Comme presque tous les jours à ce moment, David, 68 ans, a entendu des coups de feu sur le chemin du retour à son domicile, en Ukraine orientale, près de Donetsk, le 17 juin de l’année dernière. Il y avait eu des combats dans la région depuis le mois d’avril, mais cette fois les soldats l’ont empoigné et l’ont forcé à monter dans un véhicule à proximité.

Ils ont mis un sac noir sur sa tête et l’ont emmené dans un bâtiment non loin de l’endroit où, estime-t-il, environ 1 000 séparatistes russes étaient basés ; c’est là qu’il a été interrogé, battu et torturé. Il a été dénudé, attaché à une chaise les yeux bandés et on lui a fait tenir des grenades à main tandis qu’il était interrogé par un officier russe, a relaté David, qui faisait autrefois partie d’une unité des renseignements ukrainiens.

Un combattant parlant russe a pressé un couteau sur le cou de David et l’a menacé de le décapiter. David a expliqué qu’un autre séparatiste l’a arrêté juste avant qu’il ne mette ses menaces à exécution, en lui rappelant que leur commandant les punirait s’il le faisait.

Un jour après son enlèvement, David a été à nouveau battu et jeté d’une voiture près de son domicile. Il se réveilla dans un hôpital où, entre autres blessures, une fracture de la mâchoire avait été soignée.

David, qui a immigré en Israël mercredi matin, se dit chanceux que ses ravisseurs n’aient pas su qu’il était juif. Il est persuadé qu’ils l’auraient tué s’ils avaient appris ce fait.

Rabbi Yechiel Eckstein, le président de l'IFCJ,  accueille des immigrants ukrainiens David et son épouse à leur arrivée à l'aéroport Ben Gurion, le mercredi 1er Juillet 2015 (Crédit : Baz Ratner)

Le rebbin Yechiel Eckstein, président de l’IFCJ, accueille les immigrants ukrainiens David et son épouse à leur arrivée à l’aéroport Ben Gourion, mercredi 1er Juillet 2015. (Crédit : Baz Ratner)

Aujourd’hui, alors que David accorde une interview (avec l’aide d’un traducteur) au Times of Israël, ses yeux se remplissent de larmes de gratitude pour avoir été accueilli en Israël. Son beau-fils, un volontaire dans l’armée ukrainienne, a également été capturé par les séparatistes russes en juillet dernier. David, qui ne veut pas être identifié par crainte de mettre en danger son beau-fils, sait qu’il est encore vivant quelque part en Russie. Sa fille, sans le sou avec deux enfants, attend la libération de son mari à Donetsk.

David et sa femme ont immigré avec 89 autres Ukrainiens, ce matin, grâce aux efforts du Mouvement international des chrétiens et des juifs (IFCJ), dirigé par le rabbin Yechiel Eckstein. L’IFCJ a ramené en Israël plus de 800 immigrants en provenance de l’Ukraine depuis décembre 2014.

En attendant le vol pour Israël, David et sa famille ont fui Donetsk et David a essayé d’aider l’armée ukrainienne tout en faisant pression pour la libération de son beau-fils.

Mais de nombreux Ukrainiens sont devenus des personnes déplacées à travers le pays, y compris quelques 100 000 habitants de Donetsk. Les Juifs ont été aidés par des organisations comme l’IFCJ, l’American Jewish Joint Distribution Committee et World Relief juive du Royaume-Uni.

L’organisation d’Eckstein, financé par de petits dons des chrétiens à travers le monde, accorde à chaque immigrant adulte une subvention de 1000 dollars et 500 dollars par enfant pour les nécessités de base à leur arrivée en Israël. Selon l’IFCJ, pour faciliter leur intégration dans la société israélienne, l’organisation travaille avec les municipalités locales pour obtenir un logement et un emploi pour les nouveaux immigrants.

« Notre motivation pour soutenir l’aliah des Juifs ukrainiens est double – sauver leur corps physique du péril et les ramener dans la patrie juive », a déclaré Eckstein lors de l’arrivée des 89 nouveaux citoyens israéliens à l’aéroport international Ben Gourion.

Pour David, qui a toujours été fier d’être juif et avait envisagé d’immigrer en Israël dans les années 1990, son arrivée avec sa femme mercredi matin est le début d’un nouveau chapitre de sa vie.

Son seul regret est que ses petits-enfants et ses trois enfants, une fille à Kiev, une deuxième fille à Donetsk et un fils en Crimée, soient restés en Ukraine – mais il ne les juge pas et affirme qu’ils doivent faire leurs propres choix.

A la fin de notre brève conversation, David a commencé à pleurer : « Je vous remercie de nous accueillir » a-t-il déclaré, ému. « Et je vous remercier de nous accepter. »