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D’anciens élèves de Morehouse critiquent Biden pour son soutien à Israël

Des diplômés du Morehouse College, très fréquenté par la communauté afro-américaine, ont demandé l’annulation de la venue du président, l'accusant de "complicité de génocide"

Le président américain Joe Biden fait un signe en traversant la pelouse sud de la Maison-Blanche à Washington, le 23 avril 2024. (AP Photo/Susan Walsh)
Le président américain Joe Biden fait un signe en traversant la pelouse sud de la Maison-Blanche à Washington, le 23 avril 2024. (AP Photo/Susan Walsh)

ATLANTA — Le président américain Joe Biden prononcera le discours de remise des diplômes au Morehouse College, en Géorgie, l’un des campus de la communauté afro-américaine les plus importants du pays, ce qui pourrait l’exposer à des manifestations peu plaisantes alors qu’il fait campagne contre l’ancien président Trump pour les prochaines élections.

La Maison Blanche a confirmé mardi que M. Biden prendrait la parole le 19 mai prochain à l’alma mater de l’icône des droits civiques – Martin Luther King Jr. -, avant de donner un discours aux diplômés de l’Académie militaire américaine de West Point, le 25 mai.

L’annonce de sa venue à Morehouse a suscité de vives réactions au sein du corps professoral et des soutiens de l’établissement qui critiquent le soutien de Biden à Israël dans sa guerre contre le Hamas. Cela pourrait mettre la Maison Blanche et l’équipe de campagne de Biden dans une position difficile au moment où le président tente de consolider la coalition très disparate sur le plan ethnique qui l’a amené au Bureau ovale.

Mardi après-midi, d’anciens élèves de Morehouse ont fait circuler une lettre en ligne condamnant l’invitation de Biden et tentant de faire pression sur le président de Morehouse, David Thomas, pour qu’il l’annule.

Selon la lettre, obtenue par l’Associated Press, l’attitude de Biden envers Israël est constitutive de complicité dans le « génocide à Gaza » et va à l’encontre du pacifisme promu par King lors de son opposition à la guerre du Vietnam.

« En invitant le président Biden sur le campus, l’université fait passer le cruel message que la complicité de génocide n’a pas à être sanctionnée par l’institution-même qui a produit l’un des plus grands défenseurs de la non-violence du XXe siècle », indique la lettre, rappelant les mots de King : « La guerre est un enfer qui frappe » l’humanité dans son ensemble. « Si l’université entend ne pas se montrer à la hauteur de cette noble tradition de justice en annulant son invitation du président Biden, alors il lui faudra reconsidérer son attachement au Dr King. »

Le président américain Joe Biden s’exprime dans l’enceinte du Morehouse College et de l’université Clark d’Atlanta, le 11 janvier 2022, à Atlanta. (Crédit : AP Photo/Patrick Semansky)

En fin de semaine dernière, avant que l’université et la Maison Blanche n’annoncent officiellement la nouvelle de la venue du président, le doyen de Morehouse, Kendrick Brown, l’adjoint de Thomas, a envoyé un courriel à tous les professeurs pour prendre acte des inquiétudes suscitées par les
« rumeurs » et rappeler que l’invitation avait été adressée à Biden en septembre dernier. C’était avant que le Hamas ne mène l’attaque terroriste sanglante contre Israël le 7 octobre, qui a ouvert la guerre qui se déroule en ce moment. L’e-mail de Brown ne fait aucune référence au conflit au Moyen-Orient.

Brown a invité les professeurs à un forum en ligne, prévu ce jeudi après-midi, pour discuter de la question. Mais, a-t-il ajouté : « Sachez avant cette conversation que l’Université n’a pas l’intention d’annuler son invitation. »

Les responsables de Morehouse n’ont pas répondu à la demande de commentaires de l’Associated Press.

Mardi, Thomas a publié une déclaration dans BET.com qui, comme la lettre du vice-recteur exécutif de la faculté, rappelle que c’est en septembre qu’a été adressée l’invitation. Il y ajoute que les autorités de Morehouse
« attendent avec impatience » la visite du président, qualifiée d’
« hommage à l’action et influence durables de notre institution, ainsi qu’à notre engagement permanent pour l’excellence, le progrès et le changement positif ».

Le révérend Stephen Green, pasteur de l’église St. Luke AME à Harlem et auteur de la lettre des anciens élèves, a déclaré dans une interview que son groupe avait contacté plusieurs administrateurs de Morehouse et espérait pouvoir s’entretenir avec Thomas. Diplômé en 2014, Green explique que cette action relève d’une « tradition de protestations et d’activisme propre à Morehouse » dans les champs social et politique.

« Nous espérons faire passer un message fort, reflet de notre attachement aux valeurs qui nous ont été enseignées », ajoute Green, qui aimerait que Biden se positionne résolument en faveur d’un État palestinien et du retrait israélien de Gaza.

