Mettant fin à six ans de gel diplomatique, le nouvel ambassadeur de la Turquie auprès d’Israël a salué lundi un « nouveau début » des relations bilatérales, et a appelé l’Etat juif un « partenaire et ami » d’Ankara.

Mekin Mustafa Kemal Okem a remis ses lettres de créances au président Reuven Rivlin à Jérusalem, et a officiellement intégré le poste d’ambassadeur turc en Israël, poste vacant depuis cinq ans. Certains y voient le résultat d’années d’efforts de détente intenses après un raid mortel en 2010 qui avait assombri les relations entre Jérusalem et Ankara.

Le nouvel ambassadeur d’Israël en Egypte, Eitan Naeh, a remis ses lettres de créance au président turc Recep Tayyip Erdogan la semaine dernière.

« C’est un nouveau début pour nos relations bilatérales et nos efforts communs dans cette région où nous avons des relations étroites, des relations historiques », a déclaré Okem en anglais pendant la cérémonie, organisée à la résidence présidentielle de Jérusalem.

« Notre région propose plus que sa part de défis, mais aussi de grandes opportunités. Comme auparavant, la Turquie et Israël travailleront ensemble pour s’assurer que ces opportunités sont pleinement utilisées, et que les défis trouvent une réponse. »

Le président Reuven Rivlin, à droite, et le nouvel ambassadeur de la Turquie en Israël, Kemal Okem, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Roi Avraham)

Le président Reuven Rivlin, à droite, et le nouvel ambassadeur de la Turquie en Israël, Kemal Okem, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Roi Avraham)

Okem est perçu comme un confident proche d’Erdogan, et a déclaré qu’il prendrait ses ordres directement de lui, et du Premier ministre turc Binali Yıldırım, pour « explorer toutes les opportunités de coopération dans tous les domaines, au bénéfice mutuel de nos deux pays. »

« Et, en tant qu’ambassadeur, je ferai de mon mieux pour améliorer nos relations dans chaque domaine, quelles que soient les difficultés que nous pourrons rencontrer, nous pourrons les surmonter ensemble avec notre partenaire et ami, Israël. »

Les relations avaient été gelées après un assaut mené en 2010 par des commandos israéliens contre une flottille qui cherchait à briser le blocus de la bande de Gaza. Dix Turcs avaient été tués dans la mêlée après avoir attaqué les troupes israéliennes.

Avant cela, Israël et la Turquie étaient de proches partenaires économiques, notamment dans le domaine militaire.

Les deux pays prévoient à présent d’étendre cette coopération à l’industrie de l’énergie, la Turquie étant impatiente d’acheminer le gaz naturel israélien venu de Méditerranée en Europe.

Le champ de gaz naturel de Tamar, au large d'Ashkelon. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Le champ de gaz naturel de Tamar, au large d’Ashkelon. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Cependant, la Turquie, et particulièrement Erdogan, sont restés des critiques cinglants des politiques israéliennes à l’égard des Palestiniens, et Ankara entretient des relations étroites avec le Hamas, le groupe terroriste qui règne sur la bande de Gaza.

Okem a exprimé l’espoir de la Turquie que « la coopération israélo-turque permettra d’œuvrer pour le bien d’autres nations, particulièrement pour l’Autorité palestinienne. »

Il a remercié Israël d’avoir autorisé la Turquie à livrer une aide humanitaire à la bande de Gaza, une des conditions cruciales de la détente.

Okem, qui était accompagné de son épouse et de ses deux fils, a remercié Rivlin pour l’expression de ses condoléances après l’attentat terroriste mortel de samedi à Istanbul.

« Hier, nous avons également eu d’autres attaques au Caire, et une autre attaque à Mogadiscio, a-t-il déclaré. Alors que la Turquie a été le sujet d’attentats terroristes vicieux et a tant souffert, nous disons toujours que nous condamnons toute forme de terrorisme, quelles que soient son origine et sa cible. »

Pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a considéré l’arrivée du nouvel ambassadeur turc comme un « événement important », et a condamné la « sévère » attaque terroriste.

Il a cependant appelé la Turquie à en faire de même.

« Israël condamne tout acte de terrorisme en Turquie et il attend de la Turquie qu’elle condamne tout acte de terrorisme en Israël, a-t-il déclaré. Le combat contre le terrorisme doit être mutuel […] dans sa condamnation et […] dans sa prévention, c’est l’attente d’Israël à l’égard de tous les pays avec lequel il est en contact, y compris la Turquie. »

Ankara condamne rarement, si ce n’est jamais, les attaques terroristes visant des Israéliens.

