharaon.

Maya a immédiatement répondu : « Ta grand-mère devait être juive ! »

Ce que Darren a confirmé.

Elle lui a demandé si elle était morte durant la Seconde Guerre mondiale. Il a dit oui.

« Comment est-elle morte ? », a demandé Maya.

Darren a répondu qu’il l’ignorait, qu’à chaque fois que son père avait tenté d’en parler, il avait commencé à pleurer. « Peut-être que, lorsque nous nous rencontrerons, nous pourrons aller le lui demander ensemble », a-t-il écrit.

Croire que sa grand-mère avait péri durant la Shoah a donné à Maya le sentiment d’être plus proche de Darren.

« J’ai imaginé que lorsqu’on se verrait en personne, je l’emmènerais au musée de la Diaspora et à Yad Vashem et qu’on donnerait les noms de ses grands-parents, Batya et Otto ».

Maya aussi a parlé de sa vie à Darren, des choses intéressantes qu’elle avait lues et de son existence de mère célibataire d’une adolescente. C’était rare de rencontrer un homme qui était autant à l’écoute.

Par exemple, Maya avait survécu à un cancer du sein et, par coïncidence, Darren lui avait dit que sa mère était décédée des suites de cette maladie. Avec le recul, elle réalise qu’il avait dû étudier son profil Facebook pour savoir quels sujets aborder avec elle. Mais à ce moment-là, elle a eu le sentiment qu’elle n’avait jamais vécu un lien de proximité aussi fort dans un si court laps de temps.

« Fais de beaux rêves », lui envoyait-il comme message avant qu’elle n’aille dormir.

« Comment ça va ? », lui envoyait-il le matin.

Et, rapidement, il lui a dit qu’il savait que c’était avec « elle » qu’il souhaitait qu’ils se bâtissent un avenir tous les deux.

Une partie de la discussion entre « Darren Hartman » et Maya, au mois d’octobre 2017 (Autorisation)

« Je suppose que c’était étrange qu’il veuille quelque chose de sérieux alors que nous ne nous étions jamais rencontrés. Je lui disais qu’il fallait qu’on se voie et voir comment ça se passait ».

Maya réalise dorénavant que cet enthousiasme prématuré aurait dû être un signal d’alarme.

« Mais je m’étais construit une idée globale de lui et je voulais qu’elle soit vraie. Je m’imaginais l’accueillir à l’aéroport et je me demandais si nous ressentirions la connexion ».

Environ une semaine après le début de leur relation, Darren a prévu de rendre visite à Maya en Israël. Pour que son départ de l’unité soit approuvé, il lui a dit – et d’autres responsables militaires américains le lui ont confirmé par courriel – qu’elle devait remplir un formulaire officiel de demande de permission militaire, ce qu’ils ont fait ensemble. Il ne pourrait obtenir une permission, avait-on dit à Maya, que si une personne le demandait formellement.

Un responsable de l’armée américaine est ensuite entré en contact avec elle et lui a demandé de verser 1 000 dollars pour la démarche, puis encore 1 300 dollars pour obtenir la permission. Ces paiements avaient pour objectif de démontrer le sérieux de la rencontre avec Darren et pour permettre à ce dernier de quitter l’armée pour elle, lui a-t-on dit. Il ne fallait pas s’inquiéter, l’a rassurée Darren : L’argent lui serait rendu dès son arrivée en Israël car il n’avait tout simplement pas accès à son compte bancaire depuis sa base militaire en Afghanistan.

Une copie de l’un des formulaires que Maya a dû remplir pour son galant virtuel (Autorisation)

Maya a donc payé 3 200 dollars au total à un certain « Christy Perkins » via Western Union en Floride, mais très rapidement après, elle a été contactée par l’un des commandants de Darren qui lui a demandé de payer 2 500 dollars pour un billet d’avion. Le commandant a envoyé ce qui lui avait paru être des documents officiels signés par les personnels militaires.

C’est alors que Maya a contacté le Times of Israël.

« Je suis perdue et je suis mal », a-t-elle écrit. « J’ai rencontré un homme sur Internet mais il n’arrête pas de me demander de l’argent ».

Lorsque cette journaliste a suggéré qu’elle était victime d’une escroquerie, Maya n’était pas prête à l’entendre.

« Si c’est une escroquerie, elle est très détaillée et complexe », a-t-elle répondu dans un texto.

