Abdallah II : les relations israélo-jordaniennes « en suspens » depuis deux ans
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Abdallah II : les relations israélo-jordaniennes « en suspens » depuis deux ans

Le monarque jordanien accuse la "saison électoraliste" d'être à l'origine de cette impasse et refuse de préciser comment Amman réagira à une possible annexion de la Cisjordanie

Le roi Abdallah II au Capitole, à Washington, le 13 mars 2019 (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le roi Abdallah II au Capitole, à Washington, le 13 mars 2019 (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré dans une interview diffusée lundi que les relations entre le royaume hachémite et Israël « sont en suspens depuis deux ans » et a formulé l’espoir qu’Israël réussisse à élire un gouvernement durable en mars pour renforcer la stabilité dans la région.

Abdallah a également indiqué qu’il considérait que les promesses formulées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, concernant une annexion de certains pans de Cisjordanie, comme de l’électoralisme vide et a fait part de sa préoccupation face à la montée en puissance du groupe terroriste de l’État islamique.

« Nous comprenons que malheureusement, la question des élections qui dure depuis des années signifie qu’Israël est tourné sur lui-même parce qu’il gère ses affaires internes, et par conséquence, nos relations sont en suspens », a déclaré le monarque à la chaîne France 24 dans une interview en anglais.

« En raison de la période électoraliste, qui dure malheureusement depuis un certain temps, il n’y a eu aucune communication ou mouvement bilatéraux », a-t-il déploré. « Nous espérons que le peuple israélien décidera d’un gouvernement le plus tôt possible et qu’ensuite nous puissions voir comment avancer ensemble ».

Si les relations sécuritaires israélo-jordaniennes ont prospéré, les relations politiques se sont détériorées ces derniers temps, en raison de plusieurs affaires, notamment la promesse faite par Netanyahu en septembre d’annexer la vallée du Jourdain s’il était reconduit à son poste de chef du gouvernement.

Ces derniers mois, Amman a rappelé son ambassadeur en Israël, n’a pas marqué le 25e anniversaire du traité de paix qui lie les deux pays et a mis fin à un accord spécial qui permettait aux fermiers israéliens de travailler sur des terrains en Jordanie.

Amman a également rappelé son ambassadeur pour protester contre l’arrestation de deux ressortissants jordaniens, qui ont fini par être relâchés par Israël.

La Jordanie et l’Égypte sont les deux pays arabes à avoir un traité de paix officiel et des relations diplomatiques avec Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime devant une carte de la vallée du Jourdain dans une déclaration dans laquelle il promet d’étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain et au nord de la mer Morte, à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Abdallah II, qui avait déclaré en novembre que les relations israélo-jordaniennes étaient « au plus bas », a condamné la promesse d’annexion de Netanyahu, mais a refusé de préciser comment Amman réagirait à une telle démarche, après avoir initialement dit qu’elle serait suivie de « conséquences sérieuses ».

« Il y a un certain discours émanant d’Israël qui relève de politiques électoralistes et qui nous préoccupe grandement dans la région, parce qu’ils prennent une direction vers un territoire complètement inexploré pour nous tous, qui ne peut que créer plus d’instabilité et de malentendus », a fait savoir Abdallah II. « Quand vous avez certaines annonces et décisions, comme en Cisjordanie, cela crée beaucoup de doutes pour beaucoup d’entre nous sur la direction que prennent certains politiciens israéliens. »

« La solution à deux États est dans mon esprit, et je sais que cela vaut pour la majorité des pays européens également, la seule façon d’avancer. Les partisans d’un État unique défendent un programme qui n’a aucun sens à mes yeux, car il y a deux normes, deux ensembles de lois pour deux ensembles de personnes. Cela ne peut que créer de l’instabilité. »

La Jordanie est depuis longtemps favorable à une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien, qui comprendrait la création d’un État palestinien en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem-Est.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, et le roi jordanien Abdallah II durant une visite surprise du Premier ministre à Amman, le 16 janvier 2014. (Crédit : AP/Yousef Allan/Jordanian Royal Palace)

En ce qui concerne le plan de paix du président américain Donald Trump, attendu depuis longtemps, au Moyen-Orient, le roi a exprimé son optimisme et assuré qu’il ne préjugerait pas des mérites de ce plan avant qu’il ne soit dévoilé. Il a déclaré qu’il examinerait la proposition de Trump dans la perspective d’un « verre à moitié plein » une fois qu’elle sera publiée.

