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Chrétiens de Haïfa : Une procession du Vendredi saint sous l’œil du Hezbollah

Sous la menace des roquettes, les fidèles du nord se sont adaptés pour un week-end de fête qu'ils sont bien décidés à célébrer malgré tout

Des chrétiens maronites assistant à une procession du Vendredi Saint, à Haïfa, le 29 mars 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)
Des chrétiens maronites assistant à une procession du Vendredi Saint, à Haïfa, le 29 mars 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Le week-end de Pâques est traditionnellement le point culminant du calendrier de la famille Da’abul. A l’occasion de cette fête chrétienne qui célèbre la résurrection de Jésus, ils se rendent normalement en voiture dans sa ville natale de Galilée, à Nazareth, se reconnectent à leurs racines maronites-catholiques et profitent des magnifiques fleurs printanières. Mais pas cette année.

La guerre contre le Hamas dans le sud, et les échauffourées avec le Hezbollah qui ont rapidement suivi dans le nord, ont contraint cette famille de quatre personnes à renoncer à son déplacement annuel de Pâques et à rester chez eux à Haïfa, où ils ont retrouvé d’autres chrétiens pour l’une des deux processions du Vendredi saint organisées dans la ville.

Très solennelles, les processions du Vendredi saint pour commémorer la crucifixion de Jésus ont fait l’objet d’une faible participation cette année en raison de la guerre et de l’humeur un peu triste des participants, qui ont parlé de leur désir de paix et ont prié pour la fin du conflit.

« C’est un triste jour pendant une période triste », explique Maya Da’abul, qui a participé à la procession maronite avec son mari Imad et leurs deux adolescents, Kamal et Larene. Tout a commencé dans la majestueuse cathédrale. En raison de la guerre et de l’humeur sombre des participants, qui ont parlé de leur désir de paix et ont prié pour la fin de la guerre. Tout a commencé dans la majestueuse cathédrale maronite Saint-Louis le Roi de Haïfa. Une plus grande procession a eu lieu autour de la cathédrale Elias du catholique Melkite, qui a une plus grande communauté mais une salle plus petite, éclairée aux chandelles.

À Jérusalem, des centaines de personnes ont également défilé, beaucoup chantant des hymnes en se frayant un chemin lentement à travers la Vieille Ville, le long de la Via Dolorosa, le chemin pavé sur lequel Jésus aurait porté sa croix jusqu’à sa crucifixion. Les touristes et les pèlerins qui assistent habituellement à la procession de Jérusalem étaient pour la plupart absents, ce qui ajoute au sentiment d’isolement que les Israéliens de toutes les confessions ressentent depuis six mois.

Lors de leur voyage de Pâques, les Daabul prient généralement à Kafr Birim, près de la frontière libanaise. C’est de Kafr Birim « que vient notre famille, avant 1948 », explique Maya en parlant de l’expulsion de la population du village par Israël pendant la guerre d’indépendance.

Maya Da’abul se tenant entre ses enfants Kamal et Larene et son mari Imad, à Haïfa, le 29 mars 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

L’expulsion de Birim, dont les résidents n’ont pas participé de manière significative aux hostilités contre les Juifs, est un épisode douloureux dans l’histoire des relations judéo-chrétiennes de l’État d’Israël. Il s’est fait sur fond de promesses que les résidents, membres du courant du catholicisme du Moyen-Orient connu sous le nom de Maronites, pourraient revenir, et les familles des déplacés font pression depuis des décennies pour être autorisées à rétablir le village.

Indépendamment de tout grief qu’ils ont contre Israël, les Daabul détestent Hassan Nasrallah, le chef du groupe terroriste chiite Hezbollah, qui a lancé des milliers de roquettes en Israël depuis le 7 octobre, qui ont tué une vingtaine de personnes, à commencer par des Israéliens arabes.

« Il nous tient en otage, c’est exaspérant », regrette Maya.

Craintes économiques et sécuritaires

Hanna Afara portant sa plus jeune fille lors de la procession du Vendredi saint de sa communauté catholique maronite, à Haïfa, le 29 mars 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Lors de la procession, Hanna Afara, un père de trois enfants lui-même âgé de 42 ans, parle de la guerre avec calme et une pointe de colère.

« Mon aîné a 9 ans, et il a peur de sortir de chez lui après avoir connu deux alertes », confie Afara, qui vit dans un immeuble ancien sans abri anti-bombe. « Nous souffrons tous en ce moment, et c’est aussi le sentiment qui prévaut lors de la procession. »

Afara et sa famille avaient prévu de rendre à Tibériade et de prier dans une église voisine, qui possède une mosaïque restaurée du Ve siècle. Mais, comme les Daabul, les Afara sont restés à Haïfa.

