Ex chef de la Ligue Arabe : seul un gel des implantations peut détendre les liens avec Israël
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Interview‘Oublier la question palestinienne ne nous mènera nulle part’

Ex chef de la Ligue Arabe : seul un gel des implantations peut détendre les liens avec Israël

Amr Moussa affirme qu’il ne peut y avoir aucun mouvement vers la normalisation sans réel progrès sur une solution à deux états

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Amr Moussa au Forum économique mondial de Davos (Crédit : capture d'écran YouTube)
Amr Moussa au Forum économique mondial de Davos (Crédit : capture d'écran YouTube)

MER MORTE, Jordanie – Sans de véritables et sérieux pourparlers entre les Israéliens et les Palestiniens, et un gel de la construction d’implantation, les états arabes ne voudront pas détendre leurs relations avec Israël, a déclaré l’ancien chef de la Ligue Arabe.

Amr Moussa, qui a démissionné de son poste de secrétaire général de la puissante alliance arabe sunnite en 2011, a rejeté les prédictions israéliennes selon lesquelles le monde arabe pourrait s’ouvrir à Jérusalem sans un mouvement concret vers un accord de paix final.

Il s’est entretenu avec le Times of Israël samedi, à la veille de la visite du président américain Donald Trump, qui a promis de ramener les parties peu enthousiastes à la table de négociations après une interruption de trois ans.

Le gouvernement israélien et l’administration américaine actuels ont exprimé leur soutien pour une démarche régionale à la paix entre Israël et les états arabes, une paix qui ne serait pas nécessairement liée à l’obtention d’un accord final entre Israéliens et Palestiniens. Cela irait directement à l’encontre de l’Initiative de Paix arabe qui conditionne la normalisation israélo-arabe à un état palestinien.

« Un accord de paix, ou un rapprochement, qui oublie la question palestinienne sera directement et violemment rejeté par l’opinion publique arabe, a déclaré Moussa en marge de la conférence du Forum Economique Mondial sur la partie jordanienne de la mer Morte. « Je ne pense pas qu’aucun gouvernement arabe serait d’accord pour simplement ignorer la question palestinienne et faire la paix avec Israël ».

Washington a été très occupé, au cours du mois dernier, à poser les fondations pour relancer les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens. Trump sera en Israël et en Cisjordanie lundi, et doit profiter de la visite pour faire avancer son objectif qu’il a qualifié comme « l’accord ultime » entre les deux parties.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est ostensiblement convaincu d’une solution du conflit à deux états, il n’en a pas fait mention lorsqu’il a rencontré Trump en février, et a déclaré qu’il est prêt à donner aux Palestiniens un « petit état ».

Il a, toutefois, montré son soutien pour une paix régionale, mais il n’est pas entré dans les détails quant à savoir à quoi ressemblerait un tel accord. Netanyahu a déclaré que les pays arabes perçoivent Israël « de plus en plus comme un allié », particulièrement du fait de leur intérêt partagé à voir l’influence iranienne diminuée.

Lors de sa rencontre de février avec Netanyahu, Trump a déclaré vouloir obtenir « un accord beaucoup plus grand » au Moyen-Orient, qui inclurait « beaucoup, beaucoup de pays ».

Moussa, ancien ministre des Affaires étrangères, a déclaré qu’il pensait qu’il était encore trop tôt pour parler d’un effort américain de paix.

« Je n’ai rien vu de concret de la part de Trump jusqu’à présent, alors je ne peux pas encore formuler de jugement », a-t-il déclaré.

L’Egypte et la Jordanie ont déjà des traités de paix avec Israël, tandis que le Qatar maintient des liens commerciaux discrets avec l’état juif. Mais depuis que Netanyahu a commencé son deuxième mandat en tant que Premier ministre en 2009, les états arabes n’ont pas exprimé publiquement une volonté de faire avancer les relations avec Israël en dehors du contexte d’un accord de paix avec les Palestiniens.

