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Huit informations incontournables de l’an 5779 dans le monde

Des fusillades meurtrières dans des synagogues, l'antisémitisme en hausse, des élections dans l'impasse et #Metoo ne sont que quelques-uns des phénomènes ayant touché la communauté

(Montage par JTA)
(Montage par JTA)

JTA — L’année calendaire juive 5779 a été une année mouvementée et souvent douloureuse pour les Juifs du monde entier.

L’antisémitisme en hausse dans le monde, deux fusillades meurtrières dans des synagogues américaines et deux élections israéliennes non-concluantes (c’est encore le cas au moment de l’écriture de cet article), tout cela en l’espace de quelques mois, font partie des informations qui ont défini et aidé à nourrir le débat communautaire à l’approche du Nouvel an.

Voici ces histoires juives qui ont le plus retenu notre attention cette année, et dont les ramifications devraient continuer à s’étendre en l’an 5780.

Mort de douze Juifs dans des synagogues

Les tueries de masse sont devenues une triste réalité de la vie américaine, mais deux fusillades meurtrières, cette année, ont pris pour cible la communauté juive du pays.

Le 27 octobre, un homme armé a commis la pire attaque anti-juive de toute l’histoire des Etats-Unis quand il a ouvert le feu dans la synagogue Tree Of Life, à Pittsburgh, lors d’une matinée de Shabbat, tuant onze fidèles et en blessant six. Avant l’attentat, le tireur, Robert Bowers, avait publié de longues tirades sur les réseaux sociaux contre l’agence juive d’aide aux réfugiés HIAS, écrivant qu’elle aimait « faire entrer des envahisseurs pour tuer les nôtres ».

Six mois plus tard, le 27 avril, au dernier jour de Pessah, un homme armé a ouvert le feu dans une synagogue du mouvement ‘Habad dans une banlieue de San Diego, à Poway, faisant un mort et trois blessés. Le terroriste présumé, John Earnest, a affirmé à un employé du 911 qu’il avait perpétré cette fusillade parce que « les Juifs détruisent la race blanche ».

Une veillée devant la synagogue Tree of Life de Pittsburgh en hommage aux victimes de la fusillade de Poway à San Diego en Californie, le 27 avril 2019. (Crédit : AP Photo/Gene J. Puskar)

Ces attaques ont profondément choqué la communauté juive américaine, même si de nombreux Juifs des Etats-Unis se sont sentis réconfortés par les larges condamnations émanant des bureaux politiques les plus importants et par les expressions de solidarité au sein de la société américaine dans son ensemble.

Suite au massacre de Pittsburgh, le principal quotidien de la ville, le Pittsburgh Post-Gazette, avait publié en Une le kaddish, la prière du deuil juif.

Les Juifs démocrates américains surfent sur la vague bleue

Plus des trois-quarts des Juifs américains ont voté pour le parti Démocrate lors des élections de la mi-mandat au Congrès – portant la formation au pouvoir à la Chambre. Seuls 19 % des Juifs ont accordé leur soutien aux Républicains.

Les Démocrates juifs ont également figuré de manière disproportionnée dans ce bouleversement partisan : huit ont fait leur entrée à la Chambre, deux sont devenus gouverneurs (dans l’Illinois et dans le Colorado) et Jacky Rosen a gagné un siège au Sénat pour le Nevada.

Ils ont également pris le contrôle de commissions puissantes de la Chambre qui restent au centre des investigations majeures en cours sur l’administration Trump, avec Jerrold Nadler, à la tête de la commission judiciaire, et Adam Schiff, président de la commission des Renseignements.

La représentante Démocrate du Nevada Jacky Rosen lors d’une soirée électorale après avoir remporté un siège au Sénat à Las Vegas, le 7 novembre 2018. (Crédit :AP Photo/John Locher)

Pour leur part, Sheldon Adelson, milliardaire ayant fait sa fortune dans l’industrie du casino, et son épouse Miriam sont devenus les plus grands financeurs de la politique américaine après avoir fait un don de 55 millions de dollars lors d’une initiative visant à aider les Républicains à conserver la Chambre – une initiative qui s’est finalement avérée infructueuse.

Cette somme marque une augmentation avec le montant de 46,5 millions de dollars que le couple avait injecté au même moment de la campagne dans le cycle électoral de 2016.

Les crimes de haine contre les Juifs grimpent en flèche

Au mois de novembre, le FBI a diffusé son rapport consacré aux statistiques sur les crimes de haine pour l’année précédente et les chiffres ne sont pas bons : le nombre de crimes de haine visant des Juifs aux Etats-Unis a atteint 938 en 2017, contre 684 en 2016.

Au mois d’avril, l’ADL (Anti-Defamation League) a diffusé ses données sur les incidents antisémites, révélant que le bilan enregistré en 2018 – 1879 incidents – était le troisième plus élevé en quatre décennies d’audits annuels menés par l’organisation.

