Dennis Ross : Trump va probablement ressusciter l’accord Bush-Sharon sur les implantations
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Dennis Ross : Trump va probablement ressusciter l’accord Bush-Sharon sur les implantations

Le négociateur de paix affirme qu’un retour au plan de Bush serait une réussite pour Netanyahu et ferait baisser la pression exercée par la droite israélienne

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Dennis Ross à la conférence Zionism 3.0 à Palo Alto, Californie, le 18 septembre 2016. (Crédit : Michelle Shabtai)
Dennis Ross à la conférence Zionism 3.0 à Palo Alto, Californie, le 18 septembre 2016. (Crédit : Michelle Shabtai)

WASHINGTON – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump retourneront probablement sur les termes de l’accord conclu entre les prédécesseurs respectifs Ariel Sharon et George W. Bush, selon le négociateur de paix Dennis Ross.

En 2004, Bush avait adressé une lettre au Premier ministre israélien, reconnaissant l’existence d’importants blocs d’implantations israéliennes en Cisjordanie, et avait affirmé qu’il serait « irréaliste de s’attendre à ce que les pourparlers se terminent par un retour absolu aux lignes d’armistice de 1949 ».

Mais il avait également souligné qu’un accord permanent ne sera « obtenu que sur la base de changements qui seront décidés conjointement et qui seront le reflet d’une nouvelle réalité sur le terrain ».

Dans un entretien avec des journalistes lundi, organisé par The Israel Project, Ross a déclaré que les informations provenant de la Maison Blanche suggèrent que la rencontre de ce mercredi entre Trump et Netanyahu conduira probablement à un retour à ce plan de route.

« Je pense que nous verrons un accord, ainsi qu’une éventuelle résurrection des échanges de courrier entre Bush et Sharon », a-t-il dit.

Un communiqué diffusé par la Maison Blanche au début du mois affirmait qu’elle n’estimait pas que « l’existence des implantations est un obstacle à la paix, la construction de nouvelles implantations ou l’expansion de celles existantes au-delà de leurs frontières actuelles pourrait ne pas aider à atteindre cet objectif ».

Cette affirmation s’apparente à la position adoptée par l’administration Bush, abandonnée par le président Barack Obama, qui considérait que toutes les constructions israéliennes au-delà de la Ligne verte constituaient un obstacle à la paix.

Le président américain George W.Bush et le Premier ministre Ariel Sharon, à la Maison Blanche, en avril 2004. (Crédit : Maison Blanche/Wikimedia Commons)
Le président américain George W.Bush et le Premier ministre Ariel Sharon, à la Maison Blanche, en avril 2004. (Crédit : Maison Blanche/Wikimedia Commons)

Ross a affirmé qu’un tel retour au plan de route de Bush aurait « des répercussions considérables, à la fois parce qu’il reconnait les blocs d’implantations, décrits dans la lettre comme des centres densément peuplés, mais également parce qu’il y est clairement établi qu’aucun accord de paix ne pourra se solder par un retour aux frontières de 1949, ou à ses équivalentes du 4 juin 1967 ».

L'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s'être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Nations unies)
L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s’être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Nations unies)

Une telle position de la part de l’administration Trump aurait d’autres implications à cause du veto de l’administration Obama au vote du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui a qualifié les implantations d’illégales, et qui demandait un arrêt complet des constructions en Cisjordanie et à Jérusalem Est, des régions acquises par Israël durant la guerre des Six jours en 1967.

« C’est une déclaration importante qui est sur le point d’être rétablie, parce que si vous regardez la Résolution 2334 du Conseil de Sécurité… elle définit le 4 juin 1967 comme une position par défaut », a expliqué Ross, qui a travaillé pour des administrations républicaines et démocrates, la dernière en date étant celle du premier mandat d’Obama.

« C’est pour cela que je pense qu’il est important, pour Israël, de ressusciter cette lettre Bush-Sharon, mais elle aura des répercussions en termes de limitation sur l’activité dans les implantations, elle permet de construire davantage dans les blocs, mais pas en dehors desdits blocs. »

Rendre cette information publique serait une bonne chose pour Netanyahu, selon Ross. En effet le Premier ministre israélien fait face à une très forte pression exercée par les membres de sa coalition depuis l’élection de Trump, pour faire progresser et approuver davantage de projets dans les implantations.

« Ce qui est ironique, c’est que cela soulagera le Premier ministre de la pression du parti Habayit Hayehudi et de certains autres au sein de son propre parti », a-t-il dit. « Je pense qu’il verra cette résurrection de la lettre Bush-Sharon comme une réussite, et je pense qu’il y a des chances que cela se produise. »

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Trump avait, durant sa campagne, fait comprendre qu’il laisserait carte blanche à Israël en ce qui concerne les implantations, mais il a récemment revu sa copie.

Dans une interview accordée la semaine dernière à Israel Hayom, un journal pro-Netanyahu appartenant à Adelson, Trump a été très critique de l’impact des implantations sur les négociations de paix.

Il avait affirmé : « à chaque fois que vous prenez de la terre pour les implantations, il y a moins de terre. Mais nous étudions la question, et nous envisageons d’autres options. Mais non, je ne suis pas le genre de personne qui pense que poursuivre ces implantations soit favorable à la paix. »

Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump, pendant une réunion avec des dirigeants d'entreprises à la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump, pendant une réunion avec des dirigeants d’entreprises à la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

En ce qui concerne le rôle de Kushner en tant que diplomate, Ross a soutenu qu’il était impératif que les chefs d’États du Moyen-Orient sachent qu’il peut réellement parler au nom du président.

« Ce que je peux vous dire, ce que l’autorité compte. Les gens dans la région, ils peuvent sentir quand les négociateurs n’ont rien dans le ventre. Et je pense qu’avoir ce pouvoir joue beaucoup », a-t-il ajouté.

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