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Au moins 38 morts et 166 blessés dans 2 attaques à la bombe au cœur d’Istanbul

La ville avait déjà été secouée cette année par plusieurs attaques liées à la rébellion kurde ou aux jihadistes

Des secouristes turcs, des policiers et des médecins légistes sur le site où une voiture piégée a explosé près du stade du club de football Besiktas, dans le centre d'Istanbul, le 10 décembre 2016. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
Des secouristes turcs, des policiers et des médecins légistes sur le site où une voiture piégée a explosé près du stade du club de football Besiktas, dans le centre d'Istanbul, le 10 décembre 2016. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Le double attentat meurtrier qui a fait au moins 38 morts samedi à proximité du stade de Besiktas, dans le cœur d’Istanbul, a également ensanglanté un club de football et un quartier qui incarnent en Turquie la joie de vivre et l’esprit rebelle.

Ce devait être une soirée légère : les « Aigles noirs » venaient de remporter un match crucial contre Bursaspor (2-1), leur permettant de rester dans la course au titre. Profitant du temps clément, des supporters, bière à la main, refaisaient le match dans le parc voisin de Maçka.

Mais leur insouciance a brutalement pris fin à 22h29, lorsqu’une voiture piégée a explosé contre un véhicule de transports de la police près du stade. Quelque 45 secondes plus tard, un kamikaze se faisait exploser au milieu d’agents dans le parc de Maçka.

Selon le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu, 38 personnes, dont 30 policiers, ont été tuées et 166 blessées dans cette attaque, la dernière d’une vague d’attentats qui a secoué la Turquie depuis l’été 2015.

Parmi les victimes figurent Vefa Karakurdu, un policier vétéran qui assurait la sécurité du stade de Besiktas pendant les rencontres, et Tunç Uncu, un employé de la boutique officielle du club.

« Des terroristes […] ont attaqué nos forces de sécurité héroïques qui assuraient la sécurité de nos supporters et des supporters de l’équipe visiteuse Bursaspor. […] Nous nous dresserons contre ces lâches », a réagi le club de Besiktas dans un communiqué.

Cette double attaque s’est produite aux abords de la Vodafone Arena, enceinte inaugurée en avril après plusieurs années de travaux pour remplacer le mythique stade Inönü, à deux pas du palais de Dolmabahçe qui accueille les bureaux stambouliotes du Premier ministre.

Le stade, doté de plus de 40 000 places, a été officiellement inauguré en présence du président turc Recep Tayyip Erdogan en avril, un jour avant la date prévue, un geste alors perçu comme une manœuvre destinée à tenir à l’écart des supporters réputés turbulents et critiques envers le pouvoir.

C’est que leur réputation de militants antigouvernementaux n’est plus à faire : le principal groupe d’ultras de Besiktas, baptisé « Carsi », a joué un rôle central lors des manifestations massives contre Erdogan en juin 2013.

Carsi s’était notamment illustré en poursuivant un blindé de la police avec un tractopelle volé. Il a ensuite fait l’objet d’une sévère répression: 35 de ses membres ont été poursuivis pour « tentative de coup d’Etat » lors d’un procès qui s’est finalement soldé par leur acquittement.

Le club omnisports de Besiktas a été fondé en 1903, vingt ans avant la République turque, et son ancrage dans le quartier se manifeste par les écussons accrochés aux rétroviseurs des taxis, les photos jaunies d’équipes oubliées ou encore par les nombreuses statues d’aigles, le symbole du club.

Situé sur la rive européenne d’Istanbul, le quartier de Besiktas est un bastion libéral réputé pour ses rues piétonnes, ses nombreux musées et bars et sa circulation cauchemardesque.

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