Retour sur l’interview d’Erdogan à la télévision israélienne
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Retour sur l’interview d’Erdogan à la télévision israélienne

“Je n'approuve pas ce qu'a fait Hitler, et je n'approuve pas non plus ce qu'a fait Israël à Gaza”, a déclaré le président turc au sujet de sa comparaison malheureuse de 2014

Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne et diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne et diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré, pendant son premier entretien accordé à un média israélien depuis plus de dix ans, qu’il était « déplacé de se demander qui était le plus barbare » entre Hitler et Israël.

En juillet 2014, pendant la guerre contre le Hamas dans la bande de Gaza, baptisée « Bordure protectrice » par le gouvernement israélien, Erdogan avait accusé l’Etat juif d’avoir « surpassé Hitler en matière de barbarie », provoquant un tollé.

Pendant l’entretien diffusé lundi soir, il ne s’est pas excusé d’avoir invoqué le nom du dirigeant nazi dans ce contexte, a déclaré qu’il était « très conscient » des sensibilités, et a à nouveau condamné le « barbarisme » d’Israël contre les Palestiniens.

Erdogan a accordé un entretien en turc, souvent tendu, à Ilana Dayan de la Deuxième chaîne. Il a notamment abordé les relations israélo-turques, la bande de Gaza et la tentative de coup d’Etat qui a eu lieu en Turquie cet été.

L’entretien, apparemment conçu pour marquer une nouvelle ère, plus chaleureuse, des relations bilatérales, a commencé poliment, mais Erdogan, furieux, a quelque fois critiqué sévèrement Israël, particulièrement au sujet de ses politiques envers les Palestiniens. A un moment, Erdogan s’est en pris directement à Dayan, lui disant qu’elle ne pouvait pas faire pression sur lui et qu’elle ne pourrait pas le mettre « dans une impasse ».

« Moi, je n’approuve pas ce qu’a fait Hitler, et je n’approuve pas non plus ce qu’a fait Israël à Gaza. Quand il est question de la mort d’autant de gens, il est déplacé de se demander qui était le plus barbare », a déclaré Erdogan au sujet de ses remarques de 2014.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Quand il lui a été demandé s’il était conscient du choc que sa référence à Hitler avait entraîné chez les juifs, Erdogan a répondu qu’il en était « très conscient […]. Mais la communauté juive est-elle consciente de ce qui est fait [à Gaza] ? »

Renouant avec une rhétorique pro-palestinienne qu’il avait modérée pendant les négociations israélo-turques, Erdogan a affirmé qu’il lui était « impossible d’oublier les centaines, les milliers de personnes qui sont mortes quand ils [les militaires israéliens] ont frappé Gaza » en 2014.

Le président turc a refusé de caractériser le Hamas d’organisation terroriste, préférant parler de parti politique légitime et d’un « mouvement de réfugiés né du nationalisme » qui devrait faire partie de tout futur accord de paix.

Il a appelé à la tenue d’élections palestiniennes, affirmant que le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, avait été inefficace. Il a clairement attribué la responsabilité de l’échec des négociations de paix israélo-palestiniennes à Israël, affirmant qu’il était prêt à servir d’intermédiaire, mais qu’Israël avait refusé une telle ouverture. Il a également ajouté qu’il était en « contact constant » avec le Hamas.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan interrogé par la journaliste israélienne Ilana Dayan, pendant un entretien diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan interrogé par la journaliste israélienne Ilana Dayan, pendant un entretien diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Il a accusé Israël de ne pas respecter la sainteté de Jérusalem, accusant l’Etat juif de tenter de modifier le statu quo du complexe de la mosquée Al-Aqsa, le mont du Temple. « Jérusalem est sainte pour trois religions. Vous devez respecter cela », a-t-il déclaré.

