Accusé d’antisémitisme, le Labour perd dans un quartier juif de Londres
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Accusé d’antisémitisme, le Labour perd dans un quartier juif de Londres

Selon un conseiller municipal vaincu : "Dans chaque foyer travailliste juif que nous avons visité, les gens ont dit : 'Pas cette fois-ci. C'est un parti antisémite'"

Le chef du parti d'opposition du Labour  Jeremy Corbyn lors d'un discours pour les élections législatives à Londres, le 29 avril 2017 (Crédit : Niklas Hallen/AFP)
Le chef du parti d'opposition du Labour Jeremy Corbyn lors d'un discours pour les élections législatives à Londres, le 29 avril 2017 (Crédit : Niklas Hallen/AFP)

Le Parti travailliste britannique a subi une lourde défaite aux élections municipales dans les quartiers juifs à la suite de critiques généralisées à l’égard du dirigeant Jeremy Corbyn et de son apparente incapacité à lutter contre l’antisémitisme au sein de son parti.

Les travaillistes, dont la direction, selon de nombreux Juifs britanniques, ignore ou encourage la montée de l’antisémitisme dans ses rangs, n’ont pas réussi, lors des élections de jeudi, à obtenir des conservateurs le contrôle du conseil de Barnet, qui est un arrondissement du nord de Londres où 14 % de la population est juive. Le conseil représente des régions comme Golders Green, Hendon et Edgware.

Le Labour n’a jamais réussi à obtenir le pouvoir au Conseil du Barnet depuis la création de l’arrondissement en tant qu’unité municipale en 1964, mais à West Hendon, qui est un secteur de Barnet, et que le parti détenait depuis près de 40 ans, les trois candidats travaillistes ont perdu face à leurs rivaux conservateurs.

Barry Rawlings, chef du Parti travailliste à Barnet, a admis que sa défaite était due au fait que son parti n’avait pas bien fait face à l’antisémitisme. « Ce n’était pas parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec notre programme, mais parce qu’ils estimaient que le Parti travailliste n’a pas réussi à traiter l’antisémitisme au niveau national. Ils ont raison », a-t-il déclaré au Daily Mail.

Le Premier ministre britannique Theresa May à la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth à Buckingham Palace, à Londres, le 19 avril 2018. (Crédit : AFP / POOL / Jonathan Brady)

Rawlings a promis de s’attaquer à l’antisémitisme et de l’éradiquer de son parti.

« Je promets que Barnet sera un phare pour le reste du Parti travailliste dans la lutte contre ce virus de l’antisémitisme qui a infecté notre parti », a-t-il affirmé. « Pour moi, l’antisémitisme, l’islamophobie et toutes les formes de haine ne sont pas une préoccupation électorale, mais une responsabilité morale qui définit qui nous sommes en tant que parti ».

Le conseiller travailliste battu Adam Langleben a déclaré au Guardian que les Juifs ont refusé de soutenir le Parti travailliste bien qu’ils soient largement d’accord avec ses orientations.

« Tous les foyers travaillistes juifs que nous avons visités ont dit : ‘Pas cette fois-ci' », a-t-il ajouté. « On disait à nos militants : ‘C’est un parti raciste, un parti antisémite’, on leur claquait la porte au nez. »

La défaite de Barnet fait suite aux protestations de rue des Juifs contre Corbyn, qui est devenu le leader du Parti travailliste en 2015. En 2009, Corbyn a qualifié les membres du Hezbollah d’“amis” et le Hamas d’“organisation vouée au bien du peuple palestinien et à l’instauration de la paix et de la justice sociale”.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein du parti travailliste, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP / Tolga Akmen)

Il a également soutenu un artiste qui a dessiné une fresque représentant des hommes juifs jouant au Monopoly sur le dos d’hommes noirs.

Il a exprimé ses regrets concernant ces déclarations et a promis d’expulser les antisémites du Parti travailliste, mais le Conseil des députés des Juifs britanniques a qualifié ces promesses de vœux pieux, citant de multiples inactions et l’absence de lignes directrices définissant les propos antisémites.

Les manifestations de rue étaient sans précédent et ont mis en évidence une crise profonde dans les relations entre les représentants de la communauté juive britannique et le parti qui était autrefois le foyer politique d’un grand nombre de leurs électeurs.

Les conservateurs semblent également avoir bénéficié, lors des élections de jeudi, de l’effondrement du parti de droite britannique Independence Party (UKIP), qui a joué un rôle déterminant dans le vote du Brexit, mais qui s’est depuis lors perdu en chemin.

Les résultats vendredi matin des 99 des 150 communes anglaises qui ont participé aux élections, montrent une perte nette de deux sièges pour les Conservateurs, un gain net de 37 pour les travaillistes et une augmentation de 40 pour les libéraux-démocrates. L’UKIP a perdu 92 sièges.

Malgré le résultat positif du Parti travailliste, il était censé faire mieux, et les analystes ont estimé qu’il n’avait pas de quoi se réjouir.

En effet, lors des élections locales en Grande-Bretagne, le parti qui fait partie du gouvernement national perd habituellement des sièges car les électeurs ont l’occasion de donner un coup de pied au parti au pouvoir dans le pays. « Robert Hutton, journaliste politique britannique pour Bloomberg News, a écrit : « Pour les travaillistes, le fait d’être à peine en avance sur les conservateurs en termes de gains nets globaux est médiocre ».

Le secrétaire général de l’UKIP, Paul Oakley, a contesté le fait que son parti était presque mort, le comparant étrangement à la peste noire qui a anéanti jusqu’à un tiers de la population de l’Europe au XIVe siècle.

« Rappelez-vous la peste noire du Moyen Âge. Elle arrive et provoque des troubles, puis elle se met en sommeil, et c’est exactement ce que nous allons faire », a-t-il déclaré à la radio de la BBC.

« Notre temps n’est pas fini parce que le Brexit est en train d’être trahi. »

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