Décès d’Henry Wermuth, le survivant de la Shoah qui avait tenté de tuer Hitler
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Décès d’Henry Wermuth, le survivant de la Shoah qui avait tenté de tuer Hitler

Henry Wermuth était âgé de 97 ans, il est décédé à la suite d'une défaillance de ses organes survenue le 19 mai

Henry Wermuth (Capture d'écran: YouTube/USC Shoah Foundation)
Henry Wermuth (Capture d'écran: YouTube/USC Shoah Foundation)

Un survivant de la Shoah, qui avait autrefois tenté une mission solo pour tuer le dictateur de l’Allemagne nazie Adolf Hitler en faisant dérailler son train, est décédé à Londres.

Henry Wermuth était âgé de 97 ans. Il est décédé à la suite d’une défaillance de ses organes survenue le 19 mai, a rapporté le Times of London dans sa nécrologie. Il s’était récemment remis de ce que l’on avait pensé être une infection au COVID-19. Il laisse derrière lui sa femme Ilana, qu’il a rencontrée après la guerre, et leurs deux filles.

Wermuth était le seul survivant de toute sa famille. Il s’est finalement installé à Londres, où il a développé une activité à succès dans l’immobilier. Il était aussi un éducateur de la Shoah, racontant ses histoires à travers le Royaume-Uni.

Il a écrit ses mémoires pendant les années 1980, mais aussi quatre oeuvres de fiction.

Benito Mussollini et Adolf Hitler (Crédit : CC-BY-SA-3.0-de)

Pourtant, l’épisode le plus célèbre de Wermuth reste sa tentative d’assassinat d’Hitler, pour laquelle il a reçu une médaille de la part du gouvernement allemand quelques décennies après la fin de la guerre.

Âgé de 19 ans, Wermuth était prisonnier dans un camp de travail en Pologne quand il a décidé de changer le cours de l’histoire, a déclaré Ilana Metzger, la fille aînée du survivant de la Shoah, au Daily Mail.

A l’époque, Wermuth était prisonnier, avec son père, dans l’usine de munition de Klaj en Pologne après avoir été déporté depuis Francfort et séparé de sa mère et de sa soeur. La sécurité n’était pas aussi stricte que dans les camps de concentration et il a réussi à se lier d’amitié avec un soldat allemand mécontent de son service, a raconté Metzger.

Un jour, le soldat lui a confié qu’Hitler devait passer à travers le petit village polonais dans un train à destination du front russe, où il devait rendre visite aux soldats allemands après leurs terribles pertes lors de la bataille de Stalingrad.

Henry Wermuth. (Crédit : Journée mémorielle de la Shoah)

Incapable de dormir la veille du passage d’Hitler, Wermuth a profité de la sécurité réduite pour sortir du camp et fuir dans le bois. Il est arrivé jusqu’à la ligne de chemin de fer et a posé des rondins et des pierres, en espérant que cela puisse faire dérailler le train.

Le lendemain, Wermuth s’est approché autant qu’il le pouvait de la gare et il a réussi à apercevoir Hitler.

Le jeune résistant en herbe a attendu avec anxiété que le train ait parcouru 2 kilomètres vers l’endroit où il avait improvisé son obstacle, en espérant entendre le bruit d’un déraillement, mais cela ne s’est jamais produit. Dévasté, Wermuth est retourné au camp par crainte d’être pris et de connaître un destin plus terrible encore; il n’a jamais su pourquoi sa tentative d’assassinat avait échoué.

« Un train est passé avec trois wagons, et il y avait à la fenêtre un homme que j’ai reconnu par sa moustache comme étant Hitler, a-t-il déclaré au Jewish Chronicle en 2013. Je suis resté là, comme subjugué, à attendre le déraillement, mais il n’a jamais eu lieu. Un fermier local ou des gardes en patrouille ont dû retirer les rondins ».

Alors que Wermuth n’a pas réussi à changer le cours de l’Histoire, il a réussi à survivre à huit camps tout au long de la guerre, dont Auschwitz. Il a même survécu à une tentative d’assassinat à l’arme à feu par le tristement célèbre commandant du camp Amon Goeth à Krakow-Plaszow.

Wermuth s’était arrêté pour prévenir deux prisonniers d’arrêter de parler, mais Goeth, qui passait par là, les a vus et leur a tiré dessus, trois fois, tuant un homme à sa droite et un autre à sa gauche. Goeth a manqué Wermuth de peu alors qu’il tentait d’attraper l’un des hommes qui tombait et de couvrir sa blessure. Il aurait pu être abattu, si les éclaboussures de sang n’avaient pas donné l’impression qu’il avait été touché, selon Metzger.

Quand les Américains ont libéré le camp de concentration de Mauthausen, où il était détenu, en mai 1945, Wermuth pesait seulement 33 kg et il avait contracté la tuberculose. Son père était mort d’une blessure infligée par un garde nazi seulement huit jours avant la libération du camp. Il n’a jamais su ce qui était arrivé à sa mère et sa soeur.

Il estimait bizarre le fait d’avoir reçu une médaille pour sa tentative d’assassinat. Il avait dit à sa fille qu' »à l’époque, ils m’auraient abattu sur le champ – maintenant ils disent que je suis un héros. C’est amusant comme le temps change les choses ».

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