WASHINGTON – Quand Donald Trump s’est adressé au forum présidentiel de la coalition juive républicaine en décembre dernier, il a prouvé encore une fois pourquoi le succès monstre de sa campagne clivante avait dépassé les attentes de tant de monde.

Espoir républicain cherchant le soutien d’une pièce remplie de républicains pro-Israël, il a douté de la volonté d’Israël de faire la paix et a refusé d’appeler Jérusalem la capitale indivisible de l’Etat juif, une position tenue par la plupart des autres candidats de son parti.

Mais ce que la plupart des gros titres sortis de ce rassemblement ont souligné a été la manière avec laquelle Trump a invoqué ce que beaucoup considèrent être des stéréotypes offensants sur les juifs, qui comprenaient qu’il dise : « vous n’allez pas me soutenir parce que je ne veux pas de votre argent. Vous voulez contrôler vos politiciens, c’est bon. »

Quand la foule l’a hué pour sa réponse sur la question de Jérusalem, Trump a essayé de les rassurer. « Rendez-moi un service, détendez-vous simplement, a-t-il déclaré. Vous m’aimerez beaucoup, croyez-moi. »

Mais à la suite des résultats forts du « Super Tuesday » de Trump, dans lequel il a gagné huit des onze états où avaient lieu des primaires du GOP [Great Old Party, le Parti républicain], les gens ne se détendent pas, et la question de ce qu’une présidence Trump pourrait signifier pour Israël devient incroyablement pressante pour ceux qui s’intéressent au futur du pays.

Alors que la domination par Trump du processus des primaires a jusqu’à présent forcé nombre d’experts à prédire que <ahref= »http://www.realclearpolitics.com/articles/2015/12/22/a_brokered_convention_in_2016_why_it_might_happen_what_it_might_mean_129119.html » target= »_blank »>la primaire républicaine pourrait mener à une « brokered convention » [convention négociée], ce qui n’est pas arrivé depuis 1948, son écrasante performance de mardi donne à sa candidature le vent en poupe pour sécuriser potentiellement sa nomination.

Alors où se positionne le magnat de l’immobilier devenu politicien sur les sujets cruciaux liés à Israël ?

Alors que Trump a refusé de donner des détails sur comment il arriverait à ses grands objectifs concernant l’Etat juif, principalement sécuriser un accord à deux états entre les Israéliens et les Palestiniens et empêcher le régime iranien d’acquérir une arme nucléaire, il s’est à plusieurs reprises qualifié de « totalement pro-Israël ».

Mais il y a une mise en garde quand cela arrive à jusqu’où, et dans quelles circonstances, veut-il aller en se déclarant lui-même un allié loyal de l’Etat juif. Plus notablement, il a divergé de la rhétorique habituelle de son parti sur un sujet de politique étrangère émotionnellement chargé, en promettant de maintenir une neutralité sur le conflit israélo-palestinien.

‘Laissez-moi être un genre de type neutre’

Le mois dernier, Trump a promis de « donner un super coup d’essai » quand on lui a demandé quelles mesures il prendrait pour négocier un insaisissable accord de paix antre Israéliens et Palestiniens. « C’est probablement l’accord le plus difficile de tous à conclure, » a-t-il déclaré pendant un évènement MSNBC à la mairie de Charleston, en Caroline du Sud.

Mais interrogé à nouveau par le présentateur Joe Scarborough sur quelle partie lui semblait la plus responsable dans l’échec actuel afin d’atteindre un accord, Trump a refusé de prendre parti.

« Vous savez, je ne veux pas rentrer là-dedans parce que… Si je gagne, je ne veux pas être dans la position où je vous ai dit [quelque chose] et l’autre côté dit à présent ‘nous ne voulons pas que Trump soit impliqué’, a-t-il déclaré à Scarborough. Laissez-moi être une sorte de type neutre. Beaucoup de personnes ont disparu dans les flammes en essayant de conclure cet accord, donc je ne veux pas dire de qui est-ce la faute. Je ne pense pas que cela aide. »

Cette réponse a créé un incendie dévastateur sur la politique israélienne dans la campagne républicaine et est devenue le combustible d’une série d’attaques des rivaux de Trump, y compris un échange irritable pendant le débat présidentiel républicain du 25 février, quand Wolf Blitzer, de CNN, a poussé Trump dans ses retranchements : « Comment restez-vous neutre quand les Etats-Unis considèrent Israël comme le plus proche allié des Américains au Moyen Orient ? »

« En tant que président… il n’y a rien que je préfère faire que d’apporter la paix à Israël et à ses voisins en général, a répondu Trump. Je pense que cela ne sert aucun but de dire que vous avez un gentil et un méchant. Maintenant, je peux ne pas réussir à le faire, c’est probablement la négociation la plus difficile n’importe où dans le monde de n’importe quelle sorte. Cela n’aide pas si je commence à dire ‘je suis très pro-Israël’. »

Les deux concurrents républicains les plus importants de Trump, les sénateurs Ted Cruz du Texas et Marco Rubio de Floride, ont ensuite attaqué Trump, Rubio parlant de la position de Trump comme « anti-Israël ».

