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Guerre Iran-Israël : Téhéran a utilisé des missiles à sous-munitions, accuse Amnesty

Téhéran aurait lancé ces armes interdites par le droit international sur le centre d’Israël et Beer Sheva ; Amnesty International évoque un crime de guerre

Munition d'une bombe à fragmentation iranienne tombée dans le centre d'Israël, le 19 juin 2025. (Autorisation)
Munition d'une bombe à fragmentation iranienne tombée dans le centre d'Israël, le 19 juin 2025. (Autorisation)

L’Iran a tiré des missiles à sous-munitions contre des zones civiles en Israël pendant la guerre qui a opposé les deux pays en juin, une « violation flagrante du droit international humanitaire » coutumier, a accusé jeudi l’organisation Amnesty International.

« Le mois dernier, les forces iraniennes ont tiré des missiles balistiques, dont les ogives contenaient des sous-munitions, sur des zones résidentielles densément peuplées en Israël, lors d’attaques mettant en danger les civils », selon un communiqué de l’ONG qui a recensé trois frappes, les 19, 20 et 22 juin, dans la région de Gush Dan, dans le centre du pays, à Beer Sheva dans le sud et à Rishon LeZion, au sud de Tel Aviv.

« Les bombes à sous-munitions sont des armes frappant sans discrimination, qui ne doivent jamais être utilisées. En employant ce type d’armes dans des zones résidentielles ou à proximité de celles-ci, les forces iraniennes ont mis en péril des vies civiles et affiché un mépris flagrant pour le droit international humanitaire », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice Recherche, plaidoyer, politiques et campagnes à Amnesty International.

Ce rapport corrobore une évaluation faite pendant la guerre par le Commandement du front intérieur, selon laquelle l’Iran aurait tiré au moins une bombe à fragmentation sur le centre d’Israël. L’Iran était également soupçonné d’avoir tiré une bombe à fragmentation sur Beer Sheva, dans le sud d’Israël.

Les armes à sous-munitions sont conçues pour libérer sur une zone un nombre important de petites charges explosives. Outre le fait qu’elles ont un périmètre d’effet étendu, une partie de ces charges n’explose pas lors de l’impact et peut faire des victimes dans la durée.

L’Iran et Israël ne sont ni signataires ni parties à la convention sur les armes à sous-munition de 2008 qui en interdit l’usage, la production, le stockage ou la dissémination de telles armes.

En revanche, assure Amnesty, « le droit international humanitaire coutumier interdit l’utilisation d’armes non discriminantes par nature, et lancer des attaques aveugles qui tuent ou blessent des civils constitue un crime de guerre ».

Le droit coutumier est non écrit et repose sur l’acceptation répétée dans le temps d’un usage par les parties prenantes.

La guerre entre l’Iran et Israël a duré du 13 au 25 juin, 12 jours pendant lesquels l’armée israélienne a mené notamment des frappes aériennes sur le sol iranien, visant le programme nucléaire de Téhéran.

Les dégâts observés à Rishon Lezion au lendemain d’une attaque à l’aide de missiles balistiques lancés depuis l’Iran, le 14 juin 2025. (Crédit : Équipe de drones de la municipalité de Rishon Lezion)

La guerre de douze jours entre Israël et l’Iran a débuté à la mi-juin, après que Jérusalem a mené une série de frappes visant de hauts responsables militaires iraniens, des scientifiques nucléaires, des installations d’enrichissement d’uranium et des sites liés au programme de missiles balistiques, affirmant vouloir empêcher la République islamique de réaliser sa menace de détruire l’État juif.

L’Iran nie depuis toujours vouloir se doter de l’arme nucléaire. Mais il a enrichi de l’uranium à des niveaux sans usage civil, entravé le travail des inspecteurs internationaux chargés de contrôler ses installations nucléaires, et développé ses capacités en matière de missiles balistiques. Israël affirme avoir récemment détecté des avancées vers une militarisation de ces capacités.

