En Grèce, l’attente interminable de l’asile
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En Grèce, l’attente interminable de l’asile

Le "Pacte européen sur la migration et l'asile" prévoit des contrôles aux frontières de manière à écarter les migrants peu susceptibles d'obtenir une protection internationale

Des réfugiés et migrants attendent d'embarquer sur l'île de Lesbos, le 2 septembre 2019. (Crédit : STRINGER / AFP)
Des réfugiés et migrants attendent d'embarquer sur l'île de Lesbos, le 2 septembre 2019. (Crédit : STRINGER / AFP)

En Grèce, sur les îles comme sur le continent, les migrants attendent des mois voire des années une réponse favorable à leur demande d’asile, un marathon interminable dans un pays débordé, qui espère « une politique d’asile équilibrée » dans l’Union européenne.

Omar Singh, un jeune Burkinabé débarqué il y a plus d’un an sur l’île de Lesbos, n’aura son entretien d’éligibilité qu’en décembre 2021. Plus de deux ans d’attente qui le rendent « fou ».

« Je suis arrivé, je n’avais même pas 18 ans, j’ai vécu dans des conditions horribles à Moria, j’ai fui l’incendie en septembre, et maintenant, je suis dans un nouveau camp où ma tente prend l’eau dès qu’il pleut », soupire Omar, qui se dit « traumatisé ».

Une attente d’autant plus longue que « les ressortissants d’Afrique de l’Ouest et les hommes seuls ne sont pas prioritaires », déplore-t-il.

Dans la région d’Athènes, Nadir Sawaf, un Syrien de Deir-Zoor, attend depuis quatre ans d’avoir des papiers.

Dans un conteneur du camp de Skaramangas, il espère que son rendez-vous prévu dans une semaine avec les services d’asile « ne sera pas annulé » à cause du confinement imposé en Grèce jusqu’à fin novembre.

Nadir a échoué à Lesbos quelques semaines après la signature de l’accord UE-Turquie, en mars 2016, et son asile a été refusé en première instance car la Turquie est considérée comme « un pays sûr pour lui » aux termes de l’accord.

« La Turquie n’est pas un pays sûr pour les Syriens, il y a des renvois forcés vers la Syrie ! », s’insurge Nadir, qui a donc fait appel mais n’a pas pu prendre d’avocat faute de moyens. « Bloqué en Grèce » depuis quatre ans, il est toujours « sans papiers, sans emploi, sans famille ».

Illustration : Les migrants et les réfugiés arrivent en dériveur sur l’île grecque de Lesbos, après avoir traversé la mer Egée depuis la Turquie, le 14 octobre 2015. (AFP Photo / Dimitar Dilkoff)

Baisse de 73 % des arrivées

Pourtant, le gouvernement grec a voté en novembre 2019 une loi visant à accélérer les procédures.

Selon le ministère des Migrations, les demandes d’asile, en octobre, s’élèvent à 87 622. Sur un an, leur nombre a diminué de 38 %.

Mais « cette amélioration est surtout le résultat d’une baisse des arrivées cette année » (-73 % sur un an), estime la porte-parole en Grèce du Haut commissariat aux Réfugiés (HCR), Stella Nanou.

Certes « il faut accélérer les procédures mais aussi garantir tous les droits nécessaires aux exilés », explique Spyros-Vlad Oikonomou du Conseil grec des réfugiés (GCR).

« Souvent, il existe des erreurs de procédure en première instance, l’entretien a pu être bâclé ou un demandeur d’asile ne s’est pas bien exprimé. Il est essentiel que les candidats déboutés puissent avoir un recours conduit correctement », estime-t-il, déplorant le « manque d’interprètes » et d’avocats.

Pour les derniers arrivés, les demandes d’asile sont expédiées, mais les migrants débarqués avant 2019 peuvent attendre des années.

« Cette longue attente a un impact psychologique fort sur les réfugiés. Pendant deux ans, ils n’ont pas accès à l’éducation, au marché du travail… Au lieu de les intégrer, ils sont isolés dans des camps », fustige Spyros-Vlad Oikonomou.

« Je crois à nouveau en mon avenir »

Le nouveau « Pacte européen sur la migration et l’asile », discuté vendredi à Bruxelles, prévoit de « rigoureux contrôles » aux frontières extérieures, de manière à écarter plus rapidement les migrants jugés peu susceptibles d’obtenir une protection internationale.

Selon la proposition de la Commission, le pays chargé de la demande d’asile pourra être celui où le migrant a des liens familiaux, où il a travaillé ou étudié, ou bien le pays lui ayant délivré un visa. Et non plus seulement le premier pays européen traversé, comme l’exigeait jusqu’ici le système dit de « Dublin ».

À l’annonce du projet de réforme, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis avait souligné le « besoin d’une politique d’asile équilibrée » et « la nécessité de partager les responsabilités de manière juste » dans l’UE.

Abo Ahmad, 28 ans, n’a pas attendu la réforme. Après deux ans et demi pour obtenir ses papiers en Grèce, il s’est envolé pour Hanovre, en Allemagne. « En Grèce, je n’avais aucune aide financière, je n’avais plus droit à un logement et je ne trouvais pas de travail », rapporte le jeune Syrien.

« Arrivé en Allemagne, j’ai eu une chambre à moi et une allocation de 300 euros par mois. Depuis une semaine, je travaille dans un restaurant, je crois à nouveau en mon avenir », s’exclame-t-il.

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