Dirigeants juifs : La réunion avec Corbyn a été une « occasion manquée décevante »
Rechercher

Dirigeants juifs : La réunion avec Corbyn a été une « occasion manquée décevante »

Le dirigeant travailliste affirme que les pourparlers ont été "positifs et constructifs", mais pas le Conseil des députés des Juifs britanniques

Le chef du Parti travailliste de l'opposition britannique Jeremy Corbyn prend la parole lors de la commémoration du 25e anniversaire du meurtre de Stephen Lawrence à Trafalgar Square à Londres, le 23 avril 2018. (AFP PHOTO / POOL / Victoria Jones)
Le chef du Parti travailliste de l'opposition britannique Jeremy Corbyn prend la parole lors de la commémoration du 25e anniversaire du meurtre de Stephen Lawrence à Trafalgar Square à Londres, le 23 avril 2018. (AFP PHOTO / POOL / Victoria Jones)

Les dirigeants juifs britanniques ont exprimé leur déception après avoir rencontré le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn mardi soir pour discuter de son incapacité à éradiquer l’antisémitisme au sein de son parti.

M. Corbyn a toutefois qualifié la réunion de « positive et constructive » et s’est engagé à prendre d’autres mesures pour combattre le phénomène.

Le Conseil des députés des Juifs britanniques (Board of Deputies of British Jews), principale organisation représentative des juifs britanniques, et le Jewish Leadership Council ont écrit dans un communiqué après la réunion que, tout en se félicitant de l’implication personnelle de Corbyn dans la discussion, il n’a pas étayé ses déclarations par des actes.

« Notre rencontre avec Jeremy Corbyn aujourd’hui a été une occasion manquée décevante concernant le problème de l’antisémitisme au sein du parti travailliste », ont déclaré les dirigeants juifs du Royaume-Uni dans un communiqué.

Corbyn, chef du principal parti d’opposition britannique, « n’a accepté aucune des actions concrètes que nous lui avons demandées dans notre lettre du 28 mars », ont-ils dit, ajoutant que les « propositions du chef travailliste n’étaient pas à la hauteur du niveau minimum d’action » qu’on attendait de lui.

Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)

« Notre seul objectif lors de cette réunion était de rétablir la confiance avec M. Corbyn, mais cela ne sera possible que lorsque lui et le parti transformeront leurs nombreuses paroles fortes contre l’antisémitisme en actions tout aussi fortes, afin de provoquer un profond changement culturel dans l’attitude de ses partisans envers les Juifs », ont-ils précisé.

Le mois dernier, les dirigeants juifs ont envoyé une lettre à M. Corbyn décrivant les six mesures que lui et son parti pourraient prendre pour lutter contre l’antisémitisme. Ils ont écrit que ces étapes représentaient le « niveau d’action minimum auquel la communauté s’attendait après plus de deux ans d’inactivité ».

Les six domaines d’action qu’ils exigeaient étaient : « Qu’il devrait y avoir un calendrier fixe pour traiter les cas d’antisémitisme ; qu’ils devraient accélérer le traitement des cas de longue date impliquant Ken Livingstone et Jackie Walker ; qu’aucun député ne devrait partager une tribune avec quelqu’un expulsé ou suspendu pour antisémitisme ; qu’ils adoptent la définition complète de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) avec tous ses exemples et clauses ; qu’il devrait y avoir une surveillance transparente de leur processus disciplinaire ».

Ils ont indiqué que Corbyn n’a accepté aucune de leurs propositions au cours de la réunion de mardi.

En revanche, Corbyn a salué les pourparlers avec les dirigeants juifs britanniques, affirmant qu’il était « absolument déterminé à éradiquer l’antisémitisme de notre parti et de notre société ».

« Lorsque les membres des communautés juives expriment de véritables angoisses, nous devons les reconnaître comme n’importe quelle autre communauté », a écrit le chef de l’opposition sur Facebook. « Leurs préoccupations ne sont pas des ‘détails’. Les Juifs appartiennent au Parti travailliste et nous sommes résolus à en faire un endroit sûr et accueillant pour eux ».

I am grateful to the Board of Deputies, the Jewish Leadership Council and the Community Security Trust for a positive…

Posted by Jeremy Corbyn on Tuesday, 24 April 2018

Il a également souligné que le parti prendrait d’autres mesures pour faire en sorte de ne pas « décevoir nos frères et sœurs juifs ».

Les allégations d’antisémitisme du Parti travailliste se sont multipliées depuis que Corbyn, un socialiste pro-palestinien, a été élu chef du principal parti d’opposition britannique en 2015.

M. Corbyn a été accusé de ne pas en faire assez pour régler ce qui est perçu comme un grave problème d’antisémitisme au sein de son parti. Il a lui-même été confronté à des critiques au sujet de ses propres liens avec des antisémites connus, des commentaires passés sur Israël et des liens avec des personnalités fortement anti-israéliennes.

M. Corbyn a récemment été membre d’un groupe privé sur Facebook pendant deux ans, jusqu’en 2015, qui comportait de nombreuses déclarations antisémites. Il a dit qu’il n’avait lu aucune de ces déclarations.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, devant le Parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Corbyn a qualifié le Hezbollah et le Hamas d’amis en 2009 et a déclaré que c’était un honneur d’accueillir des représentants de ces groupes terroristes au Parlement. En 2016, il a dit qu’il regrette d’avoir dit cela. Il a juré de mettre à la porte tout membre travailliste surpris en train de faire des déclarations racistes ou antisémites. Des dizaines de personnes ont été expulsées, mais de nombreuses autres personnes accusées de ces actes ont été autorisées à rester ou ont été réadmises.

Les Juifs britanniques et une commission d’enquête interparlementaire ont rejeté comme insatisfaisant un audit interne du Parti travailliste qui a largement disculpé le parti des allégations d’antisémitisme.

Le 26 mars, environ 1 500 manifestants se sont rassemblés devant le Parlement britannique lors d’une manifestation sans précédent organisée par les dirigeants juifs britanniques, généralement peu enclins à la publicité. Lors de l’appel à la manifestation, une lettre ouverte du Conseil des députés et du Conseil des dirigeants juifs accusait Corbyn de se ranger du côté des antisémites « encore et encore ».

Une contre-manifestation concernant le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, devant le Parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

La lettre dit que le dirigeant travailliste a été « vu à plusieurs reprises aux côtés de personnes ayant des opinions manifestement antisémites », mais « prétend ne jamais les entendre ou les lire ».

Dans un communiqué publié le jour de la manifestation, M. Corbyn s’est engagé à être « un opposant militant de l’antisémitisme », déclarant à la communauté juive : « Dans ce combat, je suis votre allié et je le serai toujours. »

Quelques jours plus tard, il a assisté à un repas de Pessah organisé par une organisation juive d’extrême gauche qui a rejeté les allégations d’antisémitisme au sein du parti travailliste comme une « calomnie » et a appelé à « se débarrasser d’Israël ». Corbyn a indiqué qu’il avait « beaucoup appris » lors de l’événement.

De nombreux détracteurs du parti travailliste attribuent le problème de l’antisémitisme à des milliers de membres qui viennent du groupe d’extrême gauche de Corbyn, Momentum.

Les agences ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...