« Vous ne pouvez pas être un intermédiaire honnête dans une dispute entre deux parties quand l’une des parties agit sans cesse de mauvaise foi, a déclaré Rubio. L’Autorité palestinienne a refusé de multiples efforts pour faire la paix, des offres très généreuses des Israéliens. A la place, voici ce qu’ils font. Ils apprennent à leurs enfants de quatre ans que tuer les juifs est quelque chose de glorieux. »

Alors que Trump n’a pas commenté publiquement les précédentes tentatives des Premiers ministres israéliens pour achever un accord, il a exprimé son scepticisme sur la sincérité des déclarations d’Israël à vouloir réussir une solution à deux États.

« Première chose que vous devez demander, veulent-ils tous les deux le faire ?, a-t-il dit en décembre 2015 pendant un entretien avec Associated Press. J’ai une vraie question pour savoir si les deux parties veulent le faire. J’ai une vraie question pour un côté en particulier pour savoir s’ils veulent ou non le faire. Je pense en fait qu’un côté voudrait un accord et je pense que l’autre n’en veut peut-être pas, pour être honnête. »

Quand il a été incité à dire de quel côté il parlait, Trump n’a pas précisé. Mais plus tard dans l’entretien, il a déclaré que « à mon avis, si Israël veut un accord, je pense qu’un accord peut être conclu. »

Dans le même entretien, Trump a déclaré qu’il avait certaines opinions sur le conflit mais préférait les garder privées pour ne pas créer de notions préconçues parmi les leaderships israélien ou palestinien. « Nous montrons trop nos cartes, donc si je rentre là-dedans, je ne veux pas dire ceci ou cela et ensuite ils diront ‘Eh bien, Trump a un parti pris ou un autre’ », a-t-il déclaré.

Et pourtant, Trump a également exprimé son scepticisme sur la possibilité de réussir une solution à deux États, étant donnés les conditions du conflit et le besoin pour tout accord d’être durable dans le temps. Il a également suggéré que l’hostilité entre les deux peuples devenait un obstacle croissant au rapprochement des différences, tout en pointant également ce qu’il considère comme la racine du conflit.

« Beaucoup de gens disent qu’un accord ne peut pas être conclu, ce qui est bien. Je veux dire, parfois des accords ne peuvent pas être faits. Pas bien, mais, vous savez, vous avez vraiment deux côtés, mais un côté en particulier, grandissant et apprenant que ceux-là sont le pire des peuples, avait-il déclaré à Scarborough pendant l’évènement à la mairie. J’étais avec un dirigeant israélien très important l’autre jour. Il dit que c’est impossible, parce que l’autre côté à été formé depuis qu’ils sont enfants à haïr le peuple juif. »

Trump a déclaré qu’il saurait dans ses six premiers mois de président si un accord pouvait être conclu.

Ne pas ‘déchirer’ l’accord iranien, mais le ‘polir’

Trump a été un critique ardent de l’accord nucléaire entre l’Iran et le groupe de puissances mondiales P5+1 mené par les Etats-Unis. Au lendemain de la signature de l’accord, en juillet 2015, Trump a déclaré à Katy Tur de NCB News que le président Barack Obama avait négocié l’accord « de désespoir » et qu’il était « terrible ».

L’accord a été mis en place en janvier et a levé une série de sanctions pétrolières et financières handicapantes pour l’Iran, libérant plus de 100 milliards de dollars d’actifs gelés.

« Tout d’abord, nous leur donnons des milliards de dollars dans cet accord, que nous ne devrions pas leur donner. Nous aurions dû garder l’argent, a-t-il déclaré. Ensuite, nous avons quatre prisonniers là-bas. Nous aurions dû dire ‘Libérez les prisonniers. Ils ne devraient pas être là-bas’. »

Les prisonniers, y compris le correspondant du Washington Post Jason Rezaian, ont depuis été libérés, en échange de sept personnes emprisonnées ou accusées par les Etats-Unis, juste avant que les sanctions ne soient officiellement levées.

