Des chefs d’ONG juives auraient demandé à Hochul de faire libérer un juif hassidique pédophile
Des rabbins de communautés haredim auraient demandé la commutation de la peine de Nechemya Weberman, jugée disproportionnée. L'homme purge une peine pour abus sexuels sur une mineure
Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — Selon des documents de procédure révélés ce mois-ci, des chefs d’organisations juives new-yorkaises auraient lancé un appel au gouverneur pour faire libérer un conseiller communautaire hassidique emprisonné pour abus sexuels, au motif que sa peine serait disproportionnée.
En 2013, Nechemya Weberman, 67 ans, conseiller religieux non agréé du mouvement hassidique Satmar, a été condamné à 103 ans de prison, dans ce qui constitue une affaire majeure au sein de la communauté juive de New York.
Il a été condamné pour 59 chefs d’accusation, à commencer par des abus sexuels répétés sur mineur et la mise en danger du bien-être d’un mineur.
En 2013, sa peine a été réduite à 50 ans. Il est incarcéré dans la prison de Shawangunk, dans le nord de l’État de New York.
L’affaire a de nouveau fait les gros titres, ce mois-ci, lorsque le procureur de Brooklyn, Eric Gonzalez, a donné son accord au principe d’une commutation de sa peine.
Weberman devrait comparaître au tribunal le mois prochain.
Selon les documents de procédure obtenus par The Times of Israel, en décembre dernier, plusieurs chefs d’organisations juives ont adressé une lettre à la gouverneure de New York, Kathy Hochul, pour demander une commutation de la peine de Weberman et sa libération immédiate. La lettre, jusque-là non publiée, a été portée à la connaissance du tribunal en appui à la demande de commutation de la peine en juin dernier, accompagnée de lettres de proches et amis de Weberman.
Dans cette lettre, on peut lire que la peine de Weberman est « très excessive », qu’il n’a commis aucune infraction durant ses 12 premières années de prison et que sa peine est « bien plus sévère que celle d’autres coupables de crimes semblables ».
« Nous condamnons fermement la nature de ce crime mais pensons que la peine excessive de M. Weberman lui a été infligée pour servir d’exemple envers la communauté juive orthodoxe », peut-on lire dans cette lettre. « Il est injuste de faire de lui un bouc émissaire au seul motif qu’il est Juif orthodoxe. »
Cette lettre est signée de 13 rabbins bien connus, représentatifs de divers courants hassidiques de New York, et d’un membre de l’Université Yeshiva. L’université n’a pas souhaité faire de commentaire.
Dans cette même lettre, on peut lire que l’état de santé de Weberman fait de sa condamnation une peine à perpétuité. Un médecin a remis une lettre attestant de la « détérioration de l’état de santé » de Weberman.
Selon la constitution de l’État de New York, le gouverneur est habilité à commuer les peines de prison.
En 2021 déjà, Gonzalez avait demandé au gouverneur de l’époque, Andrew Cuomo, de commuer la peine de Weberman, estimant que Weberman faisait l’objet « d’une sanction d’une extrême sévèrité », apprend-on dans les documents de procédure.
Ni Cuomo ni Hochul n’ont officiellement réagi à la nouvelle.
Mardi, les services du procureur de Brooklyn ont indiqué : « Cette affaire est abominable mais le souci d’équité nous oblige à examiner de manière critique des peines comme celle-ci, qui dépassent de loin celle des autres condamnés pour les mêmes crimes. »
« Nos services maintiennent cette condamnation, qu’ils jugent appropriée aux circonstances, avec une peine — quatre fois plus longue que celle des autres personnes condamnées pour ce crime — destinée à donner l’exemple en des circonstances politiques chargées », a déclaré un porte-parole, confirmant que les services avaient donné leur accord à l’examen d’une commutation de la peine.
Weberman purge une peine de prison pour avoir abusé à plusieurs reprises, et pendant des années, d’une adolescente adressée à lui pour un suivi psychologique.
Le mari de la victime a déclaré cette semaine à The City que son épouse et lui-même étaient très surpris de l’accord de Gonzalez au principe d’une commutation, à laquelle ils s’opposaient et envisageaient de parler au juge, persuadés que Weberman restait dangereux.







