Ces deux maires ambitieux qui pourraient sauver Netanyahu et perdre la gauche
Est-ce qu'une candidature de Ron Huldai, de Tel Aviv, pourrait sortir le Meretz de la Knesset ? Et Haim Bibas, critique de Netanyahu, pourrait-t-il devenir sa planche de salut ?
Un sondage diffusé par la Douzième chaîne a révélé une information inquiétante pour la gauche israélienne : le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, remporterait six sièges à la Knesset en cas de scrutin.
Le sondage a par ailleurs révélé qu’il enlèverait suffisamment de votes au parti progressiste du Meretz pour placer ce dernier dans une position dangereuse – proche du seuil électoral de 3,25 % (qui correspond à quatre sièges) au-dessous duquel un parti n’intègre pas le parlement.
Huldai, 76 ans, est un ancien pilote de combat et général de brigade à la retraite. Il est maire de Tel Aviv depuis maintenant 22 ans. Il a grandi au sein des rangs du Parti travailliste et, pour un grand nombre de personnes de gauche, il représente le dernier vestige de la vieille garde travailliste en mesure de remporter des victoires électorales – même si c’est seulement dans ce dernier bastion laïc et de gauche qu’est Tel Aviv.
Il avait annoncé son intention, au mois de mai, de quitter la politique municipale et de se porter candidat au prochain scrutin national. « Ce qui arrive en Israël me terrifie. Je ne peux pas rester à ne rien faire », avait-il alors commenté.

Il a répété cette aspiration au début du mois, disant qu’il était même prêt à jouer les seconds rôles derrière un nouveau responsable de gauche si cela signifiait écarter Netanyahu du pouvoir.
« Si je dois être le numéro deux de quelqu’un qui contribuera à renverser ce gouvernement, je serai là », a-t-il déclaré.
La Douzième chaîne a ainsi inclus son nom – sous la forme d’un parti distinct – dans son sondage de dimanche, révélant qu’il viendrait menacer d’extinction la gauche sioniste actuelle, parvenant même à attirer les électeurs centristes frustrés.
Satellite
Huldai n’est pas le seul maire à envisager une candidature nationale.
C’est aussi le cas de Haim Bibas, maire de Modiin depuis douze ans et président de l’union nationale des maires, qui s’exprime également depuis des mois en tant que dirigeant d’un nouveau parti de centre-droit se concentrant sur la question sociale.

Likudnik de toute une vie, ancien chef de campagne de Netanyahu aux primaires, Bibas est toutefois un critique acerbe de la réponse gouvernementale à la pandémie depuis ces derniers mois. En tant que numéro un de l’association des maires, il a appelé plus fort que les autres à déléguer le pouvoir décisionnaire aux autorités locales.
« La deuxième vague est gérée de manière terrible », a-t-il déclaré au cours d’un entretien à la Douzième chaîne en date du 7 octobre. « Le modèle doit être différentiel [avec des niveaux de confinement différents dans les différents secteurs en fonction des taux d’infection locaux]. »
« Si vous êtes une ville ‘rouge’ [avec un taux d’infection élevé], alors vous vous placez en confinement ; si vous êtes en ‘orange’, on vous impose des restrictions ; si vous êtes en ‘jaune’, il y a moins de limitations ; et si vous êtes en ‘vert’, vous pouvez alors ouvrir les commerces, les écoles et les lieux culturels », a-t-il ajouté.
Cette critique n’est pas mineure : une personnalité majeure de la politique israélienne qui – sur le papier du moins – est un proche du Premier ministre, a déclaré aux Israéliens qu’une grande partie du confinement n’était pas nécessaire, et qu’il s’agissait d’un acte de mauvaise gestion, éloigné de la réalité du terrain.
« La dernière fois [avec la réouverture trop rapide du pays qui a suivi le premier confinement], il y avait eu des considérations d’ordre politique. J’avais mis en garde contre cela », a noté Bibas au cours de l’entretien. « La première vague a été très bien gérée, la deuxième vague de manière épouvantable. »

