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États-Unis : une étudiante accuse la Yeshiva University d’avoir couvert un viol

Le plaignante a déploré "un simulacre d'enquête" après ce viol présumé ; l'école rejette les accusations, disant qu'elles sont "catégoriquement mensongères"

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Photo d'illustration : Un bâtiment de la  Yeshiva University à New York City. (Crédit :  Luke Tress/The Times of Israel)
Photo d'illustration : Un bâtiment de la Yeshiva University à New York City. (Crédit : Luke Tress/The Times of Israel)

NEW YORK — Une étudiante de la Yeshiva University, dans la ville de New York, a porté plainte contre l’établissement et contre certains de ses responsables devant une cour fédérale, lundi, affirmant que l’institution a couvert l’affaire de son viol, commis par un membre d’une équipe sportive du campus et ajoutant que l’enquête qui a suivi les faits présumés a été bâclée.

La plainte déclare que l’université affiliée à la mouvance modern orthodox du judaïsme a mené « un simulacre d’enquête » sur cette affaire pour ne pas mettre en péril une campagne de collecte de fonds majeure qui avait lieu à ce moment là, et elle prétend que ce silence de la part de l’institution entre dans le cadre d’une tendance plus large de l’université à couvrir systématiquement les agressions sexuelles commises par des élèves.

L’étudiante a affirmé qu’elle avait été violée par un camarade de cours au mois de janvier 2021 dans son appartement qui se trouve hors du campus. Elle avait raconté publiquement les faits présumés dans un journal, au mois d’août, déplorant la froideur des responsables de l’institution quand elle était allée faire part de ce qu’elle avait subi. L’accusé comme la plaignante n’ont pas été identifiés.

La plainte déposée lundi devant la Cour de district américaine du district du sud de New York détaille les accusations lancées contre l’université. Elle soutient que cette dernière, mais aussi son conseil général, son coordinateur au nom du Titre IX et le cabinet embauché pour enquêter sur l’affaire « se sont entendus pour ignorer, pour enterrer et pour couvrir » ce viol présumé.

Cette plainte de 137 pages prétend que les accusés ont échoué à prendre en charge de manière appropriée le dossier en tant qu’affaire relative au Titre IX, qu’ils ont trompé l’accusatrice et les organismes étudiants sur la manière dont ils appréhendaient le dossier et qu’ils ont mené des investigations entachées de négligence en déterminant, dès le début, que l’étudiant mis en cause était « non-responsable ». Le Titre IX est une loi fédérale relative aux droits civils qui traite de la discrimination des sexes dans les programmes d’éducation financés au niveau fédéral, et qui s’intéresse notamment aux agressions sexuelles et aux affaires de harcèlement.

Les accusés ont « conjointement pris la décision réfléchie, consciente et calculée » de couvrir les accusations qui avaient été lancées à l’aide d’un « simulacre d’enquête », explique la plainte.

L’université a fait savoir en réponse que « les allégations à l’encontre de l’université, telles qu’elles figurent dans cette plainte, sont catégoriquement mensongères. Nous avons la totale certitude que cette affaire a fait l’objet d’une enquête à la fois appropriée et extrêmement minutieuse ».

« Nos professionnels, y compris les individus nommés dans cette plainte, œuvrent sans relâche à garantir la sécurité et le bien-être de nos étudiants et ils ont pris de très nombreuses initiatives pour apporter leur aide dans cette affaire très spécifiquement », a commenté un porte-parole de l’université.

La plainte dit également qu’il y a eu un conflit d’intérêt clair entre le cabinet qui avait été embauché par l’université pour mener « des investigations indépendantes » dans cette affaire de viol et l’université, un conflit en faveur de cette dernière dans la mesure où les avocats avaient déjà été payés des millions de dollars par l’institution, qu’ils avaient défendue dans un dossier antérieur qui portait sur des violences sexuelles.

La plaignante a indiqué que les enquêteurs de l’université avaient délibérément choisi de ne pas récupérer un kit de collecte de preuve de viol qui avait été réuni par un hôpital au lendemain de l’incident, qu’ils n’avaient pas interrogé des témoins pourtant déterminants pendant les investigations et que toute possibilité de faire appel des conclusions de l’enquête lui avait été retirée, malgré des négligences manifestes dans son déroulement.

La Yeshiva University à New York. (Crédit : Wikimedia Commons)

« Les accusés de la YU ont entrepris toutes les actions possibles pour priver la plaignante d’un jugement équitable, total et impartial dans sa plainte pour viol parce que chaque accusé s’est entendu avec les autres pour ignorer, pour enterrer et pour couvrir » les accusations, indique la plainte.

Un porte-parole de l’université a déclaré, pour sa part, que « la firme embauchée par la Yeshiva University, avec notamment l’inspectrice principale qui est elle-même une ancienne coordinatrice au nom du Titre IX d’une université classée parmi les cinq meilleures au niveau national, a mené une enquête minutieuse et soumis un rapport probant soutenu par tous les éléments nécessaires. Nous avons aussi fait appel à une autre firme d’investigation qui a été chargée de réexaminer ce dossier et qui est dirigée par un ancien procureur du département des crimes sexuels de Manhattan, une firme qui a validé la procédure qui avait été réalisée par la première équipe et qui a approuvé ses conclusions ».