L’ADL affirme, dans son rapport, que le nombre d’agressions a été multiplié par deux d’une année sur l’autre, passant à 39 contre 17.

Les participants à un rassemblement anti-haine dans un parc de Brooklyn qui porte le nom de feu Adam Yauch, membre des Beastie Boys, après un acte de vandalisme où des croix gammées avaient été dessinées, le 30 novembre 2016. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Et il ne s’agit pas seulement des Juifs américains. Au mois de juillet, Statistics Canada a fait savoir que les Juifs étaient le groupe minoritaire qui était le plus pris pour cible dans les crimes de haine pour la troisième année consécutive, même si le nombre d’agressions a légèrement décliné, passant à 345 contre 360.

En France, les incidents antisémites ont connu une hausse de 74 % entre 2017 et 2018. « L’antisémitisme se répand comme un poison, comme un fiel », a déclaré en février le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Au cours de l’été, l’observatoire de l’antisémitisme de la communauté juive britannique, la Community Security Trust, a lui annoncé avoir enregistré le nombre le plus élevé d’incidents antisémites de toute son histoire au cours des six premiers mois de 2018. Les 892 incidents répertoriés représentent un bond de 10 % par rapport aux chiffres établis l’année dernière, au même moment.

Au mois de décembre, un sondage effectué auprès de 160 000 Juifs dans douze pays, réalisé par l’Union européenne, a rapporté qu’un Juif sur trois disait éviter par peur des sites ou des événements communautaires.

La Women’s March reste un paratonnerre

Au mois de novembre, Teresa Shook, l’une des fondatrices de la Women’s March aux Etats-Unis, a appelé les organisatrices du mouvement à démissionner, affirmant qu’elles avaient « autorisé l’antisémitisme » en refusant de se distancer « de groupes épousant… des croyances racistes et haineuses ».

L’une des fondatrices, Tamika Mallory, entretient des liens de longue date avec le leader du groupe Nation of Islam, Louis Farrakhan, qui s’est fait remarquer par des propos incendiaires à l’égard des Juifs.

Les co-présidentes de la Women’s march 2019, Linda Sarsour, au centre, et Tamika Mallory, à droite, rejoignent d’autres manifestantes sur Pennsylvania Avenue pendant le défilé de la Women’s march à Washington, le 19 janvier 2019. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

Sous le feu des critiques, l’activiste américano-palestinienne Linda Sarsour, membre du comité de direction de l’organisation, a présenté ses excuses.

« Nous aurions dû plus rapidement et plus clairement aider les gens à comprendre nos valeurs et notre engagement à combattre l’antisémitisme », a-t-elle déclaré. « Nous le regrettons. »

Puis, au mois de décembre, le magazine Tablet a publié un article prétendant que Mallory et une autre organisatrice, Carmen Perez, avaient tenu des propos antisémites lors de deux réunions de planification de la marche annuelle des femmes.

Et au moment où elle devait avoir lieu, au mois de janvier, le groupe s’est trouvé plongé dans la confusion, avec de nombreux groupes juifs qui ont rompu les liens avec le groupe national, imités en cela par un certain nombre de branches locales dans le pays.

Sarsour, Mallory et Bob Bland, un autre co-fondateur du mouvement, ont quitté depuis le comité de direction de la Women’s March.

Les Israéliens votent deux fois et n’ont toujours pas de gouvernement

Israël a organisé un vote national au mois d’avril qui s’est soldé par une égalité – avec 35 sièges à la Knesset – entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui risque de multiples inculpations possibles pour corruption, et son principal challenger, Benny Gantz, à la tête du parti Kakhol lavan.

Mais Netanyahu s’est trouvé dans l’incapacité de construire une coalition et, en septembre, les Israéliens sont retournés aux urnes.

Et une fois encore, les résultats ont indiqué une course très serrée, et Netanyahu, qui s’est vu confier la tâche de former une nouvelle coalition, pourrait bien devoir rendre son mandat dans les prochains jours en raison de son incapacité à rassembler plus de 61 députés (sur 120) dans ses rangs. Benny Gantz pourrait alors être le prochain a tenté d’y parvenir, bien que ses chances de succès soient elles aussi limitées – ce qui conduirait alors le pays vers un 3e scrutin en un an.

Le Président Reuven Rivlin (au centre) rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz à la résidence du Président à Jérusalem, le 23 septembre 2019. (Haim Zach/GPO)

Dans une telle situation, l’avancée la plus évidente serait la constitution d’un gouvernement d’unité, entre le Likud et Kakhol lavan, même si l’idée est bien entendue compliquée à mettre en place, les deux formations ne voulant pas accepter certains compromis.

