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Comment Golda Meir est devenue un symbole d’espoir pour les Ukrainiens

La quatrième Premier ministre de l'État juif, originaire de Kiev, est une icône parmi les dirigeants ukrainiens désireux de la revendiquer comme « enfant du pays»

Un officier ukrainien montrant la biographie de Golda Meir qu'il emmène avec lui au combat (Crédit : Capture d’écran/Twitter)
Un officier ukrainien montrant la biographie de Golda Meir qu'il emmène avec lui au combat (Crédit : Capture d’écran/Twitter)

JTA — La personnalité juive la plus en vue en Ukraine actuellement est le président du pays, Volodymyr Zelensky. La deuxième pourrait bien être une célèbre dirigeante juive d’un autre pays.

Golda Meir, quatrième Premier ministre d’Israël et originaire de Kiev dont la famille a fui les violences antisémites, tient une place importante depuis que la Russie a lancé sa guerre contre l’Ukraine à la fin du mois dernier. Ses propos sont apparues dans des mèmes pro-ukrainiens, ont été citées par des diplomates ukrainiens et sa biographie a même été tirée du sac à dos d’un soldat ukrainien prêt au combat.

Presque dès le début de la guerre, des mèmes reprenant une citation souvent attribuée à Meir, adaptée au conflit actuel, ont commencé à circuler sur les réseaux.

« Si la Russie dépose les armes, il n’y a plus de guerre. Si l’Ukraine dépose les armes, il n’y a plus d’Ukraine », lit-on dans un tweet largement partagé, que son auteur attribue à « un chrétien ukrainien ».

L’auteur a précisé plus tard que le commentaire provenait d’une publication sur Facebook d’un missionnaire américain qui vivait à Kiev et qui a fui vers la Hongrie pour finalement retourner aux États-Unis cette semaine.

Mais il s’agit en réalité d’une adaptation d’une citation largement attribuée à Meir, qui a dirigé Israël pendant et après la guerre du Yom Kippour en 1973, qu’Israël a remportée à grands frais des semaines après l’invasion de l’Égypte et de la Syrie, qui avaient amassé des troupes aux frontières d’Israël pendant des mois.

« Si les Arabes déposaient leurs armes aujourd’hui, il n’y aurait plus de violence. Si les Juifs déposaient leurs armes aujourd’hui, il n’y aurait plus d’Israël », dit la citation, qui a été attribuée à Meir sur des mèmes pendant plus d’une décennie. Benjamin Netanyahu, alors président du gouvernement israélien, a lui-même prononcé ces mots en 2006, dans un discours à la Knesset.

Les commentaires de Meir semblent avoir largement résonné auprès des Ukrainiens, qui se battent pour la survie de leur pays.

Lundi, après que Zelensky s’est adressé à un groupe de dirigeants juifs américains, son ambassadeur aux États-Unis a affirmé « Meir était une grande femme que j’admire ».

« Le président russe Vladimir Poutine », a déclaré Oksana Markarova, ancienne ministre des Finances d’Ukraine « veut simplement que nous cessions d’être des Ukrainiens. Il veut nous démilitariser et il veut que nous soyons neutres. Bien sûr, cela signifie que nous devons accepter de nous rendre et de mourir. Et ici, je peux [paraphraser] une grande femme que j’admire [et qui] est née à Kiev et a dirigé le brave pays d’Israël : ‘Les Russes veulent que nous mourions. Nous voulons vivre ce qui ne laisse pas beaucoup de place au compromis. ‘»

Cette paraphrase ressemble à Meir, qui a rejeté l’idée de compromis avec les voisins arabes d’Israël. « Être ou ne pas être n’est pas une question de compromis », avait-elle déclaré au New York Times en 1973. « Soit vous êtes, soit vous n’êtes pas. »

« Ce serait formidable de l’avoir maintenant à nos côtés », a déclaré Markarova au sujet de Meir. « Je pense qu’elle serait d’une aide précieuse dans ce grand combat. »

Au moins un soldat semble être d’accord. Mardi, un journaliste israélien a rencontré un soldat ukrainien qui a sorti une biographie de Meir de son sac à dos. Le soldat, qui s’est identifié comme étant Alex mais qui précise que son surnom est « Zion », a déclaré qu’il conservait la biographie – une traduction en ukrainien du livre « Golda » d’Elinor Burkett de 2009 – à côté de son appareil de vision nocturne, de son eau et de son chapeau.

