Elbit aurait été en pourparlers pour vendre des drones aux Émirats arabes unis
Selon des documents ayant fuité, l'émirat aurait adressé au géant israélien de l'armement une demande urgente portant sur 6 systèmes de surveillance stratégique peu après l'attaque des Houthis début 2022 ; on ignore si ces ventes ont abouti
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Des documents internes de l’entreprise Elbit Systems, le plus grand fabricant d’armes israélien, ont fuité. Ils révèlent que l’entreprise était en pourparlers pour vendre aux Émirats arabes unis des dizaines de drones stratégiques, dans le cadre d’un programme beaucoup plus vaste d’armement israélien de pointe destiné à cet émirat du Golfe.
Ces documents, qui couvrent la période allant de la fin de l’année 2021 au début de l’année 2023, comprennent des propositions tarifaires envoyées aux Émirats arabes unis, des demandes reçues des Émirats du Golfe, ainsi que la correspondance entre les hauts responsables des ventes et de la recherche chez Elbit. On ignore si les contrats mentionnés dans ces documents ont été conclus, ni combien d’entre eux l’ont été.
Le groupe de pirates informatiques iraniens « Handala », soutenu par la République islamique d’Iran, a récemment publié ces documents, qu’il a vraisemblablement dérobés sur le compte Gmail privé d’au moins un responsable d’Elbit, qui n’avait pas utilisé de compte professionnel sécurisé pour envoyer des courriels à ses collègues. Le contenu de ces documents a été révélé lundi par le journal Haaretz, puis la semaine dernière par le média anti-Israël Drop Site News.
Elbit a ouvert un bureau aux Émirats arabes unis après la normalisation des relations entre ce pays et Israël dans le cadre des Accords d’Abraham de 2020, négociés par les États-Unis. Cependant, Elbit n’a reconnu publiquement qu’une seule fois, en janvier 2022, avoir conclu un accord avec les Émirats arabes unis, lorsqu’elle a annoncé une vente de systèmes de défense d’une valeur de 53 millions de dollars destinés aux avions de chasse émiratis.
En novembre, Elbit a toutefois annoncé avoir conclu un contrat de 2,3 milliards de dollars portant sur la vente d’équipements stratégiques non précisés à un client non identifié, présenté par un magazine français spécialisé dans le renseignement comme étant les Émirats arabes unis.
Selon Haaretz, une note interne d’Elbit datant de 2021 et ayant fait l’objet d’une fuite indiquerait que le ministère israélien de la Défense aurait également donné son feu vert à l’entreprise pour vendre aux Émirats arabes unis des munitions volantes à courte portée « SkyStriker » et des drones de surveillance « Hermes 900 ».
Les drones « Hermes 900 » comptent parmi les plus avancés de l’arsenal d’Elbit. Ils permettent à leurs utilisateurs d’obtenir des images en haute résolution sous plusieurs angles, visionnables en temps réel.
En mars 2022 – deux mois après que les terroristes houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont attaqué des raffineries et un aéroport à Abou Dhabi -, les Émirats arabes unis ont adressé à Elbit une demande urgente visant à leur fournir six systèmes Hermes-900, chacun comprenant trois appareils, a rapporté Haaretz.
Elbit avait répondu ce mois-là par une proposition fixant le prix de chaque système à 40 millions de dollars. Les Émirats arabes unis ont ensuite manifesté leur intérêt pour étendre le contrat à quinze systèmes, pour un montant total d’environ 1,3 milliard de dollars, a indiqué Haaretz.
D’autres correspondances divulguées auraient montré qu’Elbit avait présenté son tout dernier drone, l’Hermes 650, aux Émirats arabes unis en mars 2023, soit un an avant sa présentation au public lors d’un salon de la défense à Singapour.
Ce drone dispose à la fois de capacités de renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) et de guerre électronique. Un diaporama de la présentation commerciale indiquait que l’Hermes 650 était compatible avec les munitions SkyStriker d’Elbit et les drones d’attaque produits par l’entreprise d’armement israélienne Aeronautics. Selon Haaretz, ces produits auraient déjà été vendus aux Émirats arabes unis.
Parmi les autres documents divulgués figurait une photo d’une « liste de souhaits en matière de SIGINT aéroporté » émiratie portant la mention « confidentiel ». Cette liste, dont la date n’apparaissait pas clairement dans les rapports, comprenait une demande d’acquisition de quatre avions de surveillance d’Elbit, ainsi que des capacités en cybersécurité, en guerre électronique et dans d’autres domaines, à réaliser dans un délai de 42 mois à compter de la signature de l’accord.
Dans une réponse citée par Haaretz et Drop Site News, Elbit Systems a déclaré qu’elle « ne commentait pas les questions commerciales relatives à ses clients » et que « les documents présentés ne reflétaient pas fidèlement les activités commerciales de l’entreprise ».
Le ministère émirati de la Défense n’a pas répondu à une demande de commentaires, a indiqué Drop Site News.
La coopération en matière de défense entre Israël et les Émirats arabes unis a atteint des niveaux sans précédent pendant la guerre contre la République islamique d’Iran, qui a débuté le 28 février, au cours de laquelle l’Iran a également pris pour cible les pays du Golfe, en particulier les Émirats arabes unis.
Au début de la guerre, Israël a envoyé des systèmes de défense antimissile « Dôme de fer » ainsi que du personnel aux Émirats arabes unis, où le système a réussi à abattre des dizaines de missiles iraniens. Ces systèmes sont produits par Rafael, propriétaire d’Aeronautics.
C’était la première fois que le Dôme de fer était déployé dans un pays autre qu’Israël ou les États-Unis, a rapporté Axios. Selon le site d’information, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui s’était rendu secrètement aux Émirats arabes unis pendant la guerre, avait ordonné le déploiement du Dôme de fer à la suite d’un entretien téléphonique avec le président émirati Mohamed ben Zayed al-Nahyan.
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