Peu de temps après que l’administration Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël à la fin de 2017 et annoncé que les États-Unis déplaceraient leur ambassade dans la capitale de l’Etat juif, les Palestiniens ont fait savoir qu’ils ne travailleraient pas à un processus de paix dans lequel les États-Unis sont l’interlocuteur dominant.

En plus de ses mesures liées à Jérusalem, l’administration Trump a pris plusieurs autres mesures considérées comme marginalisant les dirigeants palestiniens basés à Ramallah, réduisant des centaines de millions de dollars l’aide aux Palestiniens et à l’agence controversée de l’ONU qui soutient les réfugiés palestiniens et leurs descendants, fermant le bureau de représentation de l’OLP à Washington et qualifiant désormais les implantations comme légales au regard du droit international.

Les responsables de l’administration de Trump ont également systématiquement refusé d’approuver une solution à deux États.

Le président Donald Trump au cours d’une réunion avec le président roumain Klaus Iohannis dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 20 août 2019 (Crédit :AP Photo/Alex Brandon)

Au cours de son interview, Abdallah II a également averti que le groupe terroriste de l’État islamique se consolidait et était de nouveau en progression au Moyen-Orient.

Plusieurs mois après l’éviction de l’organisation de son dernier bastion syrien l’année dernière, le roi indique que sa « préoccupation majeure est que nous avons vu au cours de l’année écoulée le rétablissement et la montée de l’État islamique, non seulement dans le sud-est de la Syrie, mais aussi dans l’ouest de l’Irak ».

« Nous devons faire face à la ré-émergence de l’État islamique », a ajouté le roi avant les pourparlers de cette semaine à Bruxelles, Strasbourg et Paris. Il a également fait savoir que de nombreux combattants étrangers en provenance de Syrie se trouvaient maintenant en Libye.

« D’un point de vue européen, la Libye étant beaucoup plus proche de l’Europe, cela va être une discussion importante dans les prochains jours« , a-t-il commenté.

« Plusieurs milliers de combattants ont quitté Idlib (Syrie) par la frontière nord et se sont retrouvés en Libye, c’est quelque chose que nous, dans la région, mais aussi nos amis européens, devrons gérer en 2020. »

Concernant la flambée des tensions entre l’Iran et les États-Unis la semaine dernière, le dirigeant espère que « dans les prochains mois, nous donnerons le bon ton pour la région, qui consiste à faire baisser la température ».

« Jusqu’à présent, ça ressemble à une désescalade, nous espérons que cela continue en ce sens. Nous ne pouvons pas nous permettre l’instabilité dans notre partie du monde. »

« Ce qui se passe à Téhéran affectera Bagdad, Amman, Beyrouth, le processus israélo-palestinien. »

Des Iraniens se rassemblent pour l’enterrement du général Qasem Soleimani tué par les forces américaines, dans sa ville natale de Kerman, le 7 janvier 2020. (Crédit : Atta KENARE / AFP)

Il estime également que le récent déploiement de troupes turques à titre de formation en Libye « ne fera que créer plus de confusion » dans le pays.

Les deux parties au conflit libyen ont convenu d’un cessez-le-feu à partir de dimanche pour mettre fin à neuf mois de combats, après des semaines de diplomatie internationale et d’appels à une trêve de la part des puissances russe et turque.

Un rapport de l’ONU publié en novembre a indiqué que plusieurs pays violaient l’embargo sur les armes imposé à la Libye depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011.

La Jordanie et les Émirats arabes unis ont régulièrement équipé les forces du général Khalifa Haftar, un militaire libyen puissant, qui est soutenu par les rivaux régionaux de la Turquie – l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats.

Le royaume hachémite, dont la stabilité est considérée comme vitale dans un Moyen-Orient instable, accueille quelque 1,3 million de réfugiés en provenance de la Syrie voisine, déchirée par la guerre.

L’AFP et Adam Rasgon ont contribué à cet article.

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