L’Iran a riposté aux frappes israéliennes en lançant plus de 500 missiles balistiques et quelque 1 100 drones sur Israël. D’après les autorités sanitaires et les hôpitaux, ces attaques ont fait 29 morts et plus de 3 000 blessés en Israël.

Le système de défense antimissile Arrow tirant un missile intercepteur durant de l’Opération « Rising Lion » en juin, sur une photo publiée le 17 juillet 2025. (Crédit : Ministère de la Défense)

Au total, 36 missiles ont frappé des zones habitées, ainsi qu’un drone, endommageant 2 305 logements répartis dans 240 bâtiments, ainsi que deux universités et un hôpital, et entraînant le déplacement de plus de 13 000 Israéliens. L’Iran a de son côté affirmé que la guerre avait fait plus de 1 000 morts sur son territoire.

Amnesty a déclaré avoir analysé des photos et des vidéos montrant des armes à sous-munitions qui, selon les médias, ont frappé une maison à Azor, près de Tel Aviv, le 19 juin.

Amnesty a régulièrement émis de vives critiques contre Israël par le passé. Le rapport de jeudi a été publié deux jours après qu’Amnesty a réclamé l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre à la suite d’une frappe aérienne israélienne meurtrière sur la tristement célèbre prison d’Evin à Téhéran, pendant le conflit.

« Les frappes aériennes délibérées de l’armée israélienne… constituent une grave violation du droit international humanitaire et doivent faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre », a déclaré Amnesty International dans un communiqué.

« L’armée israélienne a procédé à de nombreuses frappes aériennes contre la prison d’Evine, tuant et blessant des dizaines de civils et causant des dégâts et destructions de grande ampleur dans au moins six zones de ce complexe pénitentiaire », ajoute l’ONG, affirmant se baser sur des vidéos authentifiées, des images satellites et des témoignages.

« Une prison ou un lieu de détention est présumé être un objet civil et il n’existe dans ce cas aucun élément attestant de manière crédible que la prison d’Evine constituait un objectif militaire légal », affirme Amnesty.

Israël avait lancé le 13 juin une offensive aérienne massive sur l’Iran, en affirmant vouloir empêcher ce pays de se doter de l’arme nucléaire.

Le 23 juin, une frappe contre la prison d’Evine a fait 79 morts, dont des détenus, des membres de leurs familles ainsi que du personnel administratif, selon un bilan du pouvoir judiciaire iranien. Israël a confirmé que ses frappes avaient visé cette prison. Ce bilan ne peut pas être vérifié.

Le porte-parole de Tsahal, le général de brigade Effie Defrin, avait précédemment déclaré que « des activités de renseignement contre Israël, y compris des opérations de contre-espionnage, étaient menées dans l’enceinte de la prison » et que la frappe avait été conduite « de manière ciblée, afin d’éviter de toucher des personnes non impliquées ».

Selon Amnesty, « entre 1 500 et 2 000 détenus se trouvaient » dans ce centre pénitentiaire ultra-sécurisé au nord de la capitale, où étaient détenus des opposants et des prisonniers étrangers ou binationaux.

Parmi eux se trouvaient deux Français détenus en Iran depuis trois ans, Cécile Kohler et son compagnon Jacques Paris, dont on sait qu’ils ont été transférés dans un autre lieu de détention depuis, qui reste inconnu. Ils n’ont toutefois pas été blessés dans l’attaque, ont affirmé leurs proches après avoir reçu une rare visite consulaire.

Tous deux ont été notifiés de trois chefs d’inculpation passibles de la peine de mort, à savoir « espionnage pour le Mossad », le service de renseignement extérieur israélien, « complot pour renverser le régime » et « corruption sur terre », ont indiqué début juillet à l’AFP leur entourage et une source diplomatique occidentale.

Paris et les autres chancelleries européennes dont des ressortissants sont détenus en Iran les qualifient « d’otages d’État ».

Amnesty a par ailleurs accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, une accusation qu’Israël rejette catégoriquement. La branche locale d’Amnesty, Amnesty Israël, a désavoué ce rapport, et aurait par la suite été suspendue.

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