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Filber semble encore changer son témoignage dans le procès contre Netanyahu

Le témoin du parquet déclare au tribunal qu'une preuve déterminante donnée sur une réunion avec Netanyahu pourrait être liée à une discussion différente avec Elovitch, de Bezeq

Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications, témoigne lors du procès contre l'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 18 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90
Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications, témoigne lors du procès contre l'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 18 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90

Un témoin déterminant dans le procès pour corruption de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu a semblé mettre en doute son propre témoignage, mardi, amenant l’ex-chef du gouvernement à saluer « la mort » du dossier le plus grave dans lequel il est mis en examen.

Cette semi-volte-face de l’ancien directeur du ministère des Communications, Shlomo Filber, est le dernier rebondissement d’un contre-interrogatoire qui a déjà été l’occasion de plusieurs revirements. Ses souvenirs changeants ont frustré le parquet qui s’était appuyé sur son témoignage pour soutenir son affirmation que Netanyahu avait bien négocié l’approbation régulatoire d’une fusion contre le contrôle éditorial presque total d’un site d’information populaire, ce qui lui avait permis de cultiver son image médiatique et celle des membres de sa famille.

Le témoignage de Filber, proche de Netanyahu devenu témoin de l’accusation, est un élément essentiel des parties civiles dans l’Affaire 4000. Dans ce dossier, Netanyahu est accusé d’avoir privilégié des profits lucratifs en faveur de Shaul Elovitch, qui était propriétaire à ce moment-là de l’entreprise de télécommunications Bezeq et du site d’information Walla, en échange d’une couverture favorable sur le site.

Filber a déclaré mardi au tribunal que les détails qu’il avait donnés aux enquêteurs de police concernant une rencontre avec Netanyahu pouvaient finalement être issus d’un entretien avec Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq à l’époque, qui cherchait à obtenir le feu vert pour une fusion avec le fournisseur par satellite Yes. L’homme d’affaires est accusé, de son côté, d’avoir donné à Netanyahu le dernier mot sur la manière dont l’actualité liée au Premier ministre était couverte sur le site Walla.

Filber avait initialement déclaré que les notes de cette réunion – avec notamment le plan de pots-de-vin – correspondaient à ce que Netanyahu avait demandé.

Mais mardi, dans la salle d’audience, il a admis devant l’avocat de la défense Boaz Ben Zur qu’il était « entièrement plausible » que ces notes aient détaillé les requêtes issues d’une rencontre avec Elovitch, des détails qu’il aurait ultérieurement présenté à Netanyahu.

Ben Zur a suggéré que ces notes écrites sous le nom « Elovitch » correspondaient à ce qu’avait réclamé le magnat des télécommunications et non à ce qui avait été dit au sujet de ce dernier lors de la rencontre suivante avec Netanyahu, comme Filber l’avait affirmé à la police.

« Cela du sens », a dit Filber. « Si ça parle d’Elovitch, alors c’est ce qu’a dit Elovitch ».

« C’est plus rationnel que ce qui me traversait l’esprit pendant l’interrogatoire », a-t-il ajouté. « Si vous me demandez si je peux le dire avec certitude, alors non. Mais ça a du sens. C’est plus plausible que ce que j’ai dit pendant l’interrogatoire. »

Netanyahu, qui était présent dans la salle d’audience, a été entendu en train de murmurer en anglais « c’est incroyable » alors que Filber parlait.

L’ancien Premier ministre, le député Benjamin Netanyahu, arrive lors d’une audience dans son procès à la cour de district de Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’accusé, qui est dorénavant chef de l’opposition à la Knesset, a ensuite écrit sur les réseaux sociaux que l’Affaire 4000 était « morte ».

« Il est prouvé aujourd’hui que les preuves ‘en or’ – le papier sur lequel Filber aurait apparemment écrit les instructions de Netanyahu après l’avoir rencontré – ont été, en fait, écrites avant que Filber ne rencontre Netanyahu », dit un communiqué placé sur la page Facebook officielle de ce dernier.

La publication affirme en outre qu’il est dorénavant prouvé que des éléments exonérant de toute responsabilité Netanyahu avaient été cachés à Filber et au tribunal.

