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Alors qu’Israël fait la Une de l’actualité, le biopic « Golda » évite toute politique

Selon la star Helen Mirren, l'ancienne Première ministre légendaire "aurait été absolument horrifiée" par la réforme de la loi et "l’arrivée de la dictature"

Helen Mirren dans le rôle de Golda Meïr dans le biopic "Golda" de HBO. (Crédit : Jasper Wolf)
Helen Mirren dans le rôle de Golda Meïr dans le biopic "Golda" de HBO. (Crédit : Jasper Wolf)

JTA – Au Festival du film de Berlin, lors de la première d’un film sur un groupe de jeunes Israéliens visitant d’anciens camps de concentration en Pologne, le producteur israélien a pris le micro après la projection pour dénoncer la situation dans son pays.

Après la projection du film HaMishlahat [La délégation], Yoav Roeh, un des producteurs a pris la parole fustigeant « le nouveau gouvernement d’extrême-droite au pouvoir [qui a] fait passer des lois fascistes et racistes ». Il parlait des députés du gouvernement israélien connus pour leur rhétorique anti-arabe et pour leurs nouvelles propositions visant à limiter le pouvoir de la Cour suprême du pays, ce qui, selon les critiques en Israël et dans le monde, porterait atteinte au caractère démocratique d’Israël.

« Israël est sur le point de se suicider après 75 ans d’existence », a ajouté Roeh.

Le lendemain avait lieu la première de Golda, un biopic très attendu sur Golda Meïr, jouée par Helen Mirren, lauréate d’un Oscar. Ce film raconte l’histoire de l’ancienne Première ministre israélienne et de ses choix pendant la Guerre de Yom Kippour en 1973.

Quelques heures plus tôt, le gouvernement israélien venait de faire un pas de plus vers le passage de ses réformes judiciaires très controversées. Lorsqu’on lui a posé des questions sur la situation politique, Helen Mirren n’a pas mâché ses mots.

« Je pense que ce serait un renversement complet et un déni de ses valeurs », a déclaré l’actrice à propos de cette réforme, que l’ONU a appelé mardi à suspendre, inquiète de ses conséquences en matière de droits humains et d’indépendance de la justice.

« C’est l’arrivée de la dictature et la dictature a toujours été l’ennemi du peuple dans le monde entier, et c’est ce que (Golda Meir) penserait », a-t-elle ajouté.

Tel était le contexte houleux lors de la première du film Golda, qui ne sortira dans les salles américaines qu’en août. Mais les spectateurs n’ont probablement rien remarqué lors de la conférence de presse organisée pour la première du film, en présence de Mirren, du réalisateur Guy Nattiv et d’autres vedettes du film. Les gros titres de la presse étaient en effet dominés par la place du film dans le débat sur le jewface, à savoir qui a le droit de jouer des personnages juifs à l’écran. Mirren n’est ni israélienne ni juive.

« Et si demain on fait un film sur Jésus-Christ, qui va le jouer ? Un juif ou un non juif ? », a ironisé Lior Ashkenazy, le général David Elazar dans le film.

Le film est centré sur le témoignage de Meïr devant la commission Agranat, qui a mené une enquête sur les événements qui ont précédé la guerre. Comme le montre le film à travers des flashbacks, Meïr semble ne pas avoir réagi assez rapidement aux renseignements du Mossad indiquant une attaque probable des forces égyptiennes et syriennes. L’armée israélienne a été surprise le jour de la fête de Kippour et a initialement perdu pied ; des milliers de soldats des deux camps ont perdu la vie. Cette guerre est considérée comme un traumatisme majeur dans l’Histoire d’Israël, le moment où la perception par l’État de sa supériorité militaire sur ses voisins arabes est brisée.

Le film donne un sentiment de claustrophobie, tourné principalement en intérieur – dans des bunkers, des chambres d’hôpital et des bureaux gouvernementaux – et offre une synthèse visuelle à la mesure de la perte que la guerre allait entraîner.

Mirren, qui a passé du temps dans un kibboutz en 1967, sur le tapis rouge du Festival du film de Berlin, le 20 février 2023. (Crédit : La Berlinale)

Bien qu’historiquement, Meïr ait été adulée comme une héroïne forte aux États-Unis et dans les communautés juives du monde entier, (elle a même inspiré des soldats non-juifs en Ukraine au début de l’invasion russe l’année dernière), son héritage est plus complexe en Israël et dans les territoires palestiniens. Outre le fait que de nombreux Juifs israéliens l’associent au traumatisme de la guerre, les Palestiniens se souviennent d’elle comme d’une ennemie invétérée.