La semaine dernière, le Wall Street Journal a annoncé que certains états du Golfe avaient exprimé leur volonté de développer les liens en échange de démarches de confiance de la part d’Israël envers les Palestiniens, comme le gel des constructions d’implantations.

Alors que Trump était en visite à Ryad samedi, Adel al-Jubeir, le ministre saoudien des Affaires étrangères, a déclaré que son royaume « était prêt à travailler avec les Etats-Unis afin d’amener la paix entre Israéliens et Palestiniens et entre Israéliens et Arabes ».

Le président américain Donald Trump et le roi d'Arabie saoudite Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud pendant une cérémonie à la Cour royale saoudienne à Riyad, le 20 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le président américain Donald Trump et le roi d’Arabie saoudite Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud pendant une cérémonie à la Cour royale saoudienne à Riyad, le 20 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Moussa a déclaré que si Israël « crée une atmosphère plus favorable à des négociations sérieuses et productives, cela détendrait l’atmosphère dans cette région et le monde arabe serait plus facilement prêt à écouter et à dialoguer ».

La Ligue Arabe, avec les Palestiniens, a continué à soutenir l’Initiative de Paix Arabe de 2002, qui verrait tous les pays arabes et islamiques normaliser leurs liens avec Israël en échange d’une solution à deux états basée sur les lignes de 1967, avec une solution « juste » pour la question des réfugiés palestiniens.

Si Netanyahu a dit qu’il pourrait soutenir l’Initiative de Paix Arabe avec des modifications, les Palestiniens et la Ligue Arabe ont rejeté toute modification de l’offre.

On sait que les Israéliens maintiennent des liens d’affaires secrets avec des états arabes du Golfe, même s’ils n’ont pas de relations diplomatiques. Moussa a reconnu que de tels liens existent, mais a déclaré qu’il ne s’agissait pas de normalisation.

« Oublier la question palestinienne ne nous mènera nulle part », a-t-il insisté.

En préparation de la visite de Trump en Israël, le cabinet de Netanyahu a adopté un certain nombre d’avantages économiques pour les Palestiniens, y compris l’ouverture du point de passage du pont d’Allenby entre la Cisjordanie et la Jordanie toute la journée, des améliorations sur les zones industrielles près de Jenin et Tarkumiya (ouest d’Hébron) et des arrangements plus efficaces dans la gestion du transfert d’Israël à l’AP des taxes qu’il collecte sur les exportations de l’AP.

Les Palestiniens, dans le même temps, doivent demander à l’administration Trump un aéroport en Cisjordanie, des hôtels sur la côte de la Mer Morte, une centrale électrique dans le nord de la Cisjordanie et une usine de ciment à Bethléem, dans le cadre d’un grand accord d’avantages économiques.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'un rassemblement commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, en novembre 2009. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’un rassemblement commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, en novembre 2009. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Interrogé pour savoir s’il pouvait y avoir un réchauffement progressif entre Israël et les états arabes si les négociations de paix israélo-palestiniennes avançaient, Moussa a déclaré que des petites mesures économiques ne seraient pas suffisantes pour rompre la glace.

« Le seul fait de construire un aéroport », a-t-il déclaré ne justifierait pas les démarches vers une normalisation qu’Israël demanderait certainement en échange. « Et qui financera un tel aéroport ? Le monde arabe, a-t-il déclaré. [Netanyahu] dit qu’il l’autoriserait en tant que puissance occupante. Non, je ne pense pas qu’il serait [capable d’exiger] un prix pour cela ».

Pourtant, a déclaré Moussa, « si l’on aborde la question des implantations, alors c’est une histoire différente ».

« Si le Premier ministre décide d’arrêter la construction d’implantations pour une certaine période de temps, celle-ci sera utilisée pour des négociations rapides et très soutenues… Et une fois que ça aura été démontré comme viable, et pas seulement une posture de façade, la région ira de l’avant », a-t-il déclaré.

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