« C’est mon livre préféré », a déclaré Alex. « Je l’emporte avec moi même si ce doit être ma dernière bataille. »

Le journaliste, Ron Ben-Yishai, lui a demandé pourquoi il était si fan du leader sioniste. Alex a répondu : « Parce que je suis un sioniste. » Le soldat a précisé qu’il n’est pas juif, mais qu’il est un patriote ukrainien ; « je pense que l’Ukraine doit dire merci au peuple juif ».

La vidéo – qu’un journaliste de YNet News d’Israël a publiée sur Twitter accompagnée du commentaire « Je vous jure, c’est réel » – s’arrête là.

Des soldats ukrainiens à bord d’un véhicule blindé dans les environs de Kiev, en Ukraine, le samedi 5 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Emilio Morenatti)

Mais Alex ne serait pas le premier à suggérer que lui et ses compagnons d’armes s’inspirent de l’indépendance d’Israël, ou à reconnaître les contributions juives à l’histoire et à la culture ukrainiennes.

Meir est devenue une sorte d’icône parmi les dirigeants ukrainiens qui souhaitent la revendiquer comme une « enfant du pays», selon un article de 2018 du Jerusalem Post. L’Ukraine faisait partie de l’Empire russe lorsqu’elle y vivait.

« La timide relation entre Meir et l’Ukraine était suffisante pour que l’État [ukrainien] l’accepte comme « l’une des nôtres » », a déclaré Eli Belotserkovsky, alors ambassadeur d’Israël en Ukraine. « Aujourd’hui, les relations ukraino-israéliennes sont marquées par une grande amitié et une volonté de travailler ensemble. Lorsque les dirigeants ukrainiens soulignent la contribution des Juifs ukrainiens à la création de l’État [israélien], l’un des premiers noms évoqué est celui de Meir. C’est un tournant majeur de l’histoire car l’endroit d’où la petite Meir s’est enfui l’embrasse chaleureusement, maintenant, 120 ans plus tard. »

L’Ukraine n’a pas été tout à fait tendre avec Meir, dont la famille était pauvre et malheureuse à Kiev, avant qu’elle ne s’installe aux États-Unis, dans le Wisconsin en 1906. Elle a souvent raconté le souvenir d’avoir vu son père démolir leur maison en vue d’un pogrom qui n’a finalement pas eu lieu.

Golda Meir. (Crédit : Yaakov Saar/GPO)

« J’entends le bruit de ce marteau maintenant, et je peux voir les enfants debout dans les rues, les yeux écarquillés et ne faisant pas de bruit, regardant les clous enfoncés », a écrit l’une de ses biographes, Francine Klagsbrun, en 2017, dans Lioness: Golda Meir and the Nation of Israel. Dans la biographie écrite par Burkett qu’Alex a emportée, Meir pointe un doigt accusateur en direction de la Moscou : « La Russie que je connaissais était un endroit où des hommes à cheval massacraient des Juifs. »

En Israël, Meir est passée de simple immigrée démunie à ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre, un poste historique pour une femme à l’époque. Comme Zelensky, elle est devenue célèbre pour sa façon d’exposer la situation difficile de son pays et ses voisins à ses compatriotes et au monde.

« Nous disons « paix » et l’écho revient de l’autre côté, « guerre » », a-t-elle dit un jour, selon sa nécrologie du New York Times, dans un commentaire qui ressemble à ceux des discours publics de Zelensky au sujet de la guerre qui a lieu dans son pays. « Nous ne voulons pas de guerre même lorsque nous gagnons. »

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