Le Times of Israël a aidé Maya à faire une recherche d’images sur Google des photos de Darren Hartman et a découvert un site, romancescam.com, où des femmes du monde entier expliquent s’être faites arnaquer avec les mêmes photos. L’une d’elle connaissait l’homme sous le nom de Martin Cowles, une autre sous celui de Zane Martin. Dans chacun des cas, son âge et sa biographie personnelle différaient légèrement.

Une enquête plus poussée sur Internet a révélé que le « petit ami » de Maya était en fait un individu – ou plusieurs – au Nigéria. Le premier instinct de Maya a été de tenter de contacter l’homme sur les photographies et de l’informer que ses clichés étaient utilisés par des escrocs. Cette pensée était excitante pour elle parce qu’elle était encore entichée de lui – même si elle réalisait que l’homme figurant sur les photos était différent de celui dont elle était tombée amoureuse.

Mais ce dernier rêve s’est écroulé lorsque, après plusieurs heures encore de recherche sur Internet, il s’est révélé que l’homme du cliché était Martin Anthony, 31 ans et originaire d’Indianapolis, emprisonné pour purger une peine de huit ans de prison après avoir tiré sur une voiture où se trouvaient des adolescentes.

« Je ne pouvais pas y croire », dit-elle. « J’avais le sentiment d’une vraie relation. Mais tout était faux là-dedans ».

Les photos de « Darren » envoyées à Maya se sont révélées être celles d’un prisonnier condamné originaire d’Indianapolis (Capture d’écran : IndyStar.com)

Maya a ainsi perdu 2 300 dollars – près d’un mois de salaire – dans cette arnaque et elle est tellement déprimée depuis cet incident qu’elle a pris rendez-vous auprès d’un psy.

De nombreuses victimes de fausses relations amoureuses peuvent perdre beaucoup plus. Le site du FBI (Federal Bureau of Investigation), aux Etats-Unis, raconte l’histoire d’une femme qui a perdu 2 millions de dollars au nom d’un amoureux virtuel.

Le FBI a reçu 15 000 plaintes du monde entier concernant ce type d’escroqueries en 2016 – contre 2 500 l’année précédente

Selon le FBI, les victimes de ces relations amoureuses virtuelles et mensongères sont pour la plupart des veuves ou des femmes divorcées d’âge mûr et leurs auteurs sont souvent des groupes criminels qui opèrent depuis le Nigéria. Les fraudeurs étudient les profils des femmes sur Internet pour trouver la meilleure manière de les séduire.

Selon le Centre de plaintes des crimes sur internet du FBI, l’IC3, ces escroqueries ne sont pas la forme la plus banale de cyber-fraude, mais elles entraînent les pertes financières les plus élevées en comparaison avec les autres arnaques qui sévissent sur la Toile.

Le FBI a reçu 15 000 plaintes du monde entier concernant ce type d’escroqueries en 2016 – contre 2 500 l’année précédente. Les arnaques amoureuses sont une industrie en croissance, explique le FBI, parce qu’elles comportent peu de risques et qu’elles rapportent beaucoup d’argent. La possibilité offerte à la majorité des instances qui sont chargées de l’application de la loi de poursuivre un délit traversant de multiples juridictions est négligeable.

Kelsey Pietranton, porte-parole du FBI, indique au Times of Israël que tous ceux qui, partout dans le monde, ont été les victimes de ce type d’escroquerie – ou d’une autre sur Internet – doivent se rapprocher de la police et porter plainte auprès du centre du FBI consacré aux crimes virtuels.

Sur son site internet, le FBI offre des astuces permettant de se protéger.

Le Times of Israël est également entré en contact avec la police israélienne au sujet des arnaques amoureuses. Tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une forme de fraude commune et croissante, cette dernière a été dans l’incapacité de donner au Times of Israël des informations sur son degré de propagation dans le pays.

Maya estime qu’il est improbable qu’elle ait été la seule victime de « Darren » dans la mesure où pour la rencontrer il a du avoir utilisé l’option passeport de Tinder ciblant les femmes habitant près de Tel Aviv. En outre, il avait clairement effectué des recherches sur l’histoire juive et les noms hébreux.

