France : Muriel Rosenberg raconte l’histoire des réfugiés juifs du Plateau
Avec Dictionnaire des réfugiés juifs, Muriel Rosenberg poursuit ses recherches et donne enfin un nom, un parcours et un destin à plus de 2 000 réfugiés accueillis dans les villages du Chambon-sur-Lignon et alentours entre 1939 et 1945

Après Mais combien étaient-ils ? Les réfugiés juifs au Chambon-sur-Lignon et sur le Plateau de 1939 à 1945, paru en 2021 aux éditions Dolmazon, Muriel Rosenberg publie un nouvel ouvrage : Le Dictionnaire des réfugiés juifs. Ce livre, intégré à la collection des « Carnets du Lieu de mémoire », marque une nouvelle étape dans la connaissance de l’histoire du sauvetage sur le Plateau Vivarais-Lignon.
Présidente de l’association des Amis du Lieu de Mémoire, Muriel Rosenberg a poursuivi ses recherches pour répondre cette fois à une autre question : « Qui étaient-ils ? » Chaque réfugié recensé y est présenté, avec, dans la mesure du possible, des éléments sur son identité, son parcours et son destin. L’autrice s’attache également à replacer leur présence dans la géographie du Plateau, du Chambon-sur-Lignon à Tence, en passant par le Mazet-Saint-Voy, Fay-sur-Lignon, Saint-Agrève et les nombreux hameaux alentour.
Dans son premier ouvrage, Muriel Rosenberg avait cherché à établir le nombre de réfugiés juifs accueillis entre 1939 et 1945. « Au départ, je n’avais même pas l’idée d’écrire le premier livre. Lorsque je me suis intéressée à l’histoire du Plateau, j’ai été frappée par l’absence de chiffres réels. On parlait de 500 à 5 000 réfugiés. Alors, je me suis amusée à faire des recherches et à tout noter dans un fichier. Lorsque Jean-Paul Dolmazon a vu mon travail, il m’a dit : ‘Il faut faire un livre’ » explique-t-elle au Progrès.
Ce second ouvrage est venu combler les manques. « J’ai poursuivi mes recherches pour parvenir à une liste de 2 033 réfugiés, tous cités dans ce dictionnaire. Une liste complémentaire d’environ 70 personnes, sans nom de famille, mais dont la présence comme réfugiés est assurée, a été ajoutée à la fin. À ce jour, on peut donc comptabiliser plus de 2 100 personnes sur le Plateau de 1939 à 1945 » précise-t-elle. Ces travaux lui ont aussi permis d’identifier 150 Justes anonymes, ayant abrité et protégé nombre de ces juifs.
Muriel Rosenberg rend hommage aux historiens qui l’ont précédée : François Boulet, qui a publié une première liste en 2008, et Sylvain Bissonnier, qui l’a enrichie en 2014 puis en 2023. « Sans leurs recherches, je n’aurais jamais tenté cette entreprise et je leur en suis très reconnaissante », confie-t-elle.
Son travail s’est nourri de sources multiples : archives, bases de données de généalogie, mais aussi témoignages oraux. « Il me restait à entreprendre une enquête de longue haleine pour reconstituer les familles des réfugiés, en particulier celles aux noms les plus courants, Bloch, Hirsch, Lévy ou Weil. Les sites de généalogie tels MyHeritage, Filae, Geni, JewishGen m’ont été d’une aide incomparable », raconte-t-elle au Progrès.
Mais cette mémoire reste encore partiellement enfouie. « Je n’ai cependant rencontré que peu de descendants de ceux qui ont hébergé des juifs, car, pour la plupart, ils ne connaissent pas le rôle qu’ont pu jouer leurs ancêtres, ceux-ci n’ayant jamais parlé. Seules des bribes d’information remontent parfois, souvent imprécises », constate-t-elle.
Avec ce dictionnaire, l’autrice espère avoir redonné, autant que possible, un nom et une histoire à celles et ceux qui, entre 1939 et 1945, ont trouvé refuge sur la « montagne des Justes ».







