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Accord pétrolier avec les Émirats : Le nombre de pétroliers limité à Eilat

Le ministère de la Protection environnementale a imposé cette restriction ; des manifestations écologiques ont eu lieu samedi pour protester contre l'accord et pour le climat

Un pétrolier accoste à Eilat. (Autorisation, Shmuel Taggar, Environnement du désert et de la mer, Eilat)
Un pétrolier accoste à Eilat. (Autorisation, Shmuel Taggar, Environnement du désert et de la mer, Eilat)

Le ministère de la Protection environnementale a mis en suspens la mise en œuvre d’un accord pétrolier controversé qui a été signé entre l’EAPC (Europe Asia Pipeline Company), une entreprise publique israélienne, et un consortium israélo-émirati, en limitant le nombre de pétroliers du Golfe autorisés à jeter les amarres à Eilat à un maximum de six. La compagnie réclamait de pouvoir en accueillir 30.

Selon un courrier envoyé la semaine dernière par Rani Amir, directeur de l’unité de protection marine du ministère, à l’entreprise israélienne, cette décision – qui limite aussi la quantité de pétrole pouvant être amenée par an à deux millions de tonnes – s’est basée sur des défaillances révélées dans une deuxième étude consacrée au risque environnemental qui a été réalisée par l’EAPC.

Au mois de juillet, Amir avait rejeté la première de ces études en affirmant que, au mieux, elle n’était pas à la hauteur des instructions qui avaient été données par le ministère au mois de janvier 2021 et qu’elle reflétait plutôt « une négligence, voire une ignorance, de nos instructions ».

Dans son courrier de la semaine dernière, Amir a expliqué qu’il y avait encore « des écarts significatifs » entre les instructions transmises par le ministère au mois de janvier et l’étude réactualisée des risques qui a été soumise par l’EAPC au début du mois.

Ainsi, de nombreuses informations seraient absentes dans l’étude, notamment celles liées aux données portant sur les incidents de pollutions maritimes et terrestres et autres survenus pendant les années où la firme a mené des activités à Eilat.

L’année dernière, par exemple, la compagnie et d’autres parties avaient été reconnus coupables d’avoir nui à des espaces naturels protégés après avoir endommagé plus de 2 600 coraux, au large d’Eilat.

L’accord entre l’EAPC et le consortium RED-MED a été conclu dans le cadre d’un protocole d’accord datant du mois d’octobre dernier, dont le contenu n’a pas été révélé. Il reste incertain si un ministère a aidé à établir ses détails.

Cet accord prévoit que l’EAPC recevra le pétrole du Golfe à son terminal d’Eilat, sur la mer Rouge, dans le sud d’Israël, avant de le lui faire traverser le territoire israélien via son réseau de canalisations jusqu’au port d’Ashkelon, qui donne sur la mer Méditerranée. L’or noir sera alors à nouveau embarqué à bord de pétroliers chargés de l’acheminer dans le sud de l’Europe.

Des Israéliens sur une plage de la mer Morte, à proximité du Terminal pétrolier de l’EAPC (Eilat-Ashkelon Pipeline) dans la ville portuaire d’Eilat, dans le sud du pays, le 10 février 2021. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

L’Autorité israélienne chargée de la nature et des parcs, le ministère de la Protection de l’environnement, un forum regroupant une vingtaine d’organisations environnementales et un grand nombre de scientifiques et d’habitants d’Eilat s’opposent à l’accord, compte tenu du mauvais bilan environnemental de l’EAPC et de ses nombreuses fuites passées et de l’importance cruciale des récifs coralliens d’Eilat non seulement pour les secteurs du tourisme et de l’emploi de la ville, mais aussi à l’échelle mondiale. L’EAPC a été responsable, il y a six ans, de la plus grande catastrophe environnementale de l’histoire d’Israël.

Les coraux d’Eilat s’avèrent être inhabituellement résiliants face au changement climatique et ils pourraient être utilisés pour régénérer d’autres barrières de corail moins résistantes ailleurs dans le monde.

Samedi, des centaines d’Israéliens se sont rassemblés à une cinquantaine d’endroits différents du pays pour protester contre une action de l’État jugée insuffisante face au changement climatique, dénonçant aussi l’accord pétrolier.

Les jeunes manifestent régulièrement le vendredi dans le cadre du mouvement mondial Fridays4Future, tandis que les membres de l’organisation Parents for the Climate – Israel prennent d’assaut les rues et les ponts autoroutiers le samedi.

Ce mouvement de protestation s’est déroulé au moment même où la commission interministérielle placée sous l’autorité du Bureau du Premier ministre examinait les dispositions de l’accord signé au mois d’octobre dernier.

Des manifestants contre un accord pétrolier conclu avec un consortium israélo-émirati aux abords de la maison du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à Ramat Aviv, le 25 septembre 2021. (Crédit : Coalition Against the EAPC deal)

Les opposants ont également attiré l’attention sur les dangers qu’une marée noire au port de l’EAPC d’Ashkelon pourrait faire courir aux installations de dessalement du pays, principale source d’eau potable d’Israël, ainsi que sur les risques d’émission de polluants cancérigènes dans l’air lors du chargement et du déchargement du pétrole brut.

Dans le nord de Tel Aviv, des protestataires se sont réunis aux abords de l’habitation du ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid. Ce dernier a répondu par une publication sur sa page Facebook, affirmant que s’il avait été chez lui, il serait allé à leur rencontre.

Soulignant que l’accord avait été signé sous l’ancien gouvernement, et que c’était le Bureau du Premier ministre et non le ministère des Affaires étrangères qui était chargé d’examiner « avec un soin extrême » la question, il a affirmé qu’il pensait que les manifestants – « des patriotes israéliens », a-t-il écrit – avaient bien compris que l’État prenait très au sérieux les accords signés par les gouvernements antérieurs.

Le barrage pétrolier de l’Europe Asia Pipeline Company à Eilat, conçu pour attraper toute éventuelle marée noire avant qu’elle ne se répande plus largement dans la mer. (Crédit : Autorisation de l’EAPC)

Il a ensuite reconnu qu’il était « déterminant de garantir que si des erreurs avaient été commises par le passé, nous tenterons de les corriger ».

Lapid avait poursuivi en affirmant : « Je ne sais pas quelle sera la décision prise par la commission ministérielle mais toutes les parties – les Émirats arabes unis, les ministères concernés en Israël, les organisations gouvernementales – voudront avoir la certitude qu’un examen profond, sérieux, minutieux a été mené avant la prise de décision. »

« Nous nous assurerons que personne ne va tenter de prendre une décision sous le radar alors même que l’examen est en cours et que, lorsque des conclusions seront tirées, elles seront présentées au public de manière transparente », avait-il déclaré.

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