Kakhol lavan a ainsi fait savoir qu’il ne siégerait pas dans un gouvernement aux côtés de Netanyahu et Netanyahu, en dépit de ses inculpations possibles, a juré de se maintenir. Selon les dernières informations, les partis sont encore en train de négocier la formation d’un gouvernement d’unité mais la saga continuera en l’an 5780.

Israël devient un facteur de division

De graves fissures sont apparues dans ce qui est depuis longtemps une caractéristique chérie de la relation entre les Etats-Unis et l’Etat juif : le soutien bipartisan.

Au mois de février, la représentante démocrate du Minnesota Ilhan Omar, a été fustigée pour une série de tweets controversés et notamment pour une publication qui accusait – de manière mensongère – l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) de payer les politiciens en échange de leur soutien à Israël.

Omar a été alors vertement réprimandée par d’éminentes personnalités démocrates et a présenté ses excuses.

Le mois suivant, c’est le président américain Donald Trump qui en a rajouté, qualifiant les Démocrates de formation « antijuive ».

Au mois d’août, il a fait encore monter les tensions d’un cran, disant que ceux qui votaient pour les Démocrates se rendaient coupables de « déloyauté », un propos qui a été condamné par de nombreux critiques qui ont déclaré qu’il évoquait des tropes antisémites.

La représentante Ilhan Omar durant un meeting de la communauté Sabathani à Minneapolis, Minnesota, le 18 juillet 2019. (Crédit : Kerem Yucel / AFP)

Pour sa part, Israël a refusé l’entrée sur son territoire à Omar ainsi qu’à une autre membre du Congrès, Rashida Tlaib, Démocrate du Michigan. Les deux législatrices soutiennent le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) anti-israélien. Cette initiative a été âprement critiquée – ce qui est inhabituel – par une grande partie des groupes juifs américains. L’ADL (Anti-Defamation League), l’AJC (American Jewish Committee), les JFNA (Jewish Federations of North America) et l’AIPAC – dans une critique rare de l’Etat juif – ont dénoncé la décision prise par Israël.

Le mouvement #MeToo frappe la communauté juive

Michael Steinhardt, méga-donneur juif qui a aidé à fonder Birthright Israel et soutien de nombreuses institutions juives variées, a été accusé d’avoir fait des avances et d’avoir tenu des propos sexuellement inappropriés à des femmes.

Selon une enquête réalisée par le New York Times et ProPublica, organisation à but non-lucratif qui se consacre au journalisme, ce sont sept femmes qui prétendent que Steinhardt leur aurait fait des propositions d’ordre sexuel alors qu’elles lui demandaient un soutien financier.

Steinhardt a nié ces accusations tout en reconnaissant avoir tenu des propos « grossiers, irrespectueux – pour tout dire, vraiment stupides ».

Michael Steinhardt s’exprime au gala de la remise des prix internationaux des Champions des valeurs juives à New York, le 8 mars 2018. (Crédit : Michael Brochstein/Getty Images/via JTA)

Suite à ces accusations, l’attention de longue date portée par la communauté juive à l’encouragement à l’endogamie et à l’éducation des enfants – qui ont figuré pendant longtemps parmi les objectifs philanthropiques favoris de Steinhardt – a été placée sous le feu des projecteurs.

Une épidémie massive de rougeole s’abat sur la communauté orthodoxe

Au mois de novembre, le Département de la santé de la ville de New York a fait savoir que 17 cas de rougeole avaient été répertoriés dans la communauté juive orthodoxe de Brooklyn. Et le problème commençait seulement : au mois d’avril, le nombre de cas est passé à 285, parmi lesquels 246 enfants malades.

D’autres épidémies de rougeole ont été rapportées dans des communautés orthodoxes avoisinantes, où les taux de vaccination contre la maladie sont souvent bas.

Des panneaux d’une campagne de vaccination contre la rougeole au département de la santé du comté de Rockland, à Pomona, à New York, le 27 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)

Le maire de New York, Bill de Blasio, a répondu en déclarant l’état d’urgence en matière de santé publique et ordonné aux personnes non-vaccinées, vivant dans quatre quartiers lourdement orthodoxes de Brooklyn, de se faire vacciner sous peine d’une amende pouvant atteindre le montant de 1 000 dollars.

La ville a également fait fermer une crèche dépendant d’une yeshiva dans le quartier de Williamsburg, qui n’avait pas respecté un ordre donné par le Département de la santé de transmettre les registres médicaux et de présence concernant les vaccinations contre la rougeole.

Mais l’hostilité à l’égard de la vaccination reste élevée dans certains cercles orthodoxes. Au mois de juin, 200 personnes ont assisté à un événement anti-vaccination organisé dans un sous-sol, à Brooklyn, au cours duquel ils ont entendu un intervenant affirmer que les vaccins entraient dans le cadre d’un complot gouvernemental.

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