« Au lieu de clore le dossier, le parquet change la mise en examen pour la quatrième fois », accuse le communiqué.

Pendant le contre-interrogatoire, Ben Zur a aussi suggéré que les notes de Filber n’étaient pas dans l’ordre chronologique, une affirmation qui pourrait mettre en péril la version des événements avancée par le parquet.

« Ce n’est pas chronologique. C’est plutôt associatif », a convenu Filber.

L’avocat de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, Boaz Ben Zur, à la cour de district de Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Filber a été de retour dans la salle d’audience mercredi pour la suite du contre-interrogatoire. Si Netanyahu n’était pas présent au début de l’audience, il devrait la rejoindre dans la journée, ont noté les médias israéliens.

Des changements apparents dans le témoignage de Filber ont été décelés à l’occasion de plusieurs audiences, jusqu’à présent.

Alors que les avocats de Netanyahu l’interrogeaient, la semaine dernière, au sujet d’une réunion spécifique avec l’ancien Premier ministre au moment où il allait prendre sa fonction de directeur du ministère des Communications, Filber avait reconnu qu’il avait pu mal interpréter un geste de la main de la part de Netanyahu.

Au tout début des investigations qui avaient été lancées par l’Autorité des titres, en 2017, Filber avait dit qu’il avait compris que son geste signifiait « laissez tomber » – à savoir « dites à Elovitch que nous ne pouvons rien pour lui ».

Toutefois, quand il avait été interrogé plus tard par la police, Filber avait expliqué aux policiers qu’il avait compris que le geste voulait dire : « Vous devriez rabaisser modérément les prix » – ce que, selon le parquet, Elovitch avait demandé à Filber de faire afin de limiter la concurrence que Bezeq devait affronter de la part des autres entreprises de communication.

Filber avait ensuite déclaré dans son témoignage, la semaine dernière, que son récit initial livré à l’Autorité des titres pouvait être le bon, ajoutant que tout était relatif « à l’interprétation ».

L’homme d’affaires, Shaul Elovitch arrive à une audience du procès de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 7 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Signe d’un autre revers pour les procureurs, il a demandé dimanche que l’acte de mise en examen soit modifié pour préciser que la rencontre présumée avait eu lieu « après la décision prise par l’accusé Netanyahu de nommer Filber » au poste de directeur-général et non après sa désignation à cette fonction, comme cela avait été initialement affirmé.

Suite à l’audience de mardi, Netanyahu a écrit sur Twitter que « il a été prouvé devant le tribunal, aujourd’hui, que Netanyahu n’a pas donné pour instruction à Filber d’aider Elovitch ou de promouvoir la fusion entre Bezeq et Yes ».

« Le dossier se basait sur l’affirmation que Netanyahu avait eu un entretien avec Filber après sa nomination, qu’il lui avait donné pour instruction de venir en aide à Elovitch. La semaine dernière, l’avocat Boaz Ben Zur a prouvé que la rencontre n’avait pas eu lieu au moment retenu par les parties civiles. Et un papier sur lequel Filber avait prétendument écrit les instructions données par Netanyahu après sa réunion avec lui a été écrit avant que Filber ne s’entretienne avec Netanyahu. »

Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications, lors d’une audience dans le procès contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu est actuellement traduit en justice dans trois affaires de corruption. Il doit répondre de fraude et d’abus de confiance dans les Affaires 1000 et 2000, et de pot-de-vin, de fraude et d’abus de confiance dans l’Affaire 4000. L’ancien Premier ministre, pour sa part, ne cesse de clamer son innocence, affirmant que ces accusations ont été fabriquées de toutes pièces dans le contexte d’un coup d’État politique dirigé par la police, les médias et les procureurs.

L’Affaire 4000 est assurément la plus sérieuse impliquant l’ancien Premier ministre. Netanyahu est accusé d’avoir privilégié, de manière illicite et lucrative, les intérêts commerciaux de Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de la compagnie médiatique Bezeq, en échange d’une couverture positive de ses actions sur le site d’information Walla, propriété d’Elovitch.

Elovitch et son épouse sont mis en examen pour pots-de-vin dans l’Affaire 4000.

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