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En temps de guerre, de paix ou de pandémie, des médecins d’Afrique se forment en Israël

Environ 165 professionnels de santé ont bénéficié d'une bourse grâce à Save a Child's Heart ; depuis 1995, cette organisation à but non lucratif a aidé plus de 8 000 enfants à travers le monde

Le Dr Lise Mumporeze, survivante du génocide rwandais, se tient dans le jardin de la maison d'enfants Save a Child's Heart Legacy Heritage à Holon, le dernier jour de son programme de formation en Israël, avant de retourner au Rwanda pour devenir la première spécialiste en soins intensifs pédiatriques du pays le 3 novembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
Le Dr Lise Mumporeze, survivante du génocide rwandais, se tient dans le jardin de la maison d'enfants Save a Child's Heart Legacy Heritage à Holon, le dernier jour de son programme de formation en Israël, avant de retourner au Rwanda pour devenir la première spécialiste en soins intensifs pédiatriques du pays le 3 novembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Lise Mumporeze, médecin, avait 5 ans quand toute sa famille avait été massacrée lors du génocide au Rwanda, en 1994.

Environ 800 000 personnes appartenant à la minorité tutsie avaient été tuées – principalement par des membres de l’ethnie majoritaire hutue. Presque 32 ans plus tard, toutefois, Mumporeze, qui est aujourd’hui âgée de 37 ans, affirme que le sentiment qui prévaut dans son pays d’origine est celui de la réconciliation.

« Nous avions été détruits à l’époque, et si nous ne savons pas nous unir, cela se reproduira », dit-elle au Times of Israel au cours d’un entretien récent.

Nous nous rencontrons au dernier jour du programme de bourse de deux ans qui a permis à la trentenaire de travailler au sein de l’unité pédiatrique de soins intensifs de l’hôpital pour enfants Sylvan Adams. La structure se niche au sein de l’hôpital Wolfson, implanté à Holon, une ville qui se trouve aux abords de Tel Aviv. Le docteur Fitsum Argaw Abebe, un médecin éthiopien qui a passé cinq ans à se spécialiser en cardiologie pédiatrique à l’hôpital, termine également son stage.

Les deux médecins ont reçu des bourses, des allocations, un hébergement et des repas complets grâce à Save A Child’s Heart (SACH). Cette organisation humanitaire israélienne, qui a été fondée en 1995, a pris en charge près de 8 000 enfants de 73 pays où l’accès aux soins cardiaques est limité ou inexistant en pédiatrie.

Save A Child’s Heart gère également un programme de formation par le biais de bourses à destination des professionnels de la santé – principalement africains. Ils retournent ensuite dans leur pays d’origine pour y fournir des services médicaux de pointe.

Plus de 160 médecins et infirmières ont participé à ce programme au fil des ans, y compris pendant la pandémie de COVID-19. Actuellement, huit médecins sont stagiaires à l’hôpital pour enfants.

Le soir de notre entretien, Mumporeze doit prendre l’avion pour rejoindre son mari et leurs deux enfants. Elle commencera ensuite à travailler comme première spécialiste en soins intensifs pédiatriques au Rwanda, à l’hôpital King Faisal de Kigali, la capitale.

Lujaina Haji Abdalla, deuxième à partir de la droite, infirmière originaire de Zanzibar, accompagne des patients cardiaques tanzaniens qui reçoivent des soins à l’hôpital pour enfants Sylvan Adams du centre médical Wolfson, tout en séjournant au foyer pour enfants Legacy Heritage à Holon, le 3 novembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Malgré son caractère enjoué — elle dit que « la vie est douloureuse, mais il faut savoir essayer de rester positif » —, Mumporeze se souvient que quand elle a entendu parler pour la première fois des atrocités commises par le Hamas, le 7 octobre 2023, sa première pensée a été : « Oh non, ça recommence ».

« J’ai déjà vécu la guerre, quand on perd tout et qu’on doit fuir », indique Mumporeze.

Elle était tellement effrayée à l’idée que l’aéroport international Ben Gurion de Tel Aviv puisse fermer ses portes et qu’elle ne puisse jamais revoir ses deux enfants qu’elle est repartie en hâte au Rwanda.

Mais une fois là-bas, elle a constaté que la vie continuait son cours en Israël. Au bout de deux semaines, elle est revenue au sein de l’État juif.

La docteur Lise Mumporeze, deuxième à gauche, la docteure Racheli Sion Sarid, cheffe de l’unité de soins intensifs pédiatriques du Wolfson Medical Center, le Dr Musa Kalembe Lwara de Zambie et le Dr Jean de Dieu du Rwanda lors du dernier jour du programme de formation de Mumporeze à l’hôpital Wolfson, le 30 octobre 2025. (Autorisation : Lise Mumporeze)

« J’ai vu du bonheur quand les otages sont revenus de Gaza », s’exclame-t-elle. « J’ai également vu de la tristesse ».

Les éclats d’un missile tiré par l’Iran pendant la guerre qui a opposé Israël à la république islamique, au mois de juin dernier, ont provoqué un incendie dans un immeuble, près de son appartement, mais elle fait remarquer : « Je n’ai pas vu d’effusion de sang ».

Elle a également acquis de nombreuses compétences médicales utiles – mais « le plus important » a été d’observer la manière dont les médecins de l’hôpital « continuaient à soutenir » les familles des enfants malades.