« Nous, à la Yeshiva University, prenons très au sérieux notre devoir qui est de faire tout notre possible pour prévenir les agressions sexuelles qui peuvent se produire sur notre campus et dans ses environs, et pour nous y attaquer quand elles sont commises », a continué le porte-parole.

L’étudiante a aussi affirmé, dans la plainte de lundi, que l’institution n’avait pris aucune mesure pour la protéger après l’incident – notamment en ne la séparant pas de son violeur présumé – et que ce dernier n’avait été sanctionné d’aucune manière, la mettant en danger et mettant en danger les autres étudiantes.

La plaignante n’a pas encore réclamé une somme spécifique en termes de dommages et intérêts et elle a demandé un procès devant un jury.

Parmi les documents judiciaires soumis au tribunal se trouve un accord de non-divulgation datant du mois d’avril 2021 que l’université avait demandé à l’étudiante de signer et qui lui interdisait de dévoiler les résultats de l’enquête, et qui lui ordonnait également également de détruire le rapport contenant les conclusions des investigations quelques jours après l’avoir reçu. L’étudiante a déclaré que son violeur présumé, lui aussi, avait signé un accord de non-divulgation, qui avait été exigé par l’école avant le début de l’enquête.

Il y a aussi une lettre du mois de mai 2021, écrite par l’université à l’accusatrice, qui l’informe des résultats des investigations. Ce courrier d’une page explique que « il a été déterminé que les éléments recueillis ne soutiennent pas l’hypothèse » qu’elle ait été victime d’une agression sexuelle, sans aucun détail permettant d’approfondir le bien-fondé de la décision.

Selon la plaignante, l’université a étouffé l’affaire très largement pour permettre à sa compagne de collecte de fonds « Rise up » de se dérouler de manière plus efficace. Cette campagne vise à soulever la somme de 613 millions de dollars sur plusieurs années. 256 millions de dollars ont d’ores et déjà été collectés.

Le violeur présumé est un membre de l’équipe de basket – et l’étudiante explique que l’école semble avoir voulu préserver la réputation de l’équipe. Après avoir publiquement révélé ses accusations dans le journal étudiant The Commentator, l’équipe de basketball avait remporté une série de victoires improbables et sans précédent, s’attirant les éloges de tous.

L’accusatrice est, elle aussi, une athlète de l’université et elle est une étudiante à plein-temps. Elle a évoqué l’affaire dans les détails lors d’une émission de radio de Jeff Lax.

La plainte soutient que ce dossier entre dans le cadre d’une tendance plus large, de la part de l’université, à couvrir les affaires d’agressions sexuelles depuis des décennies – affirmant que l’école a fait paraître des rapports mensongers qui ne signalaient aucun cas de viol ou de crime sexuel depuis 2001. Elle note qu’elle est l’une des rares – voire la seule – institution universitaire aux États-Unis n’ayant rapporté aucun incident de ce type dans ce calendrier. La loi fédérale exige des établissements d’enseignement supérieur et des universités qu’elles rendent publiques et qu’elles diffusent les informations sur les crimes commis dans leurs enceintes, notamment les crimes sexuels.

« Depuis deux décennies, la Yeshiva University a fait la propagande d’un conte de fée malveillant, mensonger et irresponsable sur la sécurité de ses campus », note la plainte.

En 2019, des dizaines d’anciens élèves d’un lycée dépendant de l’université avaient raconté avoir subi des violences dans les années 1960, 1970 et 1980. La plainte qui avait été soumise avait affirmé que l’université avait été dans l’incapacité de protéger les élèves du lycée pour garçons de la Yeshiva University.

Une autre plainte, qui réclamait un dédommagement de 380 millions de dollars et portant sur des abus sexuels présumés, avait été rejetée en 2014 mais elle a été soumise à nouveau et sous différentes formes après le changement, par l’état de New-York, des statuts juridiques entourant les violences sexuelles présumées.

L’Université s’est engagée à « restructurer » un bureau chargé des questions de harcèlement et des agressions sexuelles en réponse à l’affaire et elle a embauché un nouveau coordinateur relatif au « Titre IX » , qui a pour mission de prendre en charge les affaires de harcèlement sexuel. Le bureau ouvert au nom du Titre IX n’avait pas de responsable chargé de ce type de dossier auparavant, contrairement à la majorité des autres grandes universités.

Les activistes ont estimé que ces initiatives indiquaient un progrès réalisé face à ces problématiques, mais que ces avancées n’étaient pas suffisantes. La plainte de lundi estime pour sa part que les changements entrepris s’apparentent « à de la poudre aux yeux ».

L’avocat de l’étudiante, Kevin Mulhearn, a fait savoir dans une déclaration que lui et sa plaignante pensaient que « le rejet manifestement inapproprié de la plainte pour viol est loin d’être la première fois où la Yeshiva University a préféré tolérer et excuser » des agressions sexuelles ou des viols ».

« Ma cliente est et elle sera impitoyable dans sa recherche de justice parce qu’elle est aujourd’hui dans l’obligation de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour empêcher que ce qui lui est arrivé à elle puisse à nouveau se reproduire », a continué Mulhearn.

L’équipe de basket de la Yeshiva University s’est distinguée au niveau national, cette année, grâce à une série de victoires qui lui a offert son heure de gloire sur ESPN et dans d’autres médias de tout le pays.

Aucune accusation d’abus ne vise l’équipe de basket, ou les autres joueurs.

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