Pour l’anecdote, les médias israéliens ont narré de nombreuses histoires de personnes tombées amoureuses sur Internet et escroquées d’importantes sommes d’argent. Dans la majorité des cas, les victimes sont des femmes, et les hommes impliqués sont des Israéliens – peut-être parce qu’en termes d’affaires de coeur, de nombreux Israéliens trouvent plus facile de communiquer dans leur langue natale.

Volant leurs coeurs… Et leurs économies

Tzvika Graiver, avocat et co-fondateur et président du Keep Olim dans le Mouvement d’Israël, indique au Times of Israël qu’il est devenu un expert en fraudes « parce que je représente les nouveaux immigrants en Israël et que ces derniers sont une population constamment dupée et escroquée ».

Graiver a représenté trois victimes – des femmes – d’escroquerie amoureuse. Deux sont des mères célibataires et l’une était mariée. Toutes les trois avaient la trentaine, plus jeunes que les victimes habituelles de ce type d’arnaque. Les deux mères célibataires ont rencontré les escrocs sur des sites de rencontre tandis que la femme mariée a été approchée dans un café par un Don Juan, qui parlait bien.

Tzvika Graiver, juriste et avocat à l’organisation Keep Olim au Mouvement d’Israël (Crédit : Facebook)

La première femme, une mère célibataire et immigrante venue des Etats-Unis, avait été contactée sur Facebook par un étranger qui lui avait envoyé une demande d’ami. Une romance s’en est suivie, ils se sont rencontrés et il s’est finalement installé dans son appartement où il a commencé à vivre à ses crochets. Il lui a dit qu’il était chauffagiste chez des particuliers mais il semblait passer beaucoup de temps autour de l’habitation. Il lui a ensuite, un jour, demandé un prêt, qu’il a promis de rembourser quelques mois après. Et il a en effet commencé à lui rendre l’argent, mais les paiements ne représentaient qu’une petite partie du montant qu’elle lui avait donné. Huit mois après le début de leur relation amoureuse, il a disparu, emportant tout ce qui lui appartenait. Lorsqu’elle lui a téléphoné, il l’a rejetée puis il a changé de numéro de téléphone.

« En tout, il lui a dérobé 100 000 shekels, soit 130 000 shekels moins les 30 000 shekels qu’il a remboursés. Je l’ai poursuivi », explique Graiver. « Il a quarante ans et il vit chez ses parents. Mais il n’y a aucun moyen de prouver qu’elle ne lui a pas fait don de cette somme ».

La seconde femme était une mère célibataire, avec un enfant autiste. Elle avait rencontré l’homme dont elle était tombée amoureuse sur le site OKCupid. Il lui avait promis de l’aider avec sa fille ainsi qu’avec son addiction aux analgésiques. Et finalement, il n’a cessé de lui réclamer de l’argent et a été jusqu’à voler son identité, contractant des prêts et commandant une carte de crédit à son nom aux Etats-Unis. Au total, il lui a volé plus de 100 000 shekels.

« Je pense que ce type est un fraudeur en série », explique Graiver. « Peu après, il a rencontré la femme mariée », sa victime suivante, « dans un café, et il l’a séduite en lui faisant des compliments délirants. C’est également une de mes clientes. Il lui a volé plus de 300 000 shekels et avait menacé de tout dire à son mari si elle se rendait à la police ».

La police israélienne, dit Graiver, s’est montrée inutile dans les trois cas.

« Nous vivons dans un pays où les rues sont relativement sûres et où si un criminel est surpris en flagrant délit, il sera probablement arrêté et poursuivi », déclare-t-il. « Mais lorsqu’il s’agit de mener une enquête, la police traîne. Presque tous les clients que j’ai pu avoir et qui ont porté plainte à la police ont vu leur dossier fermé dans un délai très court ».

Le porte-parole de la police israélienne Mickey Rosenfeld explique au Times of Israël que toutes les plaintes sont prises au sérieux et que même si l’escroc doit se trouver au Nigéria, les agents entreront en contact avec leurs homologues, dans le pays, pour leur demander leur aide.

Une expertise spécifique au pays

Dans leur article universitaire intitulé « Arnaques amoureuses : Comment se fait-on attraper dans les fraudes financières ? », les sociologues Deborah Gregory et Bistra Nikiforova, de l’université de Nouvelle Angleterre, décrivent comment différents pays se sont spécialisés dans différents types de romance. Il y a deux pôles mondiaux d’arnaque amoureuse, expliquent-ils. La Russie est spécialisée dans les séductrices, tandis que les fraudeurs nigérians présentent des portraits d’hommes comme des portraits de femmes.