« Cela n’a aucun sens d’emmener toute la famille vers le nord en ce moment », explique Afara.

Des enfants palestiniens assis sur une colline à côté de tentes abritant des personnes déplacées, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 mars 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Son souci est de limiter les frais. Le déclenchement de la guerre, le 7 octobre, lorsque des terroristes du Hamas ont assassiné près de 1 200 personnes dans le sud d’Israël et fait 253 otages, a un impact sur les quatre usines dans lesquelles il travaille.

« En temps normal, nous fabriquons de la farine pour Gaza, mais maintenant il n’y a plus de commandes. Il y a donc moins de travail et on n’en voit pas la fin », ajoute-t-il.

À Jérusalem, la procession du Vendredi saint a attiré une infime partie du public habituel, qui compte normalement des milliers de pèlerins étrangers.

« Entre les fêtes de Pâques de l’année dernière et celles de cette année, c’est le jour et la nuit », confie à l’Associated Press Fayaz Dakkak, propriétaire de magasin palestinien dont la famille a ouvert le magasin en 1942. Sa boutique est vide.

Les soldats de l’armée israélienne inspectant un bâtiment touché par une roquette du Hezbollah, à Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, près de la frontière libanaise, le 27 mars 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

« D’habitude, les gens sont joyeux aujourd’hui et les enfants sont heureux », dit-il. « Mais quand on voit les enfants d’ici, qui ont de l’eau, de la nourriture et une famille, et ce qui se passe à Gaza, comment peut-on se réjouir ? »

Le ministère de la Santé dirigé par le Hamas dans la bande de Gaza affirme que quelque 32 000 personnes sont mortes à Gaza des suites de la guerre déclenchée par l’attaque terroriste dévastatrice du Hamas le 7 octobre. Ce nombre n’est pas vérifié et ne fait pas de distinction entre les civils et les agents du groupe terroriste, dont Israël dit avoir tué au moins 13 000 membres.

Dans le nord, les roquettes du Hezbollah continuent de pleuvoir. La semaine dernière, l’une des roquettes a tué un résident d’un village druze près de Kiryat Shmona.

Israël a tué plus de 200 personnes, pour la plupart des terroristes, lors de frappes de représailles au Liban. Plus de 20 000 personnes du nord d’Israël restent déplacées, même si la grande majorité des quelque 60 000 personnes évacuées de la région près de la bande de Gaza dans le sud sont rentrées chez elles.

Dans Ses Mains

À Haïfa, qui a enregistré plusieurs sirènes d’alerte depuis le 7 octobre en raison de projectiles tirés deppuis l’autre côté de la frontière, les résidents se préparent à une escalade. Beaucoup se souviennent de la deuxième guerre au Liban de 2006, lorsque le Hezbollah a tiré des centaines de roquettes sur Haïfa, tuant plusieurs personnes. Selon un scénario d’entraînement du Commandement Intérieur des forces armées israéliennes, le Hezbollah est capable de lancer 4 000 roquettes par jour à Haïfa.

Toute cette ambiance n’a pas empêché les vendeurs de s’installer le long des processions, pour vendre des jouets pour enfants – et notamment des armes en plastique. Lors de la procession catholique, un prêtre à la tête de la marche a tenté de détendre un peu l’atmosphère en pulvérisant un peu d’eau parfumée sur les enfants, ce qui les a fait rire et crier.

Dans l’agréable brise printanière provenant du port voisin de Haïfa, l’arôme du liquide parfumé aux agrumes s’est mélangé à l’encens qui s’échappe de l’encensoir d’un autre prêtre.

Des fidèles catholiques participant à la procession du Vendredi Saint, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mars 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Les processionnaires disent des prières en arabe en se frayant lentement un chemin à travers le centre-ville de Haïfa, une partie mal éclairée de la ville avec plusieurs églises et de nombreuses maisons en pierre abandonnées depuis la fuite de leurs anciens habitants arabes en 1948, au milieu de combats intenses entre les Arabes et les Juifs dans la ville. Haïfa, où vivent environ 290 000 personnes, compte environ 70 000 Arabes, répartis également entre les musulmans et les chrétiens.

Juste derrière les prêtres, un groupe d’hommes porte un crucifix en bois géant, qu’ils abaissent régulièrement pour ne pas toucher les lignes électriques ou les feux de circulation en surplomb.

« C’est Pâques : nous célébrons le pouvoir absolu de Dieu sur la vie, la mort et tout ce que nous en savons », résume Adel Antoine, mécanicien du quartier de Wadi Nisnas à Haïfa, allusion au fait que la fête célèbre la résurrection de Jésus-Christ le troisième jour après sa Crucifixion. « Il serait donc peu logique de craindre quoi que ce soit. Nous sommes entre ses mains, et c’est très bien comme ça. »

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