Des responsables palestiniens et européens ont fustigé lundi le Royaume-Uni, qui serait prêt à défier le consensus international et à soutenir Israël. Ils ont accusé Londres de s’aligner sur la position de Jérusalem pour obtenir les faveurs de la future administration Trump.

« Nous attendons que le Royaume-Uni, en particulier, joue un rôle efficace dans le système international, qui rejette l’occupation israélienne et son entreprise de colonisation », a déclaré lundi soir dans un communique de presse Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Ce communiqué a été publié quelques heures à peine après que le Royaume-Uni a bloqué un effort français pour que l’Union européenne soutienne la conférence de paix organisée dimanche à Paris.

« Le Royaume-Uni devrait revoir ses positions en tenant Israël pour responsable, et soutenir les Palestiniens et les initiatives internationales. Il est temps de mettre fin à l’injustice historique qui a frappé notre peuple, qui marquera bientôt l’anniversaire de la tristement célèbre déclaration Balfour. »

Hanan Ashrawi, une autre responsable de l’OLP, a accusé Londres de « s’arranger avec sa culpabilité » au lieu de « rectifier sa responsabilité historique » envers la « tragédie » palestinienne.

Dimanche, le Royaume-Uni avait dépêché trois diplomates ayant seulement le statut d’observateurs, pour participer à la conférence de Paris, et a refusé de signer la déclaration commune publiée par tous les participants, à l’exception de Londres et de l’Australie.

Un porte-parole du gouvernement britannique avait ensuite critiqué la réunion pour son calendrier inopportun, juste avant l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle administration américaine, et pour le fait que ni Israéliens, ni Palestiniens, n’y étaient présents.

Tout en réaffirmant le soutien britannique à la solution à deux états, le porte-parole avait indiqué que la conférence de Paris serait au final peu constructive et pourrait durcir les positions de négociations des Palestiniens.

Lundi, le Royaume-Uni a réussi à bloquer les efforts français pour que le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) adopte le communiqué final de la conférence de Paris, qui appelle Israéliens et Palestiniens à prendre des mesures concrètes pour promouvoir la solution à deux états.

Sur la base des mêmes préoccupations soulevées par le Royaume-Uni au sujet du sommet français, Boris Johnson, secrétaire d’Etat britannique des Affaires étrangères, s’est opposé au soutien du texte publié à l’issue de la conférence.

Une poignée de pays d’Europe de l’Est ont soutenu la position de Londres, et puisque les décisions du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent être prises à l’unanimité, le texte n’a pas été adopté.

Cependant, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a affirmé lundi que la déclaration de Paris « reflète totalement la position consolidée de l’UE, que nous avons reconfirmée aujourd’hui. »

La Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission Federica Mogherini (à gauche) avec le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn (à droite), devant le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond (à gauche, et le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bert Koenders pendant la réunion mensuelle des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, à Luxembourg, le 20 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

La Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission Federica Mogherini (à gauche) avec le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn (à droite), devant le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond (à gauche, et le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bert Koenders pendant la réunion mensuelle des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, à Luxembourg, le 20 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Les Palestiniens ne sont pas les seuls à s’en être pris à la position britannique, qui se rapprocherait de celle du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Plusieurs diplomates européens ont déclaré que l’éloignement soudain du Royaume-Uni de ses positions traditionnelles était un effort pour faire aimer le pays, qui a voté l’année dernière sa sortie de l’UE, du président américain élu Donald Trump. Le nouveau dirigeant des Etats-Unis a indiqué qu’il comptait revenir sur des positions, qui ont longtemps fait l’objet d’un consensus international, sur le conflit israélo-palestinien.

Il a par exemple promis de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Cette mesure pourrait avoir, selon des responsables palestiniens et européens, des effets profondément négatifs. Il a également nommé des conseillers et des envoyés qui soutiennent l’entreprise d’implantations israélienne et ne considèrent pas que ces implantations sont un obstacle à la paix.

Lors de deux entretiens accordés au Bild allemand et au Times britannique, Trump a déclaré qu’il espérait que le Royaume-Uni apposerait son veto à toute résolution anti-Israël au Conseil de sécurité des Nations unies.

« Les Anglais lisent ce que dit Trump et le mettent en place immédiatement », a déclaré à Haaretz un diplomate européen anonyme qui était présent à la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE de lundi.

