Tommy et Ronald Rutgersson n’ont pas été élevés dans une famille riche. En fait, peu de temps après la naissance de Tommy en 1948 à Göteborg, en Suède, sa mère est tombée malade, et lui et son frère jumeau Ronald ont été envoyés dans des familles d’accueil. Ne pouvant compter que l’un sur l’autre, ils sont restés inséparables.

« Aucun de nous ne s’est marié, et nous avons décidé qu’il était plus facile de vivre ensemble, parce que cela ferait un seul loyer, une seule facture de chauffage », a déclaré Tommy.

Tommy a travaillé pendant plus de trente ans comme administrateur d’une école de théâtre de Stockholm, et Ronald assistait un responsable gouvernemental. Quand ils ont pris leur retraite, ils ont commencé à étudier les moyens de compléter leur revenu.

« Nous voulions avoir plus d’argent dans nos portefeuilles, une meilleure vie, et nous voulions régler certaines dettes », a raconté Tommy.

Tommy a cherché sur internet et a découvert les « options binaires », qui promettaient des rendements importants à court terme. Il s’est inscrit pour en apprendre plus, et en mai 2016, il a reçu un appel d’une responsable de comptes personnels attentive et charmante, qui lui a dit que son nom était « Kate Miller ».

Kate avait un léger accent russe, et faisait beaucoup de fautes d’orthographes en anglais, mais a expliqué cela en disant qu’elle venait de Grèce. Kate disait qu’elle voulait « le meilleur » pour Tommy, l’appelait « chéri », et a même exprimé son admiration pour des vidéos de karaoké qu’il lui a envoyées.

« Je ne pensais que vous pouviez chanter à ce niveau ! », s’était-elle exclamée.

Elle lui avait promis un minimum de 30 % de profit pendant le premier mois, sans risque pour lui puisque son compte était totalement assuré. Elle lui avait dit que SecuredOptions était régulée par l’Autorité de conduite financière britannique (elle ne l’est pas).

Cajolé par Kate et les autres courtiers, qui disaient s’appeler James Bennett, Richard Adams et Richard Fischer, Tommy et son frère Donald ont placé près de 100 000 euros. Il a ouvert son compte en mai. En novembre, il ne lui restait que 30 000 euros. Un jour, les 30 000 euros restants ont simplement disparu, et SecuredOptions a cessé de répondre à ses appels.

Le site internet de Secured Options (capture d'écran)

Le site internet de Secured Options (capture d’écran)

« Nous sommes dans une très mauvaise situation, a-t-il dit au Times of Israël. Nous avons tous les deux 68 ans et c’est un grand fardeau pour nous. Toutes ces factures que nous devons payer tous les mois. Nous voulons simplement récupérer notre argent pour que nous puissions rembourser nos emprunts, c’est tout. »

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce domaine, qui aurait arnaqué des milliards de dollars à des victimes du monde entier pendant la dernière décennie.

Le bureau du Premier ministre a condamné le mois dernier les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

Il y a deux semaines, Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne (ATI), a déclaré au Times of Israël que des consultations avaient commencé sur la formulation d’une loi qui interdirait à toutes les entreprises d’options binaires basées en Israël de cibler n’importe quel individu dans n’importe quel pays. (Il est déjà interdit aux entreprises israéliennes de cibler des Israéliens.) Les consultations ont été étendues au procureur général, Avichai Mandelblit, et au gouvernement, a-t-il déclaré.

Retrouver ses courtiers

Les employés de SecuredOptions avaient dit à Tommy qu’ils étaient à Londres et ont utilisé de faux noms. Mais dès qu’il a commencé à sentir que quelque chose n’allait pas, il a fait des recherches sur internet et a découvert que SecuredOptions agissait depuis Tel Aviv.

Il s’est rendu à l’ambassade d’Israël à Stockholm pour se plaindre d’avoir été arnaqué, mais sans résultat. Les autorités suédoises ne l’ont pas aidé non plus.

Il a ensuite découvert que l’entreprise avait transféré ses fonds à Swedbank, en Lettonie, puis à Ceska Sportilena (Erste Bank), à Prague, mais aucune des banques n’a répondu à ses plaintes.

La tour Electra, à Tel Aviv, accueille de nombreuses entreprises ayant basé leur activité sur les options binaires. (Crédit : Lior4040/Wikipedia)

La tour Electra, à Tel Aviv, accueille de nombreuses entreprises ayant basé leur activité sur les options binaires. (Crédit : Lior4040/Wikipedia)

Réalisant que les escrocs étaient en Israël, Rutgersson a contacté un avocat israélien, Nimrod Assif, qui a pu vérifier les noms, numéros d’identité et numéros de téléphone des courtiers avec qui Rutgersson avait traité.

Assif a également appelé le propriétaire d’Express Target Marketing, Eliran Saada. Express Target Marketing est l’entreprise israélienne qui gère les marques SecuredOptions et InsideOption. Saada a confirmé à Assif qu’il avait possédé Express Target Marketing, mais qu’il avait décidé que les options binaires étaient un commerce sale et était parti il y a plusieurs mois. (Saada, ainsi que l’avocat Moshe Strugano, sont toujours enregistrés comme les propriétaires de l’entreprise dans les registres israéliens.)

Assif a déclaré dimanche au Times of Israël qu’il avait porté plainte auprès de la police israélienne et de l’Autorité des titres israélienne (ATI) contre les propriétaires et les vendeurs de l’entreprise.

Beaucoup de vendeurs de l’industrie des options binaires pensent que leurs fausses identités les protègeront, mais, selon les experts juridiques, ils pourraient être tenus personnellement responsables par leurs milliers de victimes. (Ce mois-ci, l’ATI a perquisitionné les bureaux d’iTrader à Ramat Gan, une entreprise qui proposait des options binaires et des transactions de Forex à la population israélienne, et a arrêté non seulement la direction, mais aussi des vendeurs.)

Malgré la honte d’avoir perdu tout son argent, Tommy Rutgersson a décidé de raconter son histoire pour que d’autres ne tombent pas dans le même piège.

« SecuredOptions sait que nous sommes à la retraite, que nous avons fait des prêts pour financer notre compte et que nous étions vulnérables. Ils savaient les risques que nous prenions, et que nous leur faisions totalement confiance. Et malgré cela, ils nous ont trompés. Nous avons été naïfs. J’espère qu’il y a de bonnes personnes en Israël qui nous aideront. »