A Haïfa, des universitaires lancent une association consacrée à « l’antisémitisme contemporain »
Cette nouvelle initiative vise à renforcer la recherche mondiale, les universitaires estimant que les hostilités envers les Juifs survenues après le 7-Octobre nécessitent de nouvelles approches académiques
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Des universitaires du monde entier se sont réunis jeudi à Haïfa pour lancer une nouvelle organisation académique dédiée à l’étude de l’antisémitisme à l’occasion de ce que les organisateurs ont décrit comme la plus grande conférence académique annuelle au monde consacrée à la haine antijuive contemporaine.
La conférence « Antisémitisme contemporain », qui s’est tenue pendant trois jours à l’université de Haïfa – c’était du 7 au 9 juillet – a attiré plus de 500 participants, dont plus de 300 intervenants internationaux. Objectif : examiner l’évolution de l’antisémitisme dans l’ère post-7-Octobre et son impact sur l’enseignement supérieur, le droit, les médias, la technologie, les politiques publiques et les institutions démocratiques.
Depuis le pogrom qui a été perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, l’antisémitisme mondial s’est propagé comme une métastase, entraînant d’innombrables cas de harcèlement, des démonstrations d’hostilité et des actes de violence à l’encontre des Juifs. Mais nombreux sont ceux, dans le monde universitaire, qui considèrent le sujet comme un domaine « secondaire » ou qui s’en détournent en raison des sensibilités politiques qu’il soulève, a expliqué l’organisateur de la conférence, Jacob Dallal, directeur général du Centre Comper pour l’étude de l’antisémitisme et du racisme à l’université de Haïfa.
« En ajoutant le mot ‘contemporain’ dans le titre, nous mettons sur la table les questions liées à l’anti-sionisme », a noté Dallal. « Si on examine la plus grande partie des programmes universitaires qui sont consacrés à l’antisémitisme, ils traitent de la Shoah mais ils évitent d’aborder le sionisme ou Israël ». Nous considérons qu’il est important de discuter de ces sujets sans a priori. »
Au cours de cet événement, les organisateurs ont également lancé officiellement la Contemporary Antisemitism Studies Association (CASA), une nouvelle initiative universitaire internationale qui consacrera ses activités à la promotion de l’étude scientifique de l’antisémitisme contemporain en tant que discipline académique, et qui cherchera à créer à un réseau professionnel réunissant les chercheurs qui travaillent sur cette problématique.
Fondée sous la forme d’un partenariat trinational entre le London Centre for the Study of Contemporary Antisemitism, le Gratz College et le Comper Center, la CASA s’efforcera de renforcer la collaboration internationale en matière de recherche. Elle lancera une nouvelle revue universitaire et une série d’ouvrages érudits, tentant également de développer davantage les études sur l’antisémitisme contemporain en tant que discipline universitaire en pleine expansion, ont déclaré les organisateurs.
L’association compte déjà plus de 150 chercheurs fondateurs issus du monde entier.
Compte tenu de la situation politique et sécuritaire actuelle en Israël, cette conférence a peut-être été le plus important sommet universitaire international à avoir été organisé dans le pays au cours de la dernière année universitaire, a fait remarquer Dallal. Il était initialement prévu au mois de mars dernier, mais il a été reporté en raison de la guerre avec l’Iran.
Lors de la cérémonie d’ouverture de la conférence, l’ancienne envoyée spéciale américaine chargée de la lutte contre l’antisémitisme, Deborah Lipstadt, a averti que l’extrême droite politique, la gauche progressiste et les extrémistes islamistes étaient de plus en plus unis par l’antisémitisme, affirmant que l’hostilité à l’égard des Juifs est devenue « le ciment qui lie ces opposés idéologiques ».
Mais les implications vont bien au-delà de la communauté juive, a-t-elle mis en garde.
« Il ne s’agit pas seulement des Juifs. Cela n’a jamais été le cas », a expliqué Lipstadt. « Il s’agit de la civilisation occidentale dans son ensemble. Il s’agit de la société future que nous souhaitons construire et léguer aux générations futures. Quiconque attache de l’importance à la démocratie, à l’État de droit, à la stabilité et à la sécurité internationales ne peut se permettre de détourner le regard. Les enjeux sont bien trop importants ».
Parmi les autres intervenants, l’ancien dissident soviétique et homme d’État israélien Natan Sharansky, le philosophe français Bernard-Henri Lévy, l’ancien ministre canadien de la Justice Irwin Cotler et la professeure Dina Porat, l’historienne spécialiste de la Shoah.
Pour de nombreux participants à la conférence, cet événement a offert une occasion rare aux chercheurs travaillant dans un domaine souvent mis au ban du monde universitaire de se réunir pour échanger des idées. Les personnes présentes ont discuté de recherches portant sur des sujets allant des campements universitaires au financement des mouvements anti-israéliens, en passant par le rôle du féminisme dans l’antisémitisme.
« C’est une conférence dangereuse à bien des égards, et je pense que les gens sont ici pour aborder des idées qui sont parfois taboues dans les milieux universitaires », a estimé Sara Hirschhorn, chercheuse senior au Comper Center qui a contribué à l’organisation de l’événement. « Il y a de nombreuses conférences universitaires sur l’antisémitisme médiéval ou sur la Shoah, mais lorsqu’il s’agit de l’antisémitisme contemporain, il y a beaucoup de choses qu’on n’a généralement pas le droit de dire à voix haute. »
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