Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé son indignation dimanche devant la rétractation des puissances des termes qu’elles avaient elles-mêmes fixés au cours des négociations nucléaires avec l’Iran.

Les remarques de Netanyahu au début de la réunion hebdomadaire du cabinet ont été prononcées alors que les représentants du P5 + 1 et l’Iran se réunissaient à Vienne pour tenter de parvenir à un accord final sur le nucléaire avant la date limite du 30 juin.

« Nous voyons devant nous une diversion claire des lignes rouges fixées par les puissances mondiales récemment et publiquement », a déclaré le Premier ministre.

« L’Iran bafoue les droits de l’Homme, le terrorisme se répand et construit une énorme infrastructure militaire, mais les négociations avec [l’Iran], en dépit de ces rapports, continuent comme d’habitude. »

Les négociations entre l’Iran et les Etats-Unis entrent dans une « phase critique » dimanche avec la montée des tensions à seulement trois jours de la date limite pour la signature d’un accord. Netanyahu, pour sa part, a affirmé qu’il n’y avait aucune raison de signer un accord qui « empire avec chaque jour qui passe ».

Le Premier ministre a également souligné que selon le rapport récemment publié par le Département d’Etat américain sur l’activité terroriste, « le parrainage du terrorisme d’Etat [par la République islamique] dans le monde est restée intact ».

La chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini, devait arriver à Vienne au cours de la journée tandis que le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien semblent avoir fait peu de progrès samedi.

« C’est une question de volonté politique. Si toutes les parties font preuve de volonté politique, on y arrivera », avait-elle déclaré à son arrivée.

« Évidemment, nous sommes à un stade critique », a déclaré un diplomate occidental. « Il y a plus de tension dans les derniers jours. »

Le groupe P5 + 1 – Grande-Bretagne, Chine, France, Allemagne, Russie et Etats-Unis – cherche à fignoler les derniers détails d’un accord historique pour restreindre le programme nucléaire iranien.

Kerry a déclaré que s’il reste plein d’ « espoir » il y avait encore « beaucoup de travail difficile à faire ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a approuvé en disant que les négociateurs « doivent travailler très dur afin d’être en mesure progresser ».

Zarif a rappelé la principale exigence iranienne : « la levée de toutes les sanctions ».

Téhéran souhaite que les sanctions internationales soient abandonnées dès la mise en œuvre d’un accord, alors que les grandes puissances souhaitent une levée progressive et réversible.

Mais son adjoint Abbas Araqchi a suggéré que des parties de l’accord-cadre de Lausanne ne sont plus à l’ordre du jour, d’autres pays ayant changé leurs positions.

« A Lausanne, nous avons trouvé des solutions à beaucoup de choses, mais certaines questions sont restées en suspens », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision iranienne en langue arabe Al-Alam.

« Et maintenant, quelques-unes des solutions trouvées à Lausanne ne marchent plus, car après Lausanne, certains pays au sein du P5 + 1 ont fait des déclarations … et nous voyons un changement dans leur position, qui complique la tâche. »

Si les responsables ont reconnu que la date limite du 30 juin peut s’étendre de quelques jours, plusieurs diplomates ont catégoriquement exclu toute nouvelle extension de plusieurs mois de pourparlers qui traînent depuis près de deux ans.

Avec la pression diplomatique croissante, d’autres ministres de Grande-Bretagne, Chine, Allemagne et Russie doivent suivre Mogherini à Vienne au cours des prochains jours.

Arrivé à Vienne samedi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a rappelé « au moins trois conditions indispensables » pour sceller un accord.

A savoir une limitation durable des capacités nucléaires iraniennes de recherche et de production, un retour automatique des sanctions en cas de violation des engagements pris et des inspections « rigoureuses » des sites iraniens, « y compris militaires si nécessaire ».

Mais tout accord doit résister à un examen minutieux par les conservateurs en Iran et les Etats-Unis, ainsi que des rivaux régionaux de l’Iran Israël, largement supposé avoir des armes nucléaires lui-même, et l’Arabie saoudite.

Selon l’accord-cadre de Lausanne, l’Iran doit réduire de plus de deux tiers ses centrifugeuses d’enrichissement d’uranium, qui peuvent produire du combustible pour de l’énergie nucléaire ou le noyau d’une bombe nucléaire, et réduire son stock d’uranium de 98 %.

L’Iran a également décidé de modifier un réacteur à Arak ne peut donc pas produire de plutonium de qualité militaire. Il ne peut non plus utiliser son usine de Fordo – construite sur une montagne pour se protéger des attaques – pour enrichir de l’uranium.

En retour, il souhaite une levée d’un réseau complexe de sanctions de l’UE, des États-Unis et de l’ONU qui étouffent son économie.

Or, le guide suprême Ali Khamenei, qui a la haute main sur le dossier nucléaire, a réitéré en début de semaine son refus de toute inspection des sites militaires, une « ligne rouge » non négociable selon lui.

Khamenei a également déclaré ne pas accepter de « limitations de longue durée » du programme nucléaire, alors que les grandes puissances souhaitent le brider pour au minimum 10 ans.

Un accord serait le premier pas d’une possible réconciliation entre la République islamique et les Etats-Unis, brouillés depuis 35 ans. Il marquerait aussi un retour sur la scène internationale de la République islamique chiite, ce qui effraie les puissances sunnites de la région et Israël.

Un tel accord aurait également un impact sur le marché mondial de l’énergie, en libérant les immenses réserves iraniennes d’hydrocarbures.

« Ne croyez pas que l’Iran a besoin de cet accord », a cependant averti le président du parlement iranien, le conservateur Ali Larijani, cité par l’agence Irna dimanche.

« Nous accueillons favorablement un accord car c’est dans l’intérêt de tous mais ne croyez pas que nous supporterons plus de pressions (…) N’obligez pas l’Iran à renoncer à la voie des négociations », a-t-il lancé.

Toutes les parties au dossier nucléaire iranien ont convenu de prolonger les négociations au-delà du délai initialement fixé du mardi 30 juin, a annoncé un officiel américain, confirmant une information donnée par l’Iran.

Cet officiel a également assuré que les Etats-Unis n’étaient « pas préoccupés » par le retour à Téhéran pour consultations du chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, soulignant que « les ministres peuvent avoir besoin de faire des allers-retours » avec leurs capitales.

L’AFP a contribué à cet article