« Ces dernières années, la perception de Meïr a évolué de manière plus favorable en Israël », a déclaré Meron Medzini, ancien attaché de presse de Meïr et l’un de ses biographes. Selon lui, les historiens ont commencé à la considérer favorablement en comparaison avec certains des dirigeants politiques qui l’ont suivie.

« À mon avis, le film [Golda] fait partie de cette tentative de réhabilitation de son nom », a-t-il déclaré à la Jewish Telegraphic Agency. « Je pense qu’elle est en train de regagner la place qui lui est due dans l’Histoire. »

« Golda » correspond au récit de Medzini qui souligne le caractère intransigeant et l’orgueil des ministres de son cabinet comme les principales raisons de la surprise d’Israël. Il souligne également le mérite de Meïr en la présentant comme celle qui a tenté de protéger ses ministres des critiques – tous des hommes – afin de protéger l’unité nationale.

Lors de la conférence de presse, Nattiv a fait un bref clin d’œil à l’héritage complexe de Meïr, et, comme Medzini, il l’a aussi comparée aux dirigeants actuels d’Israël, qu’il a critiqués brièvement.

« Golda n’est pas un personnage hyper net dans ce film », a déclaré Nattiv, qui est surtout connu comme réalisateur de « Skin », un film de 2018 sur un néo-nazi. « Elle avait ses défauts. Elle a fait des erreurs. Et elle a assumé ses responsabilités, ce que les dirigeants actuels ne font pas. »

Meïr a longtemps bénéficié d’une sorte de statut de star aux États-Unis. Peu de temps avant sa mort des suites d’un cancer, Meïr a été interviewée par Barbra Streisand en 1978 pour une émission télévisée consacrée au 30e anniversaire d’Israël.

« Elle incarne clairement l’arrière-grand-mère du peuple juif [dans l’émission] et Streisand est très révérencieuse à son égard », a déclaré Tony Shaw, professeur d’histoire à l’université de Hertfordshire et auteur de Hollywood and Israel : A History, à propos de l’interview de Streisand. « Elle apparaît comme très humble, légèrement dépassée, hors du temps. »

« Bien sûr, c’est très différent de ce que nous savons aujourd’hui de la vraie nature de Golda Meïr », a-t-il ajouté, faisant référence à son caractère fort et à son pragmatisme politique, ce que le film cherche à évoquer.

Depuis la pièce de théâtre de William Gibson intitulée « Golda », qui a été critiquée en 1977, il y a eu un certain nombre de portraits de Golda Meïr. La plus célèbre d’entre elles est la dernière prestation d’Ingrid Bergman dans « Golda Meir », un biopic télévisé de quatre heures réalisé en 1982. Cette production « correspondait tout à fait à la façon dont Hollywood traitait Israël à cette époque », a déclaré Shaw, « elle était très sympathique à l’égard de Golda Meïr, d’Israël et des problèmes que le pays a connus au cours des 30 premières années de son existence ». Plus récemment, Meïr est apparue dans le film plus ambivalent de Steven Spielberg, « Munich », en 2005, dans lequel elle participe au recrutement du protagoniste du film pour traquer les responsables des attentats des Jeux olympiques de 1972 à Munich.

La Première ministre Golda Meïr et le ministre de la Défense Moshe Dayan rencontrant des troupes sur le plateau du Golan, le 21 novembre 1973. (Crédit : Ron Frenkel/Bureau du Premier ministre)

L’œuvre de Nattiv, qui a reçu des critiques mitigées, se concentre sur la guerre telle qu’elle se reflète dans le personnage de Meïr, sans s’engager dans la politique ou l’histoire au sens large.

« Mon inspiration était ‘Das Boot’, dans la mesure où elle se retrouve dans les tranchées », a déclaré Nattiv, faisant référence au film vénéré de la Seconde Guerre mondiale de 1981 qui se déroule dans un sous-marin allemand. « Elle est très seule au milieu du chaos de la guerre, entourée de ces hommes. »

« C’est le Vietnam d’Israël », a-t-il expliqué. « C’est un regard très dur et sévère sur la guerre et chaque soldat qui est mort… Golda le prend très à cœur. »

Malgré la question du jewface, Nattiv a comparé Mirren à une sorte de « tante » qui, selon lui, avait « les couilles juives nécessaires pour interpréter Golda ». Mirren a expliqué à l’AFP qu’elle se sentait depuis longtemps liée à Israël et à Meïr, notamment après un séjour dans un kibboutz en 1967, peu après la Guerre des Six Jours, auprès d’un petit ami juif.

« C’est au kibboutz qu’elle était la plus heureuse en fait », a déclaré Mirren. « Leur idéalisme, leur rêve d’un monde parfait. J’en ai fait l’expérience, et c’était formidable. »

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