La Maison Blanche était directement impliquée dans une tentative de renverser le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux élections législatives de la semaine dernière, a déclaré un haut fonctionnaire de Jérusalem mardi.

Le responsable, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, a déclaré au Times of Israel que « ce n’est pas un secret » que l’administration Obama avait tenté d’influencer le résultat de l’élection, étant en partie motivée par un désir de vengeance causé par l’allocution de Netanyahu devant le Congrès plus tôt ce mois-ci, qui cherchait à saper l’initiative clé de la politique étrangère du président américain – l’accord nucléaire avec l’Iran.

« La Maison Blanche avait trois motifs principaux », a déclaré le fonctionnaire.

« Le premièr est la vengeance [contre le discours du Congrès]. Le second est la frustration : ce n’est pas un secret qu’ils ont été impliqués dans une tentative de faire tomber le gouvernement Netanyahu – chose que nous savions clairement – et qu’ils ont échoué. Le troisième [motif] est la tentative de l’administration de détourner l’attention des négociations avec l’Iran et l’attirer sur la question palestinienne. »

Le dernier mandat de Netanyahu a vu une animosité, sans précédent et à peine masquée, s’infiltrer dans les relations entre l’administration américaine et son gouvernement, en grande partie liée à  l’accord qui se profile avec l’Iran.

Lundi, le Wall Street Journal avait publié un article qui annonçait qu’Israël avait espionné les négociations, une accusation que le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a attribué aux efforts visant à saper les liens entre Jérusalem et Washington.

Une série d’échanges vifs entre les deux alliés ces derniers mois ont atteint leur point culminant lorsque Obama a réprimandé sévèrement Netanyahu, le week-end dernier, à propos des commentaires qu’il avait faits juste avant le vote.

Netanyahu a été vertement critiqué pour l’appel qu’il a lancé le jour de l’élection dans lequel il affirmait que les électeurs arabes israéliens étaient transportés « en masse » par autobus jusqu’aux isoloirs par les groupes politiques locaux soutenus et financés par une campagne internationale « concertée » pour le déloger.

Un de ces groupes aurait été le V15, dont les sources de financement ne sont pas claires et dont les irrégularités font l’objet d’une enquête des républicains à l’initiative du Sénat américain.

Obama a critiqué les commentaires de Netanyahu qui sont pour lui la preuve de l’« érosion » de la démocratie israélienne et a promis de « réévaluer » les relations bilatérales entre les deux pays à la suite de l’élection, une décision que l’ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Michael Oren, a qualifié de « dommageable » pour les relations bilatérales et l’image d’Israël.

La Maison Blanche tentera de « punir » Israël à l’ONU ou au Conseil de sécurité, indique le responsable israélien mardi, faisant allusion aux menaces voilées des autorités américaines qui ont signalé que Washington pourrait modifier sa politique de veto sur les mesures anti-israéliennes et même soutenir une initiative unilatérale sur l’Etat palestinien.

« Le Congrès est actuellement notre seul moyen de prévenir une série d’initiatives dangereuses, à la fois sur le front iranien et le front palestinien, explique le responsable. Si le gouvernement américain permet la reconnaissance d’un Etat palestinien à l’ONU, alors le Congrès brandira ses armes et ne financera plus l’ONU. » Dimanche, le sénateur John McCain a menacé de le faire.

Les critiques visant Netanyahu à Washington ont également porté sur son rétropédalage au sujet de son soutien pour une solution à deux Etats avec les Palestiniens. Dans un effort évident pour séduire les électeurs situés très à droite, le Premier ministre avait dit qu’il n’y aurait pas d’Etat palestinien lors de son prochain mandat (il a tenté ensuite de se rattraper). Lundi, le chef d’état-major de la Maison Blanche, Denis McDonough, a déclaré, en présence du groupe de lobbying J Street, que les « 50 ans d’occupation [d’Israël] doivent cesser », rajoutant une couche aux critiques de l’administration Obama contre le Premier ministre.

Le fonctionnaire de Jérusalem a poussé l’analyse du refus de Netanyahu d’un Etat palestinien plus loin, en affirmant que l’Etat-solution à deux était hors de portée pour « notre génération », en raison des rejets palestiniens des propositions israéliennes et des accords proposés par les Américains.

« [Obama] avertit en permanence d’un état chaotique en détérioration dans les Territoires [palestiniens], alors qu’il sait que le seul endroit qui arrive réellement à maintenir la stabilité au Moyen-Orient en ce moment est [Israël], a déclaré le fonctionnaire. Netanyahu a déclaré qu’il n’y aura pas d’accord [avec les Palestiniens] au cours de son mandat. »

Un Etat palestinien « ne sera même pas créé pendant notre génération, a ajouté le responsable. Tout le monde le sait. »

« Ils viennent et nous accusent de torpiller les négociations même s’ils savent pertinemment que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a lui-même signifié son refus [de l’accord], deux fois – une fois à la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en 2011, et l’autre fois au secrétaire d’État John Kerry l’année dernière. »

Le responsable a continué à se référer à deux « documents-cadre visant à relancer le processus » qui ont été acceptés par Israël et rejetés par les Palestiniens, et a accusé l’administration de consacrer trop d’énergie à la question palestinienne, au détriment des autres défis régionaux plus pertinents.

« Regardez ce que nous avons fait à propos de la construction des implantations. Nous avons suivi toutes les restrictions imposées à l’époque Sharon-Bush, qui autorisait la construction pour répondre à la croissance naturelle de la population, mais pas la construction de nouvelles implantations », poursuit le fonctionnaire, en se référant à un arrangement mis en place pendant la dernière décennie entre le Premier ministre de l’époque Ariel Sharon et le président George Bush.

« Mais l’administration [actuelle] ne reconnaît pas les accords Sharon-Bush. Ils travaillent selon une politique de « pas-de-brique » et cela n’a pas de sens. »

Avi Lewis a contribué à cet article.