« C’est de la folie. Il y a à peine trois semaines les Anglais ont poussé au Conseil de sécurité des Nations unies la résolution 2334 [qui critiquait] les colonies et l’ont votée, et maintenant ils bloquent des résolutions sur le même sujet au Conseil des Affaires étrangères. Avec tout le respect dû aux Britanniques, vous ne pouvez pas mener une politique étrangère en fonction des tweets d’une personne. »

Mark Hendrick, député travailliste britannique, a déclaré au Financial Times que la décision de Johnson de ne pas signer la déclaration de Paris était « inquiétante ».

« Le Royaume-Uni modifie une politique sur le Moyen Orient et les colonies qui a 20 ans pour le bien d’un bon accord commercial avec Donald Trump, a déclaré un diplomate européen au journal. Ils changent fondamentalement 20 ans de consensus international. »

De l’avis général, le refus du Royaume-Uni de signer la déclaration de Paris puis ses efforts pour empêcher l’UE d’adopter le texte sont extrêmement inhabituels.

Dimanche, les participants de 70 autres pays ont adopté le communiqué final de la conférence, dont même les responsables israéliens ont dit qu’il était « adouci » par rapport à la résolution votée le mois dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies, que le Royaume-Uni a soutenue.

Les 70 pays représentés à la conférence de paix pour le Proche Orient organisée à Paris, le 15 janvier 2017. (Crédit : ministère français des Affaires étrangères)

Les 70 pays représentés à la conférence de paix pour le Proche Orient organisée à Paris, le 15 janvier 2017. (Crédit : ministère français des Affaires étrangères)

Londres a exprimé des « réserves particulières » sur la conférence de Paris, car elle était organisée contre l’avis d’Israël et « quelques jours avant l’arrivée d’un nouveau président américain, alors que les Etats-Unis seront le garant ultime de tout accord », a déclaré un porte-parole du Foreign Office, le ministère britannique des Affaires étrangères. « Il existe donc des risques que cette conférence durcisse les positions à un moment où nous devons encourager les conditions de la paix. »

En raison de ces préoccupations, le Royaume-Uni a assisté aux discussions de Paris en tant qu’observateur uniquement, et a refusé de signer la déclaration commune publiée après la conférence, a déclaré le porte-parole.

Cette déclaration surprenante semblait aligner la position de Londres sur la conférence sur celle d’Israël. Jérusalem a dénoncé à plusieurs reprises ce sommet, un exercice « futile » qui éloignerait les perspectives de paix.

« La conférence se réunissant aujourd’hui à Paris est une conférence inutile, avait déclaré Netanyahu dimanche. Son objectif est d’essayer d’imposer à Israël des termes qui sont en conflit avec nos besoins nationaux. Evidemment, elle éloigne encore la paix car elle durcit les positions palestiniennes, et elle les repousse également de négociations directes sans conditions préliminaires. »

Le 23 décembre, le Royaume-Uni avait voté en faveur de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a été adoptée après l’abstention de Washington.

Johnson avait reconnu avoir joué un rôle crucial dans la rédaction de la motion, qui a été sévèrement critiquée par Israël. Jérusalem a cependant concentré ses condamnations sur les Etats-Unis.

Netanyahu avait contacté Johnson avant le vote du Conseil de sécurité, mais pas la Première ministre britannique Theresa May.

La Première ministre britannique Theresa May lors d'un discours prononcé à l'occasion d'un déjeuner organisé par les Amis conservateurs d'Israël, le 12 décembre 2016. (Crédit : CFI)

La Première ministre britannique Theresa May lors d’un discours prononcé à l’occasion d’un déjeuner organisé par les Amis conservateurs d’Israël, le 12 décembre 2016. (Crédit : CFI)

Quelques jours après le vote, un porte-parole de May avait accusé, de manière très inhabituelle, le secrétaire d’Etat américain John Kerry pour son attention excessive aux implantations israéliennes pendant un discours prononcé le 28 décembre, dans lequel il défendait l’abstention américaine, attaquait sévèrement les implantations, et exposait ses opinions sur la manière de faire progresser le processus de paix.

Une semaine et demi avant le vote, May avait prononcé un discours débordant de louanges et de soutien à Israël. Devant les Amis conservateurs d’Israël, la Première ministre avait salué l’Etat juif, un « pays remarquable » et un « phare de tolérance ».

Les relations avec Jérusalem sont « cruciales », avait-elle déclaré, promettant de porter les relations commerciales bilatérales à de nouveaux sommets, et décrivant la déclaration Balfour comme l’une « des lettres les plus importantes de l’Histoire. »

L’équipe du Times of Israël et des agences ont contribué à cet article.