WASHINGTON – Le président de la Chambre des représentants des Etats Unis, Paul Ryan, a prononcé lundi l’un des discours les plus durs de la conférence politique 2017 de l’AIPAC sur l’Iran et l’accord nucléaire controversé signé il y a deux ans.

Il a déclaré aux milliers de participants à la conférence que Téhéran était un danger pour les Etats-Unis et pour Israël, et a appelé à la prise de sanctions non liées au nucléaire contre le régime. Il a également suggéré que les Gardiens de la Révolution iraniens soient considérés par les Etats-Unis comme une organisation terroriste étrangère.

S’exprimant peu après Nikki Haley, l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies qui a enflammé le public, et moins d’une semaine après une cuisante défaite législative sur le système de santé, Ryan semblait ne pas avoir toutes les cartes en main quand il est monté sur la scène du centre Verizon de Washington lundi après-midi. Il a cependant animé le public, et a déclenché d’intenses applaudissements pour sa critique de l’Iran, de l’administration Obama, et du mouvement de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS) contre Israël.

« Nos paroles seront toujours soutenues par des actions concrètes réelles », a promis Ryan à la foule. Décrivant sa récente visite en Israël, Ryan a souligné qu’ « Israël ne prend pas notre soutien pour acquis, et nous non plus. La relation israélo-américaine n’est pas une rue à sens unique, mais un partenariat stratégique ancré dans des valeurs et des intérêts partagés. »

Alors que d’autres orateurs ont cité en passant les célèbres conflits entre l’ancien président Barack Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Ryan s’en est pris franchement au bilan de l’ancienne administration.

« Ces huit dernières années ont été dures, notre amitié a été mise à l’épreuve, a déclaré Ryan. Aucune dispute politique, aucun désaccord public ne peut rompre notre alliance politique avec Israël, mais cela peut nuire à la confiance. »

« Je pense que les actions de la dernière administration ont endommagé cette confiance », a déclaré Ryan sous les applaudissements du public.

Le président de la Chambre a souligné que, au contraire, « l’engagement [du président actuel] envers Israël est sacro-saint. L’engagement du Congrès envers Israël est sacro-saint. »

Sa critique de l’administration Obama s’est prolongée lorsqu’il a parlé de l’accord nucléaire iranien.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry en face du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif pendant la négociation de l'accord nucléaire iranien, le 1er juillet 2015, à Vienne, en Autriche. (Crédit : département d'État)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry en face du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif pendant la négociation de l’accord nucléaire iranien, le 1er juillet 2015, à Vienne, en Autriche. (Crédit : département d’État)

L’accord, a déploré Ryan, « a été un désastre absolu, et je ne dis pas cela à la légère. » L’Iran, a affirmé Ryan, a renforcé son soutien au terrorisme, accru ses violations des droits de l’Homme, et monté en puissance son programme balistique suite à l’accord de juillet 2015, tout en gagnant des fonds supplémentaires après la levée des sanctions.

Décrivant la situation comme « dangereuse pour les Etats-Unis et le monde », Ryan a dit au public qu’ « il est grand temps que nous appliquions rigoureusement cet accord et que nous demandions des comptes aux Iraniens quand ils le transgressent. »

« Cet accord est un échec total car même si l’Iran coopère, l’accord lui offre une voie tranquille vers une capacité nucléaire », a-t-il déclaré, décrivant le cadre temporel dans lequel les restrictions imposées par l’accord sont levées au fur et à mesure. « Nous devons continuer à frapper le régime avec des sanctions punitives non liées au nucléaire pour toutes ses activités illicites. »

Ryan a souligné que ces dernières semaines, le Congrès et l’administration Trump avaient pris des mesures pour accroître ces sanctions.

Le président de la Chambre a ajouté que les sanctions n’étaient pas les seuls outils à la disposition de Washington pour combattre la résurgence du nucléaire iranien.

« Nous devons nous réserver le droit d’explorer des options traitant des défauts les plus graves [de l’accord], a déclaré Ryan. Quand il s’agit d’empêcher un Iran nucléaire, toutes les options peuvent et doivent rester sur la table. »

Gardiens de la Révolution iraniens. Illustration. (Crédit : Twitter/(@MidEastNews_Eng)

Gardiens de la Révolution iraniens. Illustration. (Crédit : Twitter/(@MidEastNews_Eng)

Ryan a souligné que Washington devait prendre des sanctions supplémentaires contre les Gardiens de la révolution, qu’il a décrit comme « l’armée terroriste de l’Iran », et devait « envisager de les désigner comme une organisation terroriste étrangère ». Il a également suggéré que les Etats-Unis devaient tenter « d’empêcher les compagnies aériennes iraniennes de livrer des armes et des combattants dans tout le Moyen Orient. »

Ryan a également signalé l’importance de garantir que Washington fournisse une aide sécuritaire à Israël.

« Tant que je serai président de la Chambre, nous tiendrons nos engagements militaires vis-à-vis d’Israël et nous serons là pour fournir des financements supplémentaires en temps de crise », a-t-il déclaré en faisant allusion au protocole d’accord de 2016. L’accord militaire d’une durée de dix ans signé par l’administration Obama fournit 38 milliards de dollars d’aide à Israël, mais l’empêche de demander des financements supplémentaires.

Tout en rendant hommage aux capacités militaires d’Israël et à son succès pour lutter contre le terrorisme, Ryan a déclaré que l’Etat juif « fait face à une nouvelle menace ».

« Le succès d’Israël dans la lutte contre le terrorisme a entraîné ses ennemis à recourir à une campagne insidieuse de guerre économique et politique conçue pour nuire à Israël », a déclaré Ryan en référence au mouvement BDS.

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

« Nous savons que l’objectif est de délégitimer Israël et de l’isoler en vertu de la justice sociale et des droits de l’Homme. Nous avons vu ceci en décembre aux Nations unies », a-t-il déclaré en référence à l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2334, qui appelle Israël à cesser les constructions à Jérusalem Est et dans les implantations de Cisjordanie. La mesure n’a pu être adoptée que parce que les Etats-Unis, alors dirigés par l’administration Obama, avaient choisi de ne pas apposer leur veto.

Ryan a déclaré que les Nations unies sont « une organisation obsédée par l’isolement et la diabolisation d’Israël. Je veux donc dire aux Nations unies : nous ne tolérerons pas votre parti-pris anti-Israël, nous n’en tolérerons pas une miette. »

Il a ajouté que l’administration Trump et son ambassadrice aux Nations unies, Nikki Haley, ne le toléreraient pas non plus, sous les applaudissements déchaînés du public.

Le mouvement BDS, a déclaré Ryan, n’est « rien d’autre qu’une autre incarnation de l’antisémitisme. Ne soyons pas trompés par ceux qui nous parlent de paix. Le BDS n’a jamais parlé de paix. »