Erdogan a déclaré avoir négocié avec succès des négociations de paix entre Israël et la Syrie en 2008, quand Ehud Olmert était Premier ministre, et que les deux parties étaient sur le point de signer un accord quand l’opération Plomb durci a éclaté entre Israël et Gaza, ce qui a sabordé l’initiative.

Israël et la Turquie sont proches d’un accord sur la levée du blocus de la bande de Gaza, a-t-il également déclaré, indiquant qu’un tel geste accélèrerait la normalisation des relations entre Jérusalem et Ankara. Quand il lui a été demandé s’il pensait que le Hamas n’abuserait pas de la levée du blocus pour importer des armes, Erdogan a choisi de parler d’Israël, et a fustigé « votre utilisation d’armes contre Gaza ».

Des membres des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, exposent des roquettes Qassam "maison" pendant une parade militaire anti-Israël, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza,le 21 août 2016. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des membres des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, exposent des roquettes Qassam « maison » pendant une parade militaire anti-Israël, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza,le 21 août 2016. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Il a noté que le Hamas n’avait pas les « armes nucléaires et conventionnelles que possède Israël. » Les morts causées en Israël par les roquettes du Hamas, a-t-il souligné, font pâle figure en comparaison des « milliers » de personnes tuées par Israël dans la bande de Gaza.

Quand il lui a été signalé que le Hamas ciblait aveuglément des civils israéliens, Erdogan n’a pas répondu directement à la question. Il a appelé à une solution négociée pour apporter la tranquillité à la région.

Interrogé sur les corps de deux soldats israéliens détenus par le Hamas depuis la guerre de 2014, Oron Shaul et Hadar Goldin, il a noté qu’Israël détenait des « milliers » de prisonniers du Hamas et palestiniens dans ses prisons, et a suggéré un échange.

Les soldats israéliens Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (Crédit : Flash90)
Les soldats israéliens Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (Crédit : Flash90)

Israël et la Turquie ont signé cette année un accord de restauration de leurs relations diplomatiques après cinq ans de froid et ont procédé la semaine dernière à la nomination réciproque d’ambassadeurs, scellant une crise née de l’assaut mené en 2010 par les forces spéciales israéliennes contre le Mavi Marmara, un bateau turc faisant partie d’une flottille qui se dirigeait vers la bande de Gaza pour briser le blocus sécuritaire.

Le président Erdogan a qualifié de « tissu de mensonges » les affirmations selon lesquelles les soldats israéliens ont tenté d’éviter l’affrontement.

« Nous avons tous les documents […]. Dix de nos frères sont tombés en martyrs », a-t-il ajouté.

Erdogan a rejeté les vidéos de l’incident qui ont montré que les activistes turcs ont agressé les soldats avec des barres métalliques, et blessé grièvement un soldat détenu dans les cales du navire. « Nous avons toutes [les preuves], a-t-il déclaré à la journaliste Ilana Dayan. Parlez correctement. Le fait que vous soyez une journaliste ne devrait pas vous empêcher de parler correctement. »

Dans le cadre de l’accord de réconciliation, Israël a payé une « somme forfaitaire » de 20 millions de dollars pour dédommager les victimes.

Les citoyens israéliens individuels, dont les officiers de l’armée, ne pourront pas être tenus pénalement ou financièrement responsables de l’incident, selon les termes de l’accord.

Le dégel a également ouvert la voie à une hausse de la coopération entre Israël et la Turquie pour le développement du gaz naturel en Méditerranée.

Pendant l’entretien diffusé lundi soir, Erdogan a également abordé l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, et sa position à l’égard des musulmans.

« Je ne pense pas qu’il adoptera une approche [si négative] envers les musulmans », a-t-il déclaré. Les deux hommes se sont parlés au téléphone, a-t-il ajouté, notant qu’il n’avait pas été surpris par le résultat de l’élection.

« Chaque pays a besoin d’un dirigeant fort afin de progresser. Un pays sans dirigeant fort diminuera », a-t-il déclaré.

L’AFP a contribué à cet article.

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