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Allemagne : 5 ans de prison pour un ancien gardien de camp nazi

Josef Schütz a avancé plusieurs récits sur son passé, parfois contradictoires, mais jamais au cours de la trentaine d'audiences, il n'aura exprimé le moindre regret.

L'ancien gardien de camp nazi Josef Schutz se couvre le visage dans la salle d'audience de Brandebourg, en Allemagne, le 28 juin 2022. (Crédit : Michele Tantussi/AP)
L'ancien gardien de camp nazi Josef Schutz se couvre le visage dans la salle d'audience de Brandebourg, en Allemagne, le 28 juin 2022. (Crédit : Michele Tantussi/AP)

La justice allemande a condamné mardi à une peine cinq ans de prison un ancien gardien de camp de concentration nazi, Josef Schütz, 101 ans, la personne la plus âgée à être reconnue coupable de complicité de crimes commis pendant l’holocauste.

Cet ancien sous-officier des Waffen SS a été jugé coupable de « complicité » dans le meurtre d’au moins 3.500 prisonniers lorsqu’il opérait entre 1942 et 1945 dans le camp de Sachsenhausen, au nord de Berlin.

« Pendant trois ans vous avez regardé comment des prisonniers étaient torturés et tués sous vos yeux (…) par votre positionnement sur le mirador du camp de concentration, vous aviez constamment la fumée du crématorium dans le nez », a déclaré le président du tribunal de Brandebourg-sur-la-Havel (Est) Udo Lechtermann.

« Toute personne voulant fuir le camp était fusillée. Ainsi, tout gardien de camp a participé activement à ces meurtres, a-t-il ajouté.

« Il y a des endroits où on ne doit pas être et des choses qu’on ne doit pas faire », a-t-il conclu.

Un homme franchit la porte du camp de la mort nazi de Sachsenhausen avec la phrase « Arbeit macht frei » (le travail rend libre) à Oranienburg, en Allemagne, lors de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, le 27 janvier 2019. (Markus Schreiber/AP)

A l’annonce de la sentence, plus importante que le minimum de trois ans de prison pour complicité de meurtres inscrit dans le droit allemand, l’accusé en chaise roulante, habillé d’une chemisette grise et d’un pantalon de pyjama, est resté stoïque.

Son avocat, Stefan Waterkamp, a dans la foulée annoncé qu’il irait en cassation, repoussant au mieux à 2023 une application de cette peine qui semble hypothétique étant donné l’état de santé fragile de M. Schütz.

Aucun regret

Jamais au cours de la trentaine d’audiences il n’aura exprimé le moindre regret.

Au contraire, lundi il a encore nié toute implication, se demandant « pourquoi il était là », et affirmé que « tout est faux » à son sujet.

Josef Schütz a avancé plusieurs récits sur son passé, parfois contradictoires.

Dernièrement, il a prétendu avoir quitté la Lituanie au début de la Seconde Guerre mondiale pour rejoindre l’Allemagne où il aurait travaillé comme ouvrier agricole durant tout le conflit.

Une version contestée par plusieurs documents historiques mentionnant notamment son nom, sa date et son lieu de naissance prouvant qu’il avait bien été affecté de fin 1942 à début 1945 à la division « Totenkopf » (Tête de mort) des Waffen-SS.

Après la guerre, il a été transféré dans un camp de prisonniers en Russie puis s’est installé dans le Brandebourg (région autour de Berlin), travaillant comme paysan puis serrurier, sans jamais être inquiété.

Les prisonniers de Sachsenhausen en 1938 (Crédit : Heinrich Hoffman Collection/Wikipedia)

« Avertissement »

« La peine correspond aux attentes des plaignants, justice a été rendue », s’est félicité l’avocat de 11 des 16 parties civiles Thomas Walther.

« Jamais je ne pourrai lui pardonner: tout être humain faisant face à des atrocités a le devoir de s’y opposer », a cependant fustigé, larmes aux yeux, Antoine Grumbach, 80 ans, dont le père, engagé dans la résistance en France, est mort à Sachsenhausen.

« Ce verdict marque un engagement pénal pour l’avenir et représente un avertissement aux auteurs de crimes de masse: quelque soit leur niveau de responsabilité, leur responsabilité juridique est engagée », a expliqué à l’AFP Guillaume Mouralis, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin.

Entre son ouverture en 1936 et sa libération par les Soviétiques le 22 avril 1945, le camp de Sachsenhausen a vu passer quelque 200 000 prisonniers, principalement des opposants politiques, des juifs et des homosexuels.

Le Crematorium de Sachsenhausen (Crédit : Sally Scott/Wikipedia)

Des dizaines de milliers d’entre eux ont péri, victimes principalement d’épuisement dû au travail forcé et aux cruelles conditions de détention.

Pourtant « simple » gardien de camp, M. Schütz a été condamné à une lourde peine comparé à d’autres décisions récentes, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de la justice allemande.

En juillet 2020, un tribunal avait infligé une peine de deux ans de prison avec sursis à un ex-gardien du camp de Stutthof, Bruno Dey, 93 ans.

Le cas le plus emblématique a été la condamnation à cinq ans de prison de l’ancien gardien du camp d’extermination de Sobibor, John Demjanjuk en 2011. Il avait fait appel et était décédé un an plus tard, sans avoir été incarcéré.

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