La guerre en Iran ravive le spectre du terrorisme d’État
3 frères d’origine irakienne arrêtés pour un attentat contre l’ambassade US à Oslo ; un Américain d'origine sénégalaise fait 2 morts au Texas ; une synagogue de Liège a été la cible d'une attaque à la bombe

La stratégie iranienne de riposte tous azimuts aux frappes américano-israéliennes, qui consisterait à bombarder et prendre en otage des pays tiers ou le détroit d’Ormuz, ravive le spectre du terrorisme d’État en Occident, où Téhéran est accusé d’avoir tissé un réseau d’agents et de criminels locaux « sous-traitants ».
Mercredi, la police norvégienne a annoncé l’arrestation de trois frères norvégiens d’origine irakienne, suspectés d’avoir perpétré un « attentat terroriste à la bombe » après qu’un engin explosif a visé l’ambassade américaine, sans faire de victimes, le week-end dernier.
« Nous travaillons toujours sur plusieurs hypothèses. L’une d’elles est que cela puisse être une opération commanditée par un acteur étatique », a déclaré un responsable de la police, Christian Hatlo, sans préciser à quel État il faisait référence.
« L’Iran considère le terrorisme comme une extension de sa politique étrangère, un moyen asymétrique d’atteindre ses ennemis au-delà de ses frontières », rappelait en août le chercheur Matthew Levitt dans la publication spécialisée CTC Sentinel.
Protection renforcée
Depuis sa création en 1979, la République islamique d’Iran est régulièrement accusée d’avoir organisé ou parrainé des attentats en Europe, notamment des assassinats ciblés d’opposants et des attentats à la bombe.
Les services de renseignement de plusieurs pays affirment également qu’elle a noué des partenariats avec différents réseaux criminels auxquels elle sous-traite des actions violentes.
En 2021, la justice belge a condamné un agent iranien de l’ambassade à Vienne pour avoir organisé, en 2018, un projet d’attentat contre des opposants à Villepinte, près de Paris.
En juin 2024, à Haarlem, aux Pays-Bas, un Iranien a été victime d’une tentative d’assassinat pour laquelle deux personnes ont été arrêtées.
L’une d’entre elles est par ailleurs suspectée d’une autre tentative d’assassinat en Espagne en 2023.
« Sur la base des renseignements, il est probable que l’Iran soit responsable des deux tentatives d’assassinat », estime le service de sécurité néerlandais AIVD dans son rapport annuel 2024.
Depuis le début de la campagne de frappes aériennes américaines et israéliennes contre le régime iranien, le 28 février, les services de sécurité de différents pays d’Europe ont renforcé la protection de certains sites et de certaines personnes.
Trois attaques ont eu lieu en Europe et aux États-Unis, sans qu’une responsabilité iranienne soit toutefois établie.
Outre l’attaque contre l’ambassade en Norvège, un Américain d’origine sénégalaise qui exprimait sur les réseaux sociaux des « opinions pro-régime iranien et une haine envers les dirigeants israéliens et américains », selon le site de surveillance SITE, a tué au moins deux personnes à Austin, au Texas, dans ce que le FBI estime pouvoir être un acte terroriste.
En Belgique, une synagogue de Liège a été la cible d’une attaque à l’aide d’un engin explosif.
« Nouvelle stratégie »
De nombreux services de renseignement européens accusent la République islamique d’Iran de disposer d’un réseau d’agents et de criminels pour mener des opérations clandestines.
« Des réseaux criminels remplacent de plus en plus les services iraniens dans la mise en œuvre d’attaques violentes à l’étranger. Il faut partir du principe que cette nouvelle stratégie va s’intensifier », estiment les services autrichiens (DSN) dans leur rapport 2024.
Ces sous-traitants proviennent « du crime organisé, des cartels de la drogue, des milices pro-iraniennes, des organisations terroristes, mais aussi de criminels isolés et de membres de bandes violentes ».
Selon le chercheur Thomas Renard, directeur du Centre international pour le contre-terrorisme (ICCT) basé aux Pays-Bas, activer ces réseaux de sous-traitants criminels serait l’option la plus probable et facile pour l’Iran.
Selon lui, Téhéran pourrait également « activer les réseaux liés au Hamas et au Hezbollah en Europe » : « L’Iran est le principal parrain de ces organisations, même si elles peuvent avoir des objectifs distincts de ceux de Téhéran. »
« Moins probable, mais très sérieux, serait l’activation des agents iraniens infiltrés en Europe. Griller ses agents est généralement une solution de dernier recours », estime le chercheur.
Enfin, il reste l’hypothèse d’une action d’un individu isolé, comme le demande la centrale djihadiste, le groupe terroriste sunnite État islamique (EI), à ses fidèles, estime-t-il : « Nous sommes dans un contexte tendu où des individus isolés peuvent passer à l’acte, car ils sont dans un cycle de forte consommation de propagande, conjugué à un cycle médiatique intensif qui attirerait beaucoup d’attention sur une éventuelle attaque. »