Bibas n’a pas a nié avoir la volonté de se présenter à un scrutin national mais il a démenti qu’il le ferait sous l’étiquette d’un nouveau parti.
« J’ai toujours été un Likudnik« , a-t-il confié aux journalistes, ce mois-ci.
Ce qui n’a pas mis un terme aux rumeurs – y-compris au sein du Likud – qu’il souhaiterait se présenter sur une liste distincte.
Et les initiés n’ont pas pu ne pas remarquer que Netanyahu avait nommé son féroce critique à un poste d’observateur au sein de la commission dite « du coronavirus » au cabinet – le jour-même de l’interview mordante accordée par Bibas, le 7 octobre.
Peut-être que cette désignation a quelque chose à voir avec la manière dont ses critiques – c’est là le point crucial – ont simultanément mis en cause Netanyahu et pris sa défense. L’interview citée ci-dessus s’était terminée par cette phrase : « Et je pense que maintenant tout cela a été compris – par le Premier ministre, par le cabinet, par tout le monde. »
Les stratèges politiques se posent donc une question simple : Bibas est-il un critique du gouvernement ou son « satellite » ?
Orbite du Likud
Le Likud est connu depuis longtemps pour avoir encouragé des partis « satellites » glanant des votes au détriment des formations du centre et de gauche – souvent en critiquant le gouvernement avant de rejoindre le Likud en tant que proche partenaire de coalition au lendemain du cycle électoral. Cette tradition avait commencé avec Ariel Sharon, qui avait formé le parti Shlomzion en 1976, avant le scrutin qui avait désigné la 9e Knesset en 1977. Sharon avait remporté deux sièges et il était entré dans le gouvernement placé sous l’autorité du Likud au poste de ministre de l’Agriculture.
Quand Avigdor Liberman, l’un des aides des plus fidèles de Netanyahu, un politique qui avait épaulé son ascension jusqu’au poste de Premier ministre lors de la première moitié des années 1990, avait fondé Yisrael Beytenu en 1999, il avait prévu d’attirer les électeurs russophones récemment arrivés dans le pays avant de fusionner la formation qui avait retenu leur attention avec le Likud.
Après que ses efforts répétés visant à fusionner sa faction avec le Likud ont été rejetés à maintes reprises au fil des années – partiellement en raison de la résistance de Netanyahu, qui redoutait qu’il entrerait au parti doté d’une base de soutien déjà solide susceptible de venir menacer son leadership –, Liberman était devenu un adversaire acharné du Premier ministre et de son parti.
Et cela avait été la même chose avec Koulanou, la formation fondée lors des élections de 2015 par l’ancien ministre du cabinet du Likud Moshe Kahlon. Koulanou a prouvé son instabilité dans les urnes – chutant de dix sièges en 2015 à quatre en 2019 – mais c’est cette faiblesse qui rendrait justement plus acceptable son absorption par le Likud.
La députée du Likud Yifat Shasha-Biton, qui est dorénavant à la tête de la commission du coronavirus à la Knesset, est encore actuellement membre de la liste du parti Koulanou au niveau technique – elle peut donc, selon son désir, rejoindre le Likud ou se retirer de sa faction à la Knesset. Ni elle, ni le Likud ne sont pressés de la faire entrer dans le parti : une telle flexibilité a quelquefois des avantages.

Shasha-Biton, elle aussi, a critiqué la prise en charge gouvernementale du virus, et quelques sondages, ces dernières semaines, ont montré qu’elle pourrait gagner jusqu’à une demi-douzaine de sièges si elle était à la tête de son propre parti satellite.
De tels sondages excitent l’imagination des planificateurs politiques du Likud, qui évoquent maintenant un parti qui réunirait Bibas et Shasha-Biton, et qui pourrait peut être intégrer la dirigeante de la faction Gesher, Orly Levy-Abekasis, qui pourrait redonner un espoir aux électeurs de centre-droit désillusionnés qui ont abandonné le Likud… Avec, en bout de course, un partenariat avec le bateau-amiral du Likud une fois que les urnes auront parlé.
Faire pencher la balance
Netanyahu n’a pas véritablement remporté les trois derniers scrutins et, en fin de compte, il ne doit son siège qu’à une promesse de partage du pouvoir qu’il n’a guère l’intention d’honorer. Et ce n’est pas un stratagème qui peut être utilisé deux fois.
Bibas dément être un « satellite » mais il doit faire face à une méfiance ancrée dans le simple fait que les sondages indiquent que la candidature d’un maire populaire de droite pourrait venir éclaircir l’horizon de Netanyahu.
Huldai, qui a confirmé de manière répétée son intention de se présenter aux élections nationales, affronte – avec une certaine ironie – l’inquiétude contraire à sa gauche. Il pourrait bien, par inadvertance, décimer le peu de ce qu’il reste de son camp politique.
Les élections israéliennes sont devenues les scrutins les plus serrés au fil des deux dernières années. La prochaine course pourrait bien dépendre des maires.
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