Iannis Roder pris pour cible à Sciences Po Lyon par des étudiants propalestiniens
Les protestataires accusaient l'historien de soutenir la guerre à Gaza, ce qu'il dément fermement

Une conférence de l’historien et enseignant Iannis Roder à Sciences Po Lyon a été perturbée le 14 octobre par un groupe d’étudiants propalestiniens, qui ont tenté d’obtenir son annulation et ont recouvert les murs de l’établissement de tags hostiles.
Les inscriptions « Roder génocidaire », « Sciences Po complice » ou encore « Iannis casse-toi » ont été découvertes le matin même, visant directement le professeur, membre du Conseil des sages de la laïcité, du Mémorial de la Shoah et directeur de l’Observatoire de l’éducation à la Fondation Jean-Jaurès. Il intervenait dans le cadre d’une formation de l’École nationale de la magistrature (ENM) intitulée « Juger sous Vichy ».
Les protestataires demandaient que la conférence soit annulée en raison de « l’absence de dénonciation claire de Iannis Roder de la politique israélienne à Gaza, du génocide en cours du peuple palestinien et de fait de ses prises de position insoutenables ».
Malgré les pressions, la conférence s’est tenue devant les membres de l’ENM, soit une trentaine de personnes, mais seulement quatre étudiants sur quarante ont assisté à l’échange. Pendant l’intervention de l’historien, des militants ont scandé à l’extérieur des slogans en soutien à Gaza, tandis qu’une vingtaine d’entre eux attendaient l’orateur à la sortie.
La présidente de Sciences Po Lyon, Hélène Surrel, a condamné dans un message interne la « violence psychologique » subie par les personnels et les dégradations commises. Elle a rappelé que « les désaccords, même vifs, doivent pouvoir s’exprimer sans piétiner l’État de droit et les droits fondamentaux ».
Interrogé par L’Express, Iannis Roder a dénoncé une dérive idéologique qui entretient « un antisémitisme au nom du Bien », s’inquiétant d’un climat d’intimidation grandissant dans certaines institutions universitaires françaises.
« Sciences Po, et l’Université en général, sont des lieux de savoir où l’on doit être capable d’écouter le point de vue de l’autre, de débattre de manière apaisée et argumentée en s’appuyant sur la science et la connaissance. Là c’est tout le contraire », a-t-il ajouté.
Quant aux accusations qui lui sont prêtées, il a expliqué : « De quelles prises de position parlent-ils ? Je ne vois pas ce que j’aurais pu dire qui soit ‘insoutenable’ pour une personne sensée. Le fait que je récuse, m’appuyant sur le droit et l’histoire, l’emploi du terme ‘génocide’ dans le cadre de ce conflit, sans pour autant nier l’étendue des drames qui se sont déroulés à Gaza, ferait de moi non seulement leur ennemi mais aussi un complice de soi-disant ‘génocidaires’ voire un ‘génocidaire’, c’est-à-dire l’auteur d’un crime imprescriptible ! »