« J’ai appris à ne jamais abandonner un enfant », s’exclame-t-elle. « Parfois, on a de bonnes surprises ».

Mohammed Maati, à droite, avec sa mère, Subra Maati, originaire de Zanzibar, après son opération cardiaque à l’hôpital pour enfants Sylvan Adams du centre médical Wolfson à Holon, le 3 novembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Un réseau de médecins en Afrique subsaharienne

Le budget annuel de la SACH s’élève à 26 millions de shekels qui proviennent de donateurs privés – notamment du président honoraire de la SACH, Sylvan Adams, de Morris Kahn, de la Fondation Azrieli Canada-Israël et de la Fondation de la famille Ted Arison.

L’organisation encourage également les médecins formés en Israël qui sont retournés dans des pays subsahariens tels que la Tanzanie, la Zambie, l’Éthiopie et le Rwanda à nouer des partenariats entre eux.

Le Dr Yayehyirad M. Ejigu, qui a suivi un programme de formation de cinq ans au SACH en Israël, est devenu le premier chirurgien cardiaque pédiatrique en Éthiopie. Il dirige aujourd’hui le service de chirurgie cardiaque pédiatrique de l’hôpital King Faisal à Kigali, au Rwanda. (Autorisation)

Le Dr Yayehyirad M. Ejigu a suivi un programme de formation de cinq ans au SACH en Israël – devenant ainsi le tout premier chirurgien cardiaque pédiatrique en Éthiopie. Il s’est ensuite installé au Rwanda pour diriger le service de chirurgie cardiaque pédiatrique de l’hôpital King Faisal. Ejigu avait recommandé le programme de formation du SACH à Mumporeze, sa collègue.

« Nous formons le personnel local et nous envoyons des médecins en Israël afin qu’ils puissent acquérir plus d’expérience », déclare Ejigu au Times of Israel. « L’objectif final est que les Rwandais locaux soient capables de pratiquer des opérations cardiaques sur des enfants d’ici 2028 ».

En 2023, le gouvernement rwandais a lancé un programme, la réforme 4X4, dont l’objectif est de multiplier par quatre le nombre de professionnels de la santé en quatre ans, a déclaré Ejigu. L’OMS recommande au moins quatre professionnels du secteur de la santé pour 1 000 habitants. Le Rwanda compte actuellement un professionnel de la santé pour 1 000 résidents.

« La comparaison entre la situation du Rwanda, il y a 30 ans, et celle d’aujourd’hui est tout simplement fascinante », dit Ejigu. « C’est tellement gratifiant de faire partie de cette histoire et d’avoir aujourd’hui l’opportunité de contribuer à la gestion de ce programme hospitalier. Tout ce que nous avons appris en Israël a eu un effet boule de neige ».

De gauche à droite : le Dr Kalembe Musa Lwara, qui est récemment revenu en Zambie après avoir terminé une bourse médicale Save a Child’s Heart en Israël, aux côtés du président Isaac Herzog et de Kachese Syapilla, traitée pour une maladie cardiaque en Israël, lors de la première visite de Herzog en Zambie, le 11 novembre 2025. (Autorisation : Ma’ayan Toaff/GPO)

Quand le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu en Zambie pour y inaugurer une ambassade israélienne au mois d’août – près de 35 ans après le rétablissement des relations entre Jérusalem et Lusaka – lui et le ministre zambien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Mulambo Haimbe, ont également rencontré des responsables de Save a Child’s Heart, le directeur de l’hôpital national de cardiologie de Zambie et certains membres de l’équipe médicale de l’hôpital qui ont été formés en Israël.

Retour en Éthiopie avec des compétences utiles

Le docteur Fitsum Argaw Abebe, originaire d’Éthiopie, a suivi une formation de cinq ans à l’hôpital Wolfson en tant que chirurgien cardiaque en pédiatrie. Il retournera bientôt à Addis-Abeba, où il sera l’un des rares spécialistes de ce type dans le pays.

S’adressant au Times of Israel, le docteur Abebe rappelle le discours qu’il a prononcé lors d’une cérémonie d’adieu en son honneur, discours dans lequel il a évoqué son séjour en Israël pendant la guerre – même si « cela a été difficile ».

« Mais j’ai vu des gens faire preuve de compassion, sauver des vies et garder la foi », confie-t-il.

Le Dr Fitsum Argaw Abebe, originaire d’Éthiopie, qui vient de terminer son programme de formation de cinq ans à l’hôpital Wolfsonr de Holon dans le cadre du programme Save a Child’s Heart, va retourner en Éthiopie pour devenir l’un des rares chirurgiens cardiaques pédiatriques du pays. Il se tient dans le jardin du Save a Child’s Heart Legacy Heritage Children’s Home à Holon, le 3 novembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Abebe se souvient « des sirènes jour et nuit, et des moments sombres et douloureux ». Malgré cela, il dit éprouver des sentiments mitigés à l’idée de quitter Israël, qu’il considère comme son « foyer » depuis cinq ans.

« Je dois dire que le personnel ne m’a pas seulement formé en tant que chirurgien, il m’a aussi façonné en tant que personne », explique-t-il. « Je vais maintenant transmettre ce que j’ai appris ici aux personnes qui en ont le plus besoin ».

Abebe précise avoir découvert le concept juif de tikkun olam, qui consiste à réparer le monde, pendant son long séjour.

« C’est quelque chose qui restera à jamais gravé dans ma mémoire », s’exclame-t-il.

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