Comment la délégation cubaine aux Maccabiades a (difficilement) pu se rendre en Israël
Les athlètes représentant leur pays aux "JO juifs" ont dû faire face à des difficultés pour quitter leur île en proie à des troubles et aux perturbations du trafic aérien au Moyen-Orient
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JTA — Il y a trois décennies, Hella Eskenazi avait quitté son domicile, à Cuba, pour faire le voyage jusqu’en Israël où elle devait participer aux Maccabiades. Et le même périple n’a pas été tellement plus facile aujourd’hui, raconte-t-elle.
Cette année, elle a été accompagnée de dizaines d’athlètes qui ont dû traverser cinq pays, parfois en plus de quatre jours, pour se rendre dans l’État juif. Des difficultés de déplacement qui résultent à la fois des perturbations affectant les voyages vers Israël en général et des complications particulières entraînées par le simple fait de parvenir à quitter leur île communiste des Caraïbes.
La première fois qu’Eskenazi a effectué ce voyage, c’était en 1997. Elle était alors membre de l’équipe nationale cubaine de karaté et, se souvient-elle, la seule représentante de son pays à cette compétition sportive surnommée les « Jeux olympiques juifs ». Cette année-là, les Jeux avaient été assombris par l’effondrement d’une passerelle piétonne sur la rivière Yarkon, à Tel Aviv, une tragédie qui avait coûté la vie à quatre membres de la délégation australienne. Soixante ressortissants australiens venus fêter le sport avaient été blessés.
Aujourd’hui âgée de 56 ans, Eskenazi est à la fois athlète et vice-présidente du Patronato de la Casa de la Comunidad Hebrea de Cuba, la principale synagogue de la communauté juive de son pays. Ancienne directrice d’une école hébraïque, elle s’implique dans les programmes Maccabi à Cuba depuis 2013, année où le pays a envoyé pour la première fois une délégation au complet.
Pour les Maccabiades de cet été, Cuba compte 52 athlètes, dont beaucoup vivent déjà en Israël après avoir fait leur alyah. Mais pour les 29 membres de la délégation qui ont fait le voyage depuis La Havane, le périple a été tout sauf facile.
Et cela aurait été le cas même si Air France n’avait pas annulé leurs vols à mi-parcours de leur voyage, en raison du conflit en Iran.
Ce n’est pas chose aisée de quitter Cuba en raison de divers facteurs politiques et économiques, comme l’explique Eskenazi. Les athlètes ont dû obtenir plusieurs visas pour transiter par l’Europe et se rendre en Israël, car Cuba ne dispose pas d’une compagnie aérienne nationale offrant les mêmes capacités internationales que les géants du transport aérien, comme Air France ou Turkish Airlines.
Et dans la mesure où les approvisionnements en carburant, à Cuba, sont bien inférieurs à ceux de la plupart des pays du monde, Air France ne propose pas de vols au départ de Cuba. Les voyageurs ont donc dû d’abord se rendre au Panama, direction Paris.
Eskenazi raconte que le plan initial prévoyait qu’une partie de la délégation prenne l’avion de La Havane jusqu’au Panama, puis fasse une escale à Paris pour arriver à Tel Aviv.
Mais lorsque Air France a annulé tous ses vols vers Tel Aviv, il a fallu changer de stratégie, ce qui a été compliqué en raison des visas de voyage restrictifs des membres de la délégation.
Une partie de la délégation a pris l’avion depuis Paris à destination de l’Autriche, tandis que d’autres ont transité par Abou Dhabi, où, selon Eskenazi, les Cubains n’ont pas besoin de visa. Chaque groupe a dû effectuer des escales de 12 à 15 heures, ce qui a porté la durée totale du voyage de Cuba jusqu’à Israël à quatre ou cinq jours.
Les choses se sont mieux passées pour Hella Eskenazi, qui disposait d’un visa lui permettant de transiter par les États-Unis. Elle a pris l’avion de La Havane à Miami. Elle a ensuite pris un vol pour New York, puis pour Tel Aviv. Elle a toutefois dû effectuer une escale de 18 heures à New York.
Eskenazi confie que son groupe n’aurait jamais pu se rendre en Israël sans l’aide de la Maccabi World Union, l’association sportive omnisports juive internationale qui organise les Maccabiades et soutient les délégations locales.
« Nous sommes ici grâce à la Maccabi World Union », indique-t-elle lors d’un entretien téléphonique depuis Israël.
« La Maccabi World Union a beaucoup fait pour Cuba et pour permettre à la communauté juive cubaine de participer à ces Maccabiades. »
Ainsi, lorsque la délégation cubaine est enfin arrivée à Tel Aviv, le moment a été riche de sens.
« Cela a été très émouvant pour nous, car à Cuba, nous traversons actuellement de nombreuses difficultés », confie Eskenazi.
« Et arriver ici, avoir de l’électricité, de quoi manger, être en sécurité, retrouver nos amis, faire du sport, partager ces moments avec des gens venus du monde entier, tout cela a été très émouvant pour nous. »
Sur le plan sportif, ce voyage a également été une réussite.
Cuba a remporté plusieurs médailles dans diverses disciplines : softball, futsal, basket-ball, etc. Eskenazi n’est pas en reste puisqu’elle a remporté une médaille d’argent au mile et une de bronze au 5 km dans la catégorie des 55-59 ans.
Eskenazi fait toutefois remarquer qu’au-delà de la performance sportive, l’expérience a été singulière pour ses athlètes, qui viennent d’un pays où la communauté juive est relativement aisée mais peu nombreuse, et qui se sont retrouvés ici entourés de Juifs venus du monde entier.
« C’est très important, imaginez seulement pouvoir échanger avec des gens venus des Pays-Bas, de France, des États-Unis », s’exclame-t-elle.
« Nous avons rencontré des gens originaires d’Ukraine, d’Argentine, du Mexique, de différentes régions du monde. C’était très, très émouvant. »
« Nous sommes heureux d’être ici, car nous aimons partager le mode de vie israélien », ajoute Eskenazi.
« Pour nous, c’est très intéressant, et nous aimons Israël. N’oubliez pas que nous sommes juifs et que les Israéliens sont accueillants. C’est un pays très spécial. Quand on voit des gens porter une kippa, des tefillin ou un tallit dans la rue, c’est comme si on se trouvait à l’intérieur d’une synagogue, une grande synagogue. C’est incroyable d’être ici. »
Et une fois les Maccabiades terminées, ce sera directement le retour en avion. En espérant qu’il y aura moins d’escales cette fois-ci.
Eskenazi explique que sa délégation va à nouveau se diviser en petits groupes : certains rentreront via Paris et le Panama, tandis que d’autres passeront par Madrid pour se rendre directement à La Havane.
Au-delà des questions logistiques et des retards de voyage, Eskenazi dit qu’Israël est un endroit spécial.
« Quand je me rends en Israël, j’ai l’impression d’être à Cuba, dans mon pays », confie-t-elle.
« J’ai le sentiment que c’est aussi chez moi. »
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