La résolution 2334 réclamant l’arrêt de la construction israélienne dans les Territoires palestiniens a été adoptée vendredi par le Conseil de sécurité de l’ONU après la décision des Etats-Unis de ne pas utiliser leur droit de veto.

Dans un renversement de leur position habituelle sur ce dossier, les Etats-Unis se sont abstenus. Les 14 autres membres du Conseil de sécurité ont eux voté en faveur du texte. Il s’agit de l’Angola, de l’Égypte, de l’Espagne, du Japon, de la Malaisie, de la Nouvelle-Zélande, du Sénégal, de l’Ukraine, de l’Uruguay et du Venezuela.

Le vote, qui a été accueilli par des applaudissements, avait été réclamé par la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela.

Il s’agit d' »un grand camouflet » pour Israël, a immédiatement réagi Nabil Abou Roudeina, porte-parole de l’Autorité palestinienne. « Il s’agit d’une condamnation internationale unanime de la colonisation et d’un fort soutien à une solution à deux Etats », a-t-il ajouté

Ces quatre pays se sont impliqués après la volte-face du Caire qui avait proposé mercredi soir cette résolution rédigée par les Palestiniens et présentée au nom du groupe arabe à l’ONU. Mais l’Egypte avait demandé jeudi le report du vote initial, après une intervention du président élu américain Donald Trump auprès du président Abdel Fattah al-Sissi.

« Si l’Egypte décide de ne pas pouvoir procéder à l’appel du 23 décembre ou si elle ne répond pas à la date limite, ces délégations se réservent le droit de déposer le projet … et de le soumettre au vote dès que possible », ont écrit la Nouvelle Zélande, le Venezuela, la Malaisie et le Sénégal dans une note qu’ils ont présentée aux responsables égyptiens, selon Reuters.

La Deuxième chaîne israélienne a indiqué vendredi soir qu’au cours d’un appel téléphonique avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, jeudi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait refusé de s’engager à apposer son veto à la résolution.

« On ne peut en même temps défendre l’expansion des colonies israéliennes et une solution à deux Etats », comme le fait Benjamin Netanyahu, a déclaré l’ambassadrice américaine aux Nations unies Samantha Power.

Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)

Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)

« La résolution adoptée aujourd’hui et la conférence internationale de Paris représentent les deux faces de la même médaille, visant à affirmer notre attachement commun à la solution à deux Etats », a déclaré l’ambassadeur français aux Nations unies François Delattre souhaitant « la relance d’un processus politique crédible ».

Ce texte qui exhorte Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », a déclenché une offensive diplomatique de la part de l’Etat juif qui s’est immédiatement tourné vers son allié américain.

Washington a en effet utilisé son droit de veto trente fois pour bloquer des résolutions concernant Israël et les Palestiniens, selon l’organisation Security Council Report.

C’est en 2009, concernant un appel à un cessez-le-feu à Gaza, que les Etats-Unis se sont abstenus pour la dernière fois lors d’un vote au Conseil de sécurité quel qu’en soit le thème.

En 2011, ils avaient opposé leur veto à une résolution similaire au projet égyptien. Mais cinq ans plus tard, la position de l’administration de Barack Obama, qui entretient des relations notoirement exécrables avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, faisait l’objet de nombreuses spéculations.

Benjamin Netanyahu, parlant à Barack Obama à la résidence du Premier ministre à Jérusalem en mars 2013  (Crédit photo: Pete Souza / Maison Blanche)

Benjamin Netanyahu, parlant à Barack Obama à la résidence du Premier ministre à Jérusalem en mars 2013 (Crédit photo: Pete Souza / Maison Blanche)

Il est finalement apparu clair aux Israéliens qu’à quelques jours de céder le pouvoir à Donald Trump –dont l’une des promesses de campagne est de reconnaître Jérusalem comme « capitale indivisible » d’Israël–, l’équipe Obama n’avait pas l’intention de faire usage de son droit de veto.

« Quand ils ont eu connaissance du fait que (l’administration américaine actuelle) ne mettrait pas son veto à cette résolution, des responsables israéliens ont pris contact avec des membres de l’équipe de transition de M. Trump pour demander l’aide du président élu », a affirmé vendredi à l’AFP un responsable israélien sous couvert d’anonymat.

Obama et Kerry ‘derrière’ le projet

Donald Trump qui avait très vite plaidé pour un veto américain dans une rare prise de position pour un président élu, a alors appelé le président Sissi, selon un communiqué de la présidence égyptienne.

« Les deux dirigeants se sont mis d’accord sur l’importance de donner à la nouvelle administration américaine (que dirigera M. Trump à partir du 20 janvier) une chance de gérer tous les aspects de la cause palestinienne pour arriver à un accord complet » sur le dossier, d’après ce communiqué.

Le retournement du président égyptien a surpris mais il fait suite à de nombreuses preuves d’admiration pour M. Trump. Cet ancien officier de l’armée avait renversé son prédécesseur islamiste en 2013, un acte condamné par M. Obama.

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi parlent lors d'une réunion à l'hôtel Plaza le 19 septembre 2016 à New York. (Crédit : AFP / Dominick Reuter)

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi parlent lors d’une réunion à l’hôtel Plaza le 19 septembre 2016 à New York. (Crédit : AFP / Dominick Reuter)

Un haut responsable israélien a aussi accusé vendredi Barack Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry d’être à l’origine du projet de résolution égyptien.

« L’administration américaine a secrètement concocté avec les Palestiniens une résolution anti-israélienne radicale, derrière le dos d’Israël, qui encouragerait le terrorisme et les boycotts », a-t-il déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat.

« Le texte que nous avons ne se concentre pas exclusivement sur les colonies. Il condamne également la violence et le terrorisme. Il appelle aussi à éviter toute incitation émanant du côté palestinien, donc c’est un texte équilibré », a cependant jugé l’ambassadeur de France auprès des Nations unies, François Delattre.

« L’objectif principal que nous avons ici est de préserver et de réaffirmer une solution à deux Etats » palestinien et israélien qui cohabiteraient dans la paix et la sécurité, a expliqué M. Delattre.

Le projet égyptien considère à ce sujet que la construction dans les Territoires palestiniens est « dangereuse pour la viabilité d’une solution à deux Etats ».