Ces hommes et ces femmes fictifs ont tendance à se conformer aux stéréotypes vieillots correspondant aux attentes de l’autre sexe – même s’il y a un sous-genre d’escroqueries aux relations amoureuses homosexuelles également. Les « fraudeuses » ont tendance à être impliquées dans l’industrie de la mode et leur principal attribut est la beauté, selon Gregory et Nikiforova. Souvent, la femme se trouve dans une situation de détresse, suscitant chez l’homme le besoin de la sauver et de la protéger.

« La femme parle d’elle », écrivent-ils, « ce qui mène l’homme à réaliser combien il est chanceux que cette belle créature s’intéresse à lui et souligne ce qu’il a de spécial en lui. Il y a peu de justification rationnelle sur la raison pour laquelle ces deux personnes en particulier devraient être ensemble, les échanges de communication concernent la femme exclusivement, sans qu’un dialogue substantif se mette en place ».

Les arnaques amoureuses visant les femmes présentent une dynamique différente, expliquent les auteurs.

Lorsque des hommes escroquent des femmes, les fraudeurs se concentrent davantage sur la femme elle-même – « se soumettant à ses volontés et ses désirs (aisément fournis grâce à son profil) et saluant sa beauté. L’histoire personnelle de l’amoureux présumé correspond souvent à celle de sa victime, ce qui le rend plus empathique. Avec l’arnaque de la rencontre nigériane, la question ‘Pourquoi moi ?’ est inexistante parce que les fraudeurs font en sorte qu’il semble naturel pour deux personnes qui partagent des histoires biographiques quelque peu similaires d’être attirées l’une par l’autre. ‘Il semblait que nous avions beaucoup de choses en commun, notamment le fait qu’on en avait assez de jouer un jeu, qu’on était divorcés et qu’on avait des enfants ».

Ce qu’Israël peut apprendre du Nigéria

Le Times of Israël est entré en contact avec le professeur Tade Oludayo de l’université d’Ibadan au Nigéria, l’un des meilleurs spécialistes au monde des arnaques amoureuses, pour lui demander qui se trouve derrière ces fraudes et également comment elles ont affecté la société nigériane et son économie.

Le Times of Israël a également voulu savoir si Israël qui, dans la dernière décennie, a développé en son sein une immense industrie d’escroquerie par Internet, avait des leçons à tirer de l’expérience du Nigéria.

Les fraudeurs israéliens sont spécialisés dans l’extorsion, les arnaques CEO, les escroqueries aux investissements, dans le phishing, le jeu, les loteries, et les processus de paiements pour faux médicaments, a récemment expliqué un chercheur britannique au Times of Israël, pour un montant généré de plus de 10 milliards de dollars par an, sans presque aucune arrestation ou condamnation de la police.

Les fraudeurs nigérians sont, eux, experts en fraude à la commission et en arnaques amoureuses. Si les deux économies sont différentes (le salaire moyen au Nigéria est de 3 500 dollars par an contre 30 000 dollars en Israël), il y a toutefois des points frappants de comparaison lorsqu’il s’agit de s’intéresser à ceux qui ont fait de l’arnaque leur source unique de revenu.

Les types de cyber-délits selon le nombre d’incidents rapportés, selon le FBI (Capture d’écran : www.ic3.gov)

Oludayo explique au Times of Israël que les escroqueries amoureuses représentent la porte d’entrée de la majorité des cyber-criminels nigérians, dont un grand nombre sont des étudiants d’universités ou de jeunes diplômés. Personne ne peut estimer précisément l’ampleur de l’industrie de la cyber-fraude nigériane, même si certains ont estimé le chiffre à 12 milliards de dollars annuels.

Les fraudeurs aux arnaques amoureuses sont des groupes de collaborateurs organisés qui surfent sur la Toile pour trouver des femmes dans les pays développés et se présentent comme des hommes « importants », qui ont beaucoup d’argent et effectuent des choses qui sortent de l’ordinaire dans leur existence, rajoute Oludayo. Ils investissent beaucoup de temps et de travail à construire une relation proche et attendent trois à quatre mois avant de réclamer de l’argent à leurs victimes.

