El Al risque une amende en raison de ses prix « excessifs et abusifs » lors de la guerre
Ayant constaté que la compagnie aérienne avait abusé de son monopole pour relever ses tarifs de 16 % en moyenne, l'autorité de la concurrence prévoit une amende maximale de 121 millions de NIS ; Une action collective pourrait suivre
Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

El Al risque une amende d’un montant de 121 millions de NIS, l’autorité israélienne de surveillance de la concurrence estimant que la compagnie aérienne israélienne a abusé de son pouvoir monopolistique pour pratiquer des tarifs « excessifs et abusifs » pendant la guerre contre le Hamas à Gaza.
Dimanche, l’Autorité israélienne de la concurrence a fait savoir qu’elle avait notifié à El Al son intention de lui imposer la sanction maximale prévue par la loi, d’un montant maximum de 121 millions de NIS. Cette décision sur la sanction financière n’est pas définitive et fera l’objet d’une audience lors de laquelle El Al pourra présenter ses arguments.
Suite au déclenchement de la guerre contre le Hamas, le 7 octobre 2023, El Al a obtenu le quasi-monopole des liaisons au départ et à l’arrivée d’Israël après l’annulation de la desserte de nombreuses compagnies étrangères, en raison des tensions régionales.
Pendant les deux années de guerre, El Al a enregistré des profits records, les grandes compagnies aériennes étrangères ayant à plusieurs reprises interrompu leur desserte d’Israël, ce qui a laissé les voyageurs de l’aéroport Ben Gurion de Tel-Aviv à la merci des seules compagnies aériennes israéliennes. Le nombre limité de vols a permis à El Al de pratiquer des tarifs exorbitants.
« La situation sécuritaire a conduit à une situation extrême pour les voyageurs », a déclaré Michal Cohen, chef de l’Autorité israélienne de la concurrence.
« Toute cette période est marquée par l’instabilité et l’incertitude des vols : un grand nombre de consommateurs n’ont eu d’autre choix que de payer le prix fort imposé par El Al, de crainte que les vols [opérés par des compagnies étrangères] ne soit annulés. D’autres ont tout bonnement dû renoncer à prendre l’avion. »
Selon l’enquête du régulateur de la concurrence, El Al a eu le monopole de la plupart des vols à destination et en provenance d’Israël entre le déclenchement de la guerre contre le Hamas, le 7 octobre 2023, et la fin mai 2024. Durant cette période, El Al a eu le monopole sur 38 des 53 destinations qu’elle exploitait, dont des destinations majeures telles que Londres, New York, Paris, Bangkok, Tokyo ou encore Los Angeles.
L’analyse des millions de billets d’avion émis par El Al pendant la guerre, dont les prix ont été comparés à ceux de l’année précédant les combats, a montré que les prix des billets avaient augmenté en moyenne de 16 %, avec un maximum de 31 % pour certaines destinations. Et même sur les vols non entièrement réservés en classe économique, El Al avait relevé ses prix de près de 25 %.
El Al a réagi en niant avoir pratiqué des tarifs excessifs pendant la guerre.
« Quand bien même la position de l’Autorité israélienne de la concurrence serait admise, à savoir que les prix des billets ont, pendant la guerre, augmenté en moyenne de 16 % pour les classes économique et premium (un chiffre incorrect, à notre avis), rien ne permet d’en conclure que ce sont des prix abusifs », a déclaré El Al. « El Al présentera ses arguments lors de l’audience et dans tous les forums judiciaires appropriés : la compagnie est convaincue que ses arguments seront acceptés. »
Les conclusions de l’enquête de l’organisme chargé de la surveillance de la concurrence ont montré que, quelques jours après le début de la guerre contre le Hamas, la part d’El Al dans le nombre de passagers à destination ou en provenance d’Israël était passée de près de 20 % à plus de 70 %. Dans les premiers mois de la guerre, El Al a transporté plus de 50 % des passagers au départ ou à destination Israël.
Selon Tal Rotman, avocat du cabinet Pearl Cohen qui représente le plaignant Ilan Verednikov, dans le cadre d’une action collective contre El Al pour prix abusifs, « si le Commissaire à la concurrence décidait in fine qu’El Al a abusé de sa position dominante, cela constituerait une preuve prima facie dans le procès que nous avons intenté. »
« Cela ouvrirait la voie à l’acceptation de l’action collective, avec à clef un dédommagement significatif pour les clients d’El Al », a conclu Rotman.







