La famille de Raoul Wallenberg appelle Stockholm à faire pression Moscou
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La famille de Raoul Wallenberg appelle Stockholm à faire pression Moscou

Malgré les pressions, la Suède a longtemps refusé de confronter la Russie sur le sort du diplomate suédois ayant sauvé des dizaines de milliers de vies juives pendant la Shoah

Raoul Wallenberg, envoyé de la Suède en Hongrie occupée par l'Allemagne nazie. (Crédit : WikiCommons)
Raoul Wallenberg, envoyé de la Suède en Hongrie occupée par l'Allemagne nazie. (Crédit : WikiCommons)

Les descendants d’un diplomate suédois ayant sauvé des dizaines de milliers de vies juives pendant la Shoah ont exigé que leur gouvernement agisse plus activement pour obtenir de la Russie des détails concernant sa mort, 74 ans après sa disparition dans le système pénitentiaire soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Raoul Wallenberg, un homme d’affaires devenu diplomate, est souvent décrit comme le « Schindler suédois ». Il sauva près de 30 000 Juifs hongrois en les plaçant dans des maisons sécurisées d’un réseau ad hoc jouissant d’un statut diplomatique dans la capitale hongroise.

Quelques mois avant la fin de la guerre, les Soviétiques arrivent à Budapest et convoquent Raoul Wallenberg dans leurs quartiers généraux en raison d’allégations d’espionnage en janvier 1945. Il n’a plus jamais été revu depuis. Il avait 32 ans.

« Je veux des réponses précises à des questions précises, » a déclaré Marie von Dardel-Dupuy, sa nièce, au Guardian lundi, décrivant les efforts déployés par sa famille pour encourager le gouvernement suédois à adopter une position plus ferme vis-à-vis des Russes, qui ont longtemps refusé de divulguer des informations sur le sort de Raoul Wallenberg.

Elle et Marie et Louise Wallenberg, les filles du diplomate, ont longtemps affirmé que Stockhlom faisait preuve de passivité sur ce sujet, afin de ne pas avoir à confronter les Russes. Cette semaine, les trois femmes ont l’intention de se rendre dans la capitale suédoise pour exercer des pressions.

Marie Dupuy, la nièce du diplomate suédois Raoul Wallenberg, avec une lettre adressée à Vladimir Poutine, à Pully, en Suéde le 2 juillet 2014. (Crédit : AFP/RICHARD JUILLIART)

« C’était un grand homme qui n’a pas eu peur de faire l’impossible. Il mérite que nous sachions ce qui lui est arrivé », exige Marie von Dardel-Dupuy.

« Son histoire n’est pas terminée, le mystère doit être résolu. Il y a tellement de portes fermées, et nous avons besoin d’aide pour les ouvrir. »

En 1957, l’Union soviétique diffuse un document indiquant que Raoul Wallenberg a été incarcéré dans la prison de Lubyanka, le célèbre immeuble qui abritait les services de sécurité du KGB, et qu’il y est mort d’une insuffisance cardiaque le 17 juillet 1947. Mais sa famille refuse d’accepter cette version des faits et essaye, depuis des décennies, de découvrir ce qui lui est arrivé. Certains historiens estiment qu’il a été exécuté.

De nombreux pays ont des mémoriaux qui rendent hommage à ses actions notamment en Israël, où il a été nommé « Justes parmi les Nations », la plus haute distinction accordée aux non-Juifs qui ont risqué leurs vies pour sauver des Juifs pendant la Shoah.

En 2000, le chef d’une commission d’enquête russe a déclaré que Raoul Wallenberg avait été fusillé par la police secrète, mais n’a donné aucun détail.

A memorial to Raoul Wallenberg in Tel Aviv. (photo credit: CC BY-SA Dardasavta, Wikimedia Commons)
Mémorial à Raoul Wallenberg à Tel Aviv. (Crédit : CC BY-SA Dardasavta/WikiCommons)

En juin 2016, le journal intime du premier chef du KGB Ivan A. Serov est publié en Russie. Il y est indiqué que l’ordre d’exécuter le diplomate suédois émanait du chef de l’Union soviétique en personne, Joseph Staline, et de Vyacheslav M. Molotov, alors ministre des Affaires étrangères. Plusieurs mois plus tard, Raoul Wallenberg fut déclaré officiellement mort par les autorités suédois. Il était jusqu’alors considéré comme porté disparu, après que les autorités ont renoncé à le retrouver vivant.

En 2017, un tribunal russe a rejeté la demande de ses descendants qui souhaitent que les services de sécurité du FSB, qui ont succédé au KGB, soient contraints de dévoiler les détails de la mort de Raoul Wallenberg dans la geôle soviétique. Un représentant du FSB a ainsi déclaré devant un tribunal que la demande de la famille devait être rejetée, notamment parce que les archives comprennent des éléments sur « les vies personnelles » des autres détenus de Lubyanka. Les documents de 1947 ne seront disponibles qu’en 2022, au terme du délai de 75 ans nécessaire pour déclassifier un document, a assuré le FSB. La famille a fait appel de cette décision, mais a de nouveau été déboutée en 2018.

« Nous avons la certitude que la Russie dispose d’informations importantes qu’elle n’a pas diffusées », a déclaré mercredi au Guardian l’historienne Susanne Berger, qui a accompagné Von Dardel-Dupuy dans sa mission. « Mais la Suède doit pousser davantage pour obtenir des données. Nous comprenons les pressions : nous savons qu’elle doit agir avec circonspection. Mais elle peut en faire davantage. »

« Plutôt que d’agir, la Suède place la responsabilité de découvrir la vérité sur les épaules de chercheurs et de la famille de Wallenberg – quand, il est évident que la tâche est infaisable sans un soutien officiel », a-t-elle ajouté, avant de préciser que la famille demanderait au gouvernement d’insister pour que certains documents « cruciaux pour l’enquête sur ce qui est arrivé à Wallenberg soient diffusés ».

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