Abou Dhabi critique la faiblesse de ses alliés du Golfe face aux attaques de Téhéran
La "politique d'endiguement de l'Iran" a "lamentablement échoué, et nous sommes désormais confrontés à une réévaluation majeure," a déclaré Anwar Gargash
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Un haut responsable émirati a critiqué lundi la réaction de ses alliés du Golfe, qualifiée de « faible », après les attaques menées par l’Iran dans la région en réponse à l’offensive israélo-américaine.
L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman ont créé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) en 1981, et un accord de défense commune a été signé en 2000, a rappelé le conseiller du président émirati, Anwar Gargash, lors d’une conférence à Dubaï.
Après le déclenchement par Israël et les Etats-Unis de l’offensive sur l’Iran et les milliers de frappes de l’Iran sur Israël et les pays du Golfe, « les États membres se sont mutuellement soutenus au niveau logistique, mais tant sur le plan politique que militaire, je pense que leur position a été la plus faible historiquement », a-t-il affirmé.
« Je m’attendais à une position aussi faible de la part de la Ligue arabe et cela ne me surprend pas, mais je ne m’y attendais pas de la part du CCG », a-t-il ajouté.
Depuis le déclenchement du conflit, la Ligue arabe est en effet restée spectatrice.
Téhéran a tiré des centaines de missiles et de drones vers les monarchies du Golfe.
Les Emirats, qui ont été le pays le plus visé, ont depuis clairement haussé le ton envers la République islamique belliqueuse, tandis que ses voisins, dont les infrastructures pétrolières et civiles ont été aussi largement ciblées, ont adopté une attitude nettement plus passive.
Les monarchies du Golfe ont toujours eu des « relations difficiles » avec leur grand voisin chiite, a rappelé M. Gargash.
Elles ont adopté, selon lui, ces dernières années une « politique d’endiguement de l’Iran », que ce soit à travers des « médiations, des partenariats dans le domaine énergétique, des accords stratégiques ou, comme dans le cas des Émirats arabes unis, des relations commerciales ».
Mais « ces politiques ont lamentablement échoué, et nous sommes désormais confrontés à une réévaluation majeure », a-t-il déploré.
« Rétablir la confiance » entre les Emirats arabes unis et l’Iran prendra « une éternité », après les attaques menées par Téhéran sur le pays depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël, avait déclaré vendredi Gargash.
« Rétablir la confiance est illusoire (…). On ne peut pas être attaqué avec 2.800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité », a affirmé l’influent conseiller diplomatique lors d’un intervention en visioconférence à la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Chantilly, près de Paris.
« Il est désormais évident pour la région, les Émirats arabes unis et d’autres pays, que l’Iran sera perçu comme une menace stratégique majeure » à l’avenir, a-t-il ajouté, estimant que les attaques sur les pays du Golfe étaient « délibérément planifiées par l’Iran, non seulement pour aggraver la crise, mais aussi pour témoigner du peu d’importance qu’il accorde aux relations irano-arabes ».
Environ 90 % des attaques iraniennes contre les Emirats visaient « essentiellement des civils, des infrastructures civiles, des infrastructures énergétiques », a indiqué Anwar Gargash, contrairement à « la propagande iranienne » qui assure avoir ciblé des installations militaires notamment américaines.
Evoquant le cessez-le-feu en vigueur entre Washington et Téhéran alors que les négociations pour mettre fin à la guerre sont au point mort, il a estimé que le « risque à court terme » est que le pouvoir iranien interprète la situation actuelle, « c’est-à-dire le maintien du régime en place et le blocus du détroit d’Ormuz », comme une « victoire ».
« Ce calcul peut durer des semaines, mais pas indéfiniment (…). Je parie donc sur une reprise des négociations », a ajouté M. Gargash, soulignant que l’Iran se trouve actuellement dans une « impasse », avec un pouvoir « très désuni et désorganisé » après des semaines de frappes américano-israéliennes.
A long terme, cette guerre « renforcera la présence américaine dans la région, au lieu de la réduire », a-t-il ajouté, contredisant certaines analyses estimant que la présence de bases américaines aurait joué en défaveur des pays du Golfe.
« Il ne s’agit pas seulement de bases. Il s’agit aussi d’équipements, d’alliances, d’une approche politique et diplomatique », a précisé le conseiller diplomatique.
Pour lui, un nombre croissant de responsables de la région « ne percevront plus Israël comme une menace » même s’ils « resteront toujours attachés à la cause palestinienne ».
« En réalité, je pense que beaucoup d’entre eux ouvriront des canaux politiques et s’intéresseront peut-être de plus en plus aux équipements de défense israéliens », a-t-il noté.
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