La majorité des Nigérians ont conscience de la fraude sur Internet, dit Oludayo au Times of Israël, un phénomène qu’on appelle ici « yahoo yahoo ». En 2015, le Nigéria a passé une loi contre ce type d’escroquerie.

Tandis que la plus grande partie de Nigérians condamnent ces arnaques, qui sont en premier lieu perpétrées par des individus de moins de 30 ans, Oludayo déplore que « la culture populaire les célèbre à travers la musique. Et le fait que ces chansons ne soient pas interdites de diffusion montre une complicité de l’Etat ».

Oludayo ajoute : « Je travaille actuellement sur un article intitulé « Glamourisation des cyber-crimes dans des chansons choisies de hip-hop ».

En réponse à ce qu’un grand nombre de gens perçoivent comme une glamourisation de la culture de l’escroquerie, certains artistes parmi les plus populaires du Nigéria se sont rassemblés pour créer une chanson qui s’appelle « Maga No Need Pay », afin d’encourager les jeunes à ne pas s’impliquer dans les arnaques. « Maga » est le mot d’argot dans le pays pour celui qui a été dupé, la « victime ».

Dans des paroles qui pourraient également s’appliquer à Israël, un chanteur rappe : « La réputation de ma nation subit une lourde condamnation/C’est notre situation/ Sommes nous des cyber-criminels ?/ Non ! Nous sommes les ressources minérales de notre patrie/Nous devons nous dresser et prendre position ».

« Je suis la preuve vivante qu’il y a de la dignité dans le travail », chante un autre.

Au mois d’octobre 2017, la Knesset a voté à l’unanimité pour fermer l’industrie des options binaires en Israël, une forme différente de cyber-fraude qui, selon des estimations, aurait rapporté entre 5 milliards et 10 milliards de dollars par an pendant une décennie et aurait escroqué des millions de personnes dans le monde entier. L’un des arguments de fermeture de cette industrie a été qu’elle avait nui à la réputation d’Israël partout dans le monde. Et pourtant, tout comme c’est le cas au Nigéria, le cyber-crime au sein de l’Etat juif est tenace. Quelques semaines seulement après l’adoption de la loi, les offres d’emploi israéliennes sont à nouveau envahies par des annonces émanant de « courtiers » en ligne cherchant des commerciaux dans le secteur du Forex ou des options binaires.

Tade Oludayo (Facebook)

Oludayo indique que si la fraude permet de faire entrer beaucoup d’argent dans l’économie nigériane, le pays en paie le prix en termes de réputation et de corruption interne.

« Les cyber-criminels font beaucoup d’argent avec leurs affaires et l’utilisent pour acheter des voitures exotiques, aller dans les clubs et donner rendez-vous aux dames. Ils vivent des existences flamboyantes qui donnent envie aux autres de tomber dans ce commerce. Et parce que certains d’entre eux sont les enfants de personnes riches au sein de la société, ils échappent facilement aux poursuites lorsqu’ils sont arrêtés ».

Mais même si les fraudeurs représentent une petite minorité de la société nigériane, c’est la nation entière qui en subit les conséquences.

« Il faut noter que le nombre de cybercriminels représentent un chiffre sans signification par rapport à ceux qui se trouvent impliqués dans des commerces légitimes, même au Nigéria », explique Oludayo. « Mais le cyber-crime touche négativement l’image du pays et affecte l’image des Nigérians qui se rendent à l’étranger car cette étiquette leur est habituellement rattachée et, la plupart du temps, elle forme la base de la relation que les gens ont avec eux ».

Néanmoins, Oludayo souligne que ce sont les victimes qui souffrent le plus. « Cela détruit la vie des gens qui ont été leurrés, ce qui mène à des problèmes psycho-sociaux, notamment à des problèmes de confiance », note-t-il.

Maya, la femme israélienne victime d’une arnaque amoureuse, partage ce point de vue.

« Je tente de passer au-dessus en me disant qu’il faut que j’avance. Mais je pense que cette expérience m’accompagnera pendant longtemps parce que j’avais construit toute cette relation et que j’avais confiance. C’est réellement un choc. Je remarque que je suis vraiment tombée très bas ».

« Cela m’a nui financièrement, dit-elle, « et je suppose que j’étais beaucoup plus impliquée au niveau émotionnel que ce que je pensais. »

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