La mutuelle juive AMIA a organisé mercredi à Buenos Aires une marche silencieuse, à reculons, depuis le Palais de Justice jusqu´au siège de l´organisation, cible d’un attentat qui a tué 85 personnes en 1994.

La performance urbaine de l´artiste et philosophe argentin Mookie Tenembaum a rassemblé 85 jeunes entraînés pour la manifestation. Aux couleurs de l´Argentine, ils portaient un tee-shirt blanc avec une cape à capuche bleue en plastique.

« Cette marche a pour objectif de rappeler aux gens les souffrances entraînées par cet attentat. L´idée c´est surtout de représenter l´inaction de la justice pour condamner les coupables. Cette marche symbolise cette justice qui n´avance pas et donc qui recule », explique Dolores Vaquez Wood, membre de l´AMIA.

Le 18 juillet 1994, plusieurs associations juives dont l´AMIA ont été la cible d´une attaque à la voiture piégée devant leur bâtiment à Buenos Aires. Le lourd bilan de 85 morts et 230 blessés en fait l´attentat le plus meurtrier qu´ait connu l´Argentine.

Il n´a pourtant jamais été revendiqué et l´enquête est toujours en cours.

Le cortège de 4 rangs parfaitement alignés a marché pendant une heure et demie du palais de justice jusqu’au 663 rue Pasteur, devant les murs du siège de l´AMIA où sont les inscrits les noms des victimes.

Quelques membres de l´AMIA ont suivi le défilé en distribuant des tracts d´information dénonçant « Omission accomplie ».

« L´artiste a choisi de mettre en scène des jeunes pour dénoncer cette nouvelle génération à qui on cache la vérité », précise Eva Lapido, membre de l´association.

Le 6 août s’ouvre à Buenos Aires un procès pour entrave à l’enquête sur l’attentat. L’ancien président Carlos Menem (1989-1999), l’ancien juge chargé de l’enquête de 1994 à 2003, Juan José Galeano, et l’ex-patron des services secrets, Hugo Anzorreguy, figurent parmi les accusés.

Début 2015, un procureur a aussi accusé d’entrave la présidente actuelle Cristina Kirchner, mais la justice n’a pas engagé de poursuites.

Le procureur Alberto Nisman, retrouvé mort à Buenos Aires le 18 janvier dans des circonstances mystérieuses, accusait Mme Kirchner d’avoir couvert des dirigeants iraniens soupçonnés par la justice argentine d’avoir commandité l’attentat.

Près de six mois plus tard, l’enquête n’a toujours pas déterminé s’il s’agissait d’un suicide ou d’un assassinat.