France : une messe autorisée en hommage à Pétain
Le président du CRIF, Yonathan Arfi, l'a qualifiée "d'injure à la mémoire des 76 000 déportés juifs de France, livrés aux nazis par les collaborateurs zélés du régime de Vichy"

Le préfet de la Meuse a annoncé qu’il porterait plainte pour révisionnisme à la suite des propos tenus en marge d’un hommage rendu samedi « au maréchal Pétain et à ses soldats » dans une église de Verdun, qui a attiré une poignée de fidèles face à une centaine de manifestants.
Xavier Delarue, le préfet, a annoncé à l’AFP qu’il signalerait au parquet ces propos « clairement révisionnistes », comme le prévoit le code pénal.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a jugé ces propos « contraires à notre mémoire collective » et a fermement condamné, sur le réseau social X, « toute tentative de réhabilitation d’une figure liée à la collaboration et à l’oppression ».
Surnommé « le vainqueur de Verdun », Philippe Pétain est devenu général pendant la Première Guerre mondiale, puis maréchal lors de l’armistice. Il a ensuite pris la tête du régime de Vichy, qui a collaboré avec l’Allemagne nazie. Il a été frappé d’indignité nationale en 1945, puis condamné à mort, une peine commuée en prison à vie.
« Un tout petit nombre », « une vingtaine au maximum », de personnes ont assisté à une messe en hommage, a déclaré le préfet.
Le président du CRIF, Yonathan Arfi, l’a qualifiée « d’injure à la mémoire des 76 000 déportés juifs de France, livrés aux nazis par les collaborateurs zélés du régime de Vichy ».
« Célébrer une messe pour Pétain, c’est faire l’apologie de la collaboration et réhabiliter un traître à la patrie », a déploré sur X le président du Conseil représentatif des institutions juives de France.
« Révisionniste ! »
À la sortie de la messe, autorisée par la justice administrative malgré la volonté du maire de Verdun de l’interdire, le président de l’Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), Jacques Boncompain, a déclaré devant des journalistes que le chef du régime de Vichy, condamné à mort en 1945, avait été « le premier résistant de France ».
« Vous n’avez pas peur des poursuites », lui a demandé une manifestante, alors que des policiers surveillaient la conversation.
Boncompain a également estimé que le procès de Philippe Pétain en 1945 « ne répondait pas aux critères d’équité », alors qu’une personne le traitait de « révisionniste ! ».
Sous les huées, un militant d’extrême droite, Pierre-Nicolas Nups, ancien candidat aux législatives de 2024 en Meurthe-et-Moselle sous la bannière du Parti de la France, a interprété « Maréchal nous voilà », le chant à la gloire du chef du régime de Vichy.
Le préfet a également indiqué qu’il envisageait de porter plainte contre « deux individus » liés au Parti de la France « qui n’ont pas cessé de harceler les forces de l’ordre ».
« Profondément heurté »
À l’extérieur de l’église, un photographe de l’AFP a dénombré une vingtaine de policiers et de gendarmes pendant la cérémonie, tandis qu’une centaine de manifestants protestaient dans le calme en entonnant La Marseillaise et en scandant « Pas de messe pour Pétain, pas de fachos à Verdun ».
Plusieurs élus étaient présents à la manifestation, leur écharpe tricolore autour du cou.
« Je suis profondément heurté, parce que je pense à toutes les victimes de la barbarie nazie et de la révolution nationale, l’idéologie du maréchal Pétain », a déclaré à la presse Samuel Hazard (divers gauche).
« C’est pas possible qu’on dérive comme cela », a déclaré une paroissienne, Mariette Descamps, qui portait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Catho pas facho ». « Je suis désolée de ce qui se passe aujourd’hui », a-t-elle dit.
Cette messe, « c’est salir tous les justes dans notre pays. L’extrême droite se délecte », a abondé à ses côtés sa fille Élise, une militante CFDT.
L’ADMP avait été autorisée par l’archevêque-évêque de Metz, administrateur apostolique de Verdun, à célébrer cette messe.
Les propos révisionnistes sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Ils sont définis comme la négation, la minimisation ou la banalisation outrancière d’un crime de génocide, de guerre ou contre l’humanité.







