Pourquoi une habitante d’implantation a renoncé à parler à la commémoration de Rabin
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Pourquoi une habitante d’implantation a renoncé à parler à la commémoration de Rabin

Esther Brot, résidante d'Ofra, a regretté une campagne menée à son encontre par des "gauchistes extrémistes" qui l'ont dépeinte comme une "transgresseuse de la loi, qui nuit à la démocratie"

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

Esther Brot, habitante d'Ofra. (Autorisation)
Esther Brot, habitante d'Ofra. (Autorisation)

Esther Brot, une habitante d’Ofra, a annoncé qu’elle ne prendrait pas la parole lors d’un rassemblement samedi soir marquant l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, disant qu’une « campagne de diffamation et d’incitations » avait été menée à son encontre.

Brot, dont l’habitation a fait partie des neuf maisons démolies au mois de mars après que la Haute cour a jugé qu’elles avaient été construites sur des terres privées palestiniennes, a expliqué sa décision de ne pas intervenir dans un post paru vendredi sur Facebook.

« A ce moment précis, il semble que la place Rabin n’est pas mûre pour mon apparition. Ces derniers jours, des extrémistes de gauche se sont livrés à une campagne de diffamation et d’incitations contre moi », a-t-elle écrit.

Brot a fait les gros titres la semaine dernière lorsqu’elle a indiqué à la radio israélienne que la gauche tout comme la droite étaient responsables des incitations qui ont mené au meurtre de Rabin au mois de novembre 1995. « Il y a eu des incitations à droite et à gauche. Les deux parties doivent faire attention et nous ne pouvons pas nous contenter de dire que cela n’arrivera pas à nouveau », a-t-elle alors répété.

Rabin a été tué il y a 22 ans par un orthodoxe, un extrémiste de droite, Yigal Amir, qui s’était opposé à ses tentatives de paix contre les Palestiniens. Rabin venait tout juste d’achever un discours lors d’un rassemblement pour la paix organisé sur la place de Tel Aviv qui devait ultérieurement être renommée en son honneur.

Environ 100 000 personnes lors d’un rassemblement marquant le 20ème anniversaire de l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin sur la même place de Tel Aviv où il avait été tué, lors d’un rassemblement pour la paix en 1995, en 2015. (Crédit : Flash90/Tomer Neuberg)

Cette année, ce rassemblement a suscité la controverse avec la décision prise de l’organiser sous le slogan « Nous sommes un seul peuple ». Il a inclus des intervenants de tout le spectre politique, notamment des représentants des communautés pro-implantations et ultra-orthodoxes.

« Au 22ème anniversaire de l’assassinat de Rabin, il est temps de regarder devant nous », ont estimé les organisateurs. « Vers l’Israël dans lequel nous souhaitons tous vivre, celui que nous souhaitons voir. Celui qui, malgré les différences, avance vers ce qui unit plutôt que ce qui divise. Celui qui se bat pour réaliser l’esprit de la déclaration de l’indépendance » et accomplit « une société modèle. Cela peut arriver, si nous en faisons le choix ».

Samedi également, le fils de Rabin, Yuval, a dénoncé le fait de « délégitimiter » son père et les efforts visant à « réécrire l’histoire » de son héritage.

« Il y a également un processus pour délégitimer ici, la création d’une infrastructure pour réécrire l’histoire », a-t-il dit. « Je ne veux pas donner de nom ni désigner qui que ce soit du doigt, mais tout le monde sait qu’il y a actuellement un processus au service des intérêts politiques de toutes sortes d’acteurs ».

Pour sa part, sur Facebook, Brot a critiqué ceux qui se sont opposés à son intervention. « On m’a transformé en transgresseuse de la loi, nuisant à la démocratie. Tout ce dont j’avais prévu de parler, c’était de l’importance de l’unité pour la démocratie ».

« Ces gens ne comprennent pas le fait que le pluralisme ne s’adresse pas seulement à la communauté LGBT… Ils ne sont pas capables de réaliser l’unité si elle n’est pas uniforme ».

Brot a indiqué qu’elle avait réalisé que son apparition « ne pénétrera pas dans les coeurs, mais les empoisonnera plutôt » et qu’elle a décidé d’y renoncer, disant que le rassemblement « n’est pas le bon endroit pour ça et que ce n’est pas le jour pour attiser des querelles entre la droite et la gauche ».

Elle a néanmoins précisé qu’elle serait présente sur la place Tel Aviv et qu’elle apparaîtrait dans une vidéo pré-enregistrée qui serait projetée aux milliers de personnes attendues lors de l’événement.

Oded Revivi, le porte-parole à l’étranger du Conseil de Yesha, mouvement pro-implantation, lors de la Conférence sur la paix de Haaretz à Tel Aviv, le 12 juin 2017. (Crédit : Tomer Appelbaum)

Tandis que Brot ne s’exprimera pas à la tribune, les habitants des implantations étaient représentés lors du rassemblement par le maire d’Efrat, Oded Revivi.

Commentant son invitation à parler à la commémoration, Revivi a dit à la Vingtième chaîne la semaine dernière que c’était « une reconnaissance importante de ce que la droite fait également partie du peuple juif ».

« Pendant de nombreuses années, le rassemblement a été politisé. C’était un rassemblement qui, dans les faits, accueillait seulement la moitié de la nation, disant à l’autre : ‘le meurtre de Rabin ne vous appartient pas’. Et le message est même devenu plus lourd encore, en disant ‘ce meurtre est arrivé à cause de vous’ « .

Revivi a ajouté : « Et en fin de compte, le Premier ministre qui a été assassiné était le Premier ministre de tout le monde. Et, par conséquent, nous devons tous en tirer les leçons et retrouver la raison ».

Par ailleurs, Brot a indiqué au Times of Israël qu’elle ne connaissait que peu d’habitants d’implantations qui se joindraient à elle à Tel Aviv. « Les gens sont très sceptiques face à l’agenda qui est porté par ce rassemblement. Même s’il n’est pas politique en lui-même, tout ce qui a précédé la tenue de cet événement l’a été ».

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