Au-delà de la seule question du mécontentement envers Israël, les sondages estiment que Biden pourrait avoir du travail pour s’attirer les suffrages de la communauté afro-américaine. Selon un sondage AP-NORC réalisé en mars dernier, plus de la moitié des adultes de cette communauté approuvent son action en tant que président, soit une baisse significative par rapport à l’époque où il a pris ses fonctions, avec 94% d’opinions positives.

Cette année, Biden est dans l’oeil de mire des progressistes qui estiment qu’il aide beaucoup trop Israël. La question s’avère des plus épineuses pour le président. Il est, depuis longtemps, fidèle à la politique étrangère américaine qui a fait d’Israël un allié incontournable au Moyen-Orient. Pour autant, il n’a pas hésité à critiquer le Premier ministre Benjamin Netanyahu en raison du bilan humain à Gaza et lui a dit que l’aide américaine dépendrait à l’avenir des mesures prises par Israël pour protéger les civils.

Illustration – Des manifestants bloquent Pennsylvania Avenue, sur laquelle se trouve la Maison Blanche, lors d’une manifestation pro-palestinienne près du Capitole des États-Unis, en préparation du discours sur l’état de l’Union du président Joe Biden lors d’une session conjointe du Congrès, le 7 mars 2024, à Washington (AP Photo/Luis M. Alvarez)

Biden fait face à des critiques virulentes à sa gauche comme à sa droite, à un moment où il dispose finalement d’une faible marge d’erreur dans des États cruciaux, comme la Géorgie, qui vont sans doute décider de l’issue de la confrontation avec Trump.

Le discours de Biden à Morehouse sera la deuxième prise de parole consécutive du président dans une université afro-américaine. En 2023, il a en effet prononcé le discours de remise des diplômes à l’Université Howard. Cet établissement de Washington, DC est l’alma mater de la vice-présidente Kamala Harris, première femme afro-américaine à un tel poste.

Université privée masculine rattachée au centre universitaire d’Atlanta, Morehouse est également l’alma mater du sénateur Démocrate Raphael Warnock, tout premier sénateur afro-américain de Géorgie. Également pasteur de l’église baptiste King’s Ebenezer à Atlanta, il souhaite éviter tout éclat sur le campus.

« Je suis positivement ravi et honoré que le président Biden vienne rendre visite à notre grand État », a déclaré le Sénateur par voie de communiqué.
« Je sais que le président saura trouver les mots et délivrer un message poignant, tourné vers l’avenir pour les hommes de Morehouse. »

La polémique risque bien d’éclipser les priorités politiques que Biden et les Démocrates mettent en avant depuis maintenant des mois sur les campus de HBCU partout dans le pays. Harris elle-même et d’autres membres du gouvernement ont pris la parole dans plusieurs campus. Figurent notamment parmi leurs priorités politiques l’augmentation de l’aide financière fédérale aux HBCU, l’annulation, à hauteur de 10 000 dollars individuellement, des emprunts contractés par les étudiants, le relèvement des bourses Pell pour les étudiants à faible revenu, les investissements dans le secteur de l’énergie pour lutter contre la crise climatique et enfin le soutien des Démocrates au droit à l’avortement et à la dépénalisation de la possession de marijuana.

Warnock a réagi à la nouvelle de l’invitation de Biden en rappelant son travail avec le président « pour s’attaquer au problème de la cherté des études supérieures ».

Les étudiants afro-américains, victimes d’importants écarts de revenu et de richesse, dépendent grandement des bourses Pell, qui ne couvrent qu’une partie des dépenses universitaires, et des prêts étudiants. Selon les chiffres de la Réserve fédérale, 1 ménage afro-américain sur 3 est grevé par une dette étudiante, contre 1 ménage blanc sur cinq. L’emprunteur afro-américain moyen a 10 000 $ de dette de plus que l’emprunteur blanc moyen. Les statistiques fédérales montrent encore que près de 60 % des étudiants afro-américains de premier cycle bénéficient de bourses Pell, contre 40 % environ de la population totale de premier cycle et un tiers des étudiants blancs.

En 2020, Biden a remporté les élections en Géorgie avec moins de 12 000 voix d’avance sur Trump, sur 5 millions de votants. Le vivier combiné de Morehouse et des établissements proches, qui composent le centre universitaire d’Atlanta, est d’environ 9 000 étudiants. La marge de Biden dans le Wisconsin était de moins de 21 000 voix. Le président disposait de marges plus confortables dans le Michigan et en Pennsylvanie, mais il ne peut pas se permettre de perdre le soutien des Afro-américains dans les régions métropolitaines de Detroit et de Philadelphie.

Parmi les États remportés par Trump, Biden s’est donné pour cible la Caroline du Nord, qui compte une importante population étudiante afro-américaine. La marge de Trump était d’environ 75 000 voix.

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