‘Vous savez que les Iraniens vont tricher. Ils sont de très bons négociateurs et vous savez qu’ils vont tricher’

Trump a souligné que tout accord avec la République islamique devrait comprendre une disposition qui autorise les inspecteurs à avoir accès à n’importe quel moment et à n’importe quel site nucléaire iranien. « Vous savez que les Iraniens vont tricher, a-t-il déclaré. Ils sont très de bons négociateurs et vous savez qu’ils vont tricher. »

Malgré avoir déclaré que « jamais, jamais, jamais dans ma vie je n’ai vue une transaction négociée de manière si incompétente que notre accord avec l’Iran, et je veux dire jamais », Trump a différé de ses rivaux du GOP en disant qu’il ne « déchirerait » pas l’accord s’il devenait président. Plutôt, il a promis de « polir » l’accord pour assurer que l’Iran ne viole pas les termes de celui-ci.

« J’entends beaucoup de gens dire ‘Nous allons déchirer l’accord’. C’est très dur à faire quand vous dites ‘Nous le déchirons’ », a déclaré Trump à Chuck Tod de NBC dans l’émission du dimanche matin « Meet the Press » (Rencontre avec la presse).

« Vous savez, j’ai repris de mauvais contrats. J’achète des contrats où les gens ont échoué et ils ont de mauvais contrats, a-t-il continué. Mais je suis vraiment bon pour regarder le contrat et trouver des choses dedans qui, même si elles sont mauvaises, je pourrais polir ce contrat si durement qu’ils n’ont aucune chance. Aussi mauvais que soit le contrat, je serais si dur sur ce contrat. »

Trump est connu pour ne pas être avare d’insultes envers ceux qu’il n’aime pas ou avec qui il n’est pas d’accord. Obama n’a pas fait exception, et Trump a attaqué a plusieurs reprises le président sur l’accord nucléaire avec l’Iran, et qu’il appelle le pauvre traitement d’Israël par Obama.

« Vous regardez ce qu’il a fait pour Israël, juste avec cet accord iranien, qui est un accord si terrible. Ça a été la pire chose qui ne soit jamais arrivée à Israël, » a déclaré Trump la semaine dernière pendant un entretien avec Fox News. « Israël est si important. Ce qu’Obama a fait à Israël est une honte. »

Liens envers Israël et la communauté juive

Peut-être le lien le plus profond de Donald Trump avec la communauté juive vient de sa fille, Ivanka Trump, qui s’est convertie au judaïsme en 2009 avant d’épouser Jared Kushner.

Dans un entretien avec le magazine Vogue publié l’année dernière, la fille de l’homme d’affaires milliardaire révélait qu’elle observait le Shabbat et mangeait casher, quelque chose dont avait ri Trump en s’adressant à la coalition juive républicaine en décembre dernier, disant qu’il ne pouvait plus contacter sa fille le samedi.

Ivanka Trump (Crédit : capture d'écran YouTube/CBS This Morning)

Ivanka Trump (Crédit : capture d’écran YouTube/CBS This Morning)

Trump s’est également impliqué dans la politique interne d’Israël, incluant le tournage d’une vidéo de campagne où il soutenait la campagne de réélection de Netanyahu en 2013. Trump a fait référence à Netanyahu à de multiples occasions comme à « un bon ami ». Mais il annulé sa visite en Israël qui était prévue après des propos incendiaires sur les musulmans.

Il se vante aussi souvent de ses liens avec l’Etat d’Israël, dans ce qui pourrait être une tentative de rassurer son public de sa bonne foi pro-israélienne.

Après avoir été attaqué par ses opposants pendant le dernier débat présidentiel républicain, Trump a déclaré que « j’étais le grand maréchal sur la Cinquième avenue il y a un certain nombre d’années pour la parade de la journée d’Israël, j’ai des liens très proches avec Israël. J’ai reçu une récompense de l’Arbre de la Vie [décerné par le Fonds national juif-KKL] et beaucoup des plus grandes récompenses données par Israël. »

Mais Trump a également affronté répétitivement les organisations juives américains pendant la campagne, dont beaucoup ont condamné ses appels à bannir temporairement les musulmans du territoire des Etats-Unis et qui l’ont récemment exhorté à répudier les soutiens d’extrémistes, de suprématistes blancs et d’antisémites notoires, dont l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan David Duke et le chef de la Nation de l’islam Louis Farrakhan.

Farrakhan, qui a un long historique d’antisémitisme, a récemment salué Trump pour son refus de prendre « l’argent juif ».

Après que Trump a échoué à désavouer sans équivoque le soutien de Duke et a déclaré à Jake Tapper de CNN qu’il ne « savait rien » de son soutien controversé, la ligue anti-diffamation (ADL) est intervenue pour l’aider. Elle a publié un guide des racistes pour les candidats.