Le président Reuven Rivlin, à gauche, et le nouvel ambassadeur de la Turquie en Israël, Kemal Okem, qui signe le livre d'or de la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le président Reuven Rivlin, à gauche, et le nouvel ambassadeur de la Turquie en Israël, Kemal Okem, qui signe le livre d’or de la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Après avoir reçu les lettres de créances d’Okem, Rivlin a également parlé de l’attaque terroriste de samedi à Istanbul, et de la nécessité d’un effort commun pour combattre l’extrémisme violent.

« Toute vie est sacrée. Le terrorisme est le terrorisme, que ce soit à Bruxelles ou Paris, Istanbul, Jérusalem ou Le Caire. Nous avons le devoir de nous opposer ensemble à cette terrible menace », a-t-il déclaré.

Le Président a déclaré que la journée de lundi était la conclusion réussie d’un long processus de réconciliation, « un vrai moment d’histoire ». Il a exprimé son « appréciation du président Erdogan » et l’a à nouveau remercié pour l’aide de la Turquie contre les incendies qui ont balayé Israël le mois dernier.

Les deux Présidents se sont parlés au téléphone le 27 novembre, et ont notamment abordé le sujet des dépouilles des Israéliens aux mains du Hamas. « Je veux le remercier pour son engagement à aider au retour des Israéliens, et des corps de nos soldats détenus par le Hamas », a déclaré Rivlin.

« Israël, comme la Turquie, accorde une grande importance à la reconstruction de la vie des civils de Gaza, dans l’infrastructure, l’économie, l’énergie, l’eau, etc. Ceci doit être fait en coopération avec l’Autorité palestinienne. C’est aussi un moyen important de montrer que nous pouvons vivre ensemble dans cette région, a déclaré le Président. Israël et la Turquie partagent un désir de paix et de prospérité pour tous les peuples du Moyen Orient. »

L’amitié israélo-turque « remonte loin dans l’Histoire, a poursuivi le Président, et j’espère que cette réconciliation et la nomination de nouveaux ambassadeurs ouvriront une nouvelle page prometteuse de cette relation. »

« Nous devons travailler ensemble pour promouvoir nos relations économiques, la coopération commerciale et énergétique comme réel moteur de la croissance de notre amitié. »

Rivlin a enfin déclaré que dans une région changeante, la Turquie et Israël devaient trouver des moyens de renforcer les « voix de la paix et de la stabilité ».

Eitan Naeh, nouvel ambassadeur d'Israël en Turquie et le président truc Recep Tayyip Erdogan, le 5 décembre 2016. (Crédit : présidence turque)

Eitan Naeh, nouvel ambassadeur d’Israël en Turquie et le président truc Recep Tayyip Erdogan, le 5 décembre 2016. (Crédit : présidence turque)

Malgré la restauration des relations, Erdogan n’a pas cessé de critiquer sévèrement Israël.

« Les politiques d’oppression, de déportation et de discrimination contre nos frères palestiniens ont augmenté depuis 1948 », avait-il déclaré il y deux semaines pendant la première conférence annuelle de l’association des « Parlementaires pour Al-Quds » à Istanbul. « C’est le devoir commun de tous les musulmans d’embrasser la cause palestinienne et de protéger Jérusalem », avait-il ajouté.

En novembre, le président turc avait accusé Israël de tenter de modifier le statu quo de la mosquée Al-Aqsa, située sur le mont du Temple à Jérusalem.

Dans une interview diffusé par la télévision israélienne en novembre, Erdogan était légèrement revenu sur son affirmation de 2014 qui suggérait que l’offensive de l’armée israélienne à Gaza en 2014 était « plus barbare qu’Hitler », mais ne s’était pas excusé d’avoir invoqué le nom du dirigeant nazi dans ce contexte.

Il avait affirmé « être bien conscient » des sensibilités, tout en condamnant la « barbarie » israélienne à l’encontre des Palestiniens.

« Je ne cautionne pas ce qu’à fait Hitler, et je ne cautionne pas non plus ce qu’Israël à fait à Gaza. C’est pour cela qu’il n’y pas lieu de comparer le deux politiques pour déterminer laquelle est la plus barbare », avait-il déclaré